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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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La
vigueur du cinéma espagnol, et plus large encore, du cinéma
hispanophone (sud-américain, mexicain) ne semble pas s'éteindre
depuis une dizaine d'années. Esseulé dans les années
80-90, Almodovar a sans doute dynamisé le cinéma espagnol
grâce à son excentricité-étendard qu'on lui
a prêté facilement à travers les festivals mondiaux.
Aujourd'hui, on ne cesse de lui affilier des metteurs en scènes
-à tort ou à raison- qui émergent de la péninsule.
Or, peut-on penser que ces jeunes pousses aient légitimement
un lien avec le grand Pedro ?
Daniel Sanchez Arévalo, jeune cinéaste espagnol déjà reconnu et récompensé pour quelques courts métrages, fait partie de ces auteurs qui parviennent à exister. Mais son premier long, Azul, réussit-il à se démarquer de cette empreinte ? Oui, mais le film porte les défauts de sa singularité, les défauts de ses qualités si l'on ose dire : il se donne à voir comme ce qu'on peut appeler « espagnol » depuis Almodovar -ambivalence et identité sexuelle, noeuds familiaux tordus, acuité sociale-, et par ailleurs, il est touché par les erreurs de jeunesse d'un virtuose du courts métrage -esthétisme, embellissement fortuit, moralisme. Mais on pardonnera ses égarements pour admirer l'apparât de couleur sombre d'un cinéaste vierge et prometteur. Arévalo fait briller les petits malheurs de chacun (amour, travail, famille) dans un noeud d'histoires qui ne pourront se défaire qu'en en resserrant d'autres. Leur horizon est Bleu-sombre-presque-noir (titre entier : Azul-oscuro-casi-negro ), mais à la faveur de l'étoffe moiré du désespoir qui les enveloppe, ces personnages vont effectuer le pas de coté nécessaire à voir la lumière.
Azul se construit en une succession d'histoires emmêlées les unes aux autres. On défait l'intrigue des ses noeuds en séquences, par un montage alterné mettant en rapport des personnages, des lignes narratives qui vont s'éclaircir l'une, l'autre comme autant de noeuds défaits d'un méli-mélo dramatique. Ainsi, la première partie du film se balance entre des plans d'une femme emprisonnée (Paula), et d'un jeune homme concierge (Jorge). On se dit bien qu'il y a un truc, qu'il y aura un truc entre eux, tant le procédé nous en jure l'évidence par cette opposition tranchée. Le lien sera confirmé, mais Arévalo y dépose les premières idées d'une mise en scène carcérale. Le jeune réalisateur espagnol conjugue la conciergerie comme un espace clos sans ouverture, comme une prison. Tous deux sont possédés par une caméra grillagée : les barreaux de la prison et de l'immeuble viennent lacérer l'horizon des protagonistes. Ironiquement, le film tend à Jorge divers moyens de respirer mais ceux-ci semblent factices : d'un coté son mur de cartes postales estivales tapissant sa chambre souterraine, de l'autre la terrasse du toit où il passe des moments avec ses amis mais qui semble le condamner à l'immuabilité tant cet espace resserré ne lui offre qu'un unique point de vue. Le film se découpe en grandes séquences consacrées à chaque personnage, dans leurs quotidiens monotones et bouchés de jeunes gens refoulés par l'économique maigre de l'Espagne actuelle. Arévalo évite pourtant la chronique sociale, mais accentue la pesanteur sur ces personnages en les montrant négligés par le système alors qu'ils sont pourvus d'objectifs en mesure de leurs qualités (le jeune concierge diplômé en éco-gestion n'arrive pas à trouver un travail dans ce domaine, la voisine semblant en réussite est dans un emploi fragile, l'ami de Jorge fait du chantage-photo pour récupérer un peu d'argent...) D'autant plus que ce quotidien recèle les secrets de famille les plus troublants. Ils fissurent ainsi les cellules familiales, amicales déjà précaires et muettes. Les secrets jusqu'alors indicibles jaillissent, et décrispent chacun dans un élan salvateur. Car la mise en scène est tendue par cette volonté de franchir les obstacles : Daniel Arévalo avoue dans l'entretien (en bonus) que son film est motivé par cette idée de passer à travers ces obstacles, même ceux qui nous paraissent infranchissables. D'où le titre du film, bleu-sombre-presque-noir. Car une simple nuance dans notre vision des choses nous permet de voir deux couleurs au lieu d'une, c'est-à-dire avoir le choix, prendre la décision et « lutter contre le destin » comme dit le réalisateur. Les obstacles peuvent ainsi être surmonté si on accepte de voir autrement. Jorge découvrira petit à petit les puissances des décisions, la violence du choix : quitter son père infirme, abandonner son amour de jeunesse... et enfin briser la vitre pour palper l'obsédant veston couleur azul qu'il souhaite endosser comme l'élégant uniforme de sa nouvelle vie. La belle scène répétée symbolise cette vision dédoublée de la détermination à venir: Jorge envoie la poubelle qui vient une première fois éclater la vitrine, une seconde fois rebondir comme un vulgaire jouet en plastique...Il effectuera alors ce pas de coté (par une approche différente ...) pour enfin passer entre ses doigts le tant convoité costume. Les autres personnages sont également mués par la transgression, le désir de s'affranchir des limites imposées : son ami Israël découvre son identité sexuelle en observant, posté avec son appareil photo, son voisin d'en face. Il finira par passer de l'autre coté pour s'en convaincre. Paula aspire à sortir de la prison par un moyen radical : se faire engrosser afin d'être transférée dans un secteur beaucoup plus calme...etc.
Au final, Azul est un film dense, multipliant les micro-histoires dans un complexe social, familial, et amoureux. Sachant qu'elles sont imbriquées entre eux, ces récits de vie n'accablent pourtant pas le scénario d'une lourdeur superficielle, qui aurait pu faire de cette première oeuvre un pompeux et indigeste exercice de style. Néanmoins, cette volonté manifeste de faire « bien », c'est un dire un scénario richement ficelé, aux nuances intéressantes, et aux sujets traités avec une justesse légère va en contrepartie pâtir d'une forme trop belle pour être honnête. Arévalo enduit son film d'une patine esthétique, qui fait honneur à ses qualités de filmeur, mais qui stérilise les penchants amoureux du film. En effet, les rapports amoureux traités par Arévalo sont victimes du crime pathologique du mélodrame : le fameux pathos, les larmes qu'on essaie de nous gratter de façon maladroite change la tonalité du film, par exemple lors des entrevues entre Jorge le concierge « inséminateur » et Paula la prisonnière « à engrosser »...mouvement de caméra (excessive fluidité, panoramique trop nombreux) et littéralité souffrant d'un embonpoint de poésie, ou plutôt d'une volonté de poésie, car on ne peut y en trouver ici-bas. Ces entrevues régulières vont réunir ces deux là, on l'avait bien compris dès le départ. Ils vont tomber amoureux, on l'aurait parié. Le procédé est intègre, pas de problème. Mais à vouloir caresser ces deux martyrs comme les anges bafoués du film, Arévalo irrite quelque peu. Forcément, Jorge et Paula sont des victimes (elle est battue et injustement emprisonnée, lui s'occupe d'un père infirme se sentant coupable de son accident vasculaire) et le cinéaste ne se prive pas de nous le montrer, de nous le raconter, de vouloir nous faire pleurer. Ces scènes ne sont pas traités avec la même justesse incisive et brute des autres parties : par exemple, les scènes avec Israël (le jeune voyeur qui découvre son identité sexuelle) sont maintenues avec sérieux et dérision qui en font certainement les plus belles, les plus drôles du film. Dommage que certains effets patauds de mises en scènes viennent gâcher la maturité d'un scénario tendu. Ils invitent dans le récit un regard moraliste impropre à ce film, un intrus au déploiement noirci de l'intrigue. Certes Arévalo signe son premier long métrage, avec une vision aigüe du scénario et de sa mise en scène, mais il gagnerait à trancher les surplus de pathos, à retrouver la sécheresse de son montage, la rigueur narrative (bien qu'elle soit croisée de noeuds complexe) et éviter de laisser aller sa caméra dans ces difformités complaisantes. Azul reste néanmoins une oeuvre personnelle, intéressante, fraîchement ironique d'un auteur à suivre. Maxime Cazin |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| NOTES DE PRODUCTION | ||||
Oui,
je l’avoue, j’ai fait partie de ceux qui ont fait un master
de gestion, qui voulaient travailler en bourse, comme Gordon Gekko (performance
exceptionnelle de Michael Douglas dans Wall Street...). J’ai mis
5 ans à avoir mon diplôme, pour enfin comprendre que j’étais
moins intéressé par le métier du personnage principal
de mon film que par celui de ceux qui m’ont dupé si longtemps.
Oliver Stone, vous ne mesurez pas le tort que vous m’avez fait...
Vous et tous ceux qui vous ressemblent. Aujourd’hui, après
avoir passé 10 ans à écrire des scénarios
pour la télévision, avoir eu mon diplôme en cinéma
à l’université de Columbia, avoir réalisé
une dizaine de courts métrages, je me retrouve face à
mon premier long métrage. Enfin ! J’ai l’occasion
de duper un jeunot écervelé et je me dis : est-ce que
je ne serais pas mieux à bosser dans une banque ?
Azul est l’histoire de gens qui luttent contre leur destin, contre «ce qui est écrit dans les étoiles». Des personnages piégés de l’autre côté d’une vitre, une vitre si fi ne qu’on la devine à peine, presque invisible mais qu’on peut difficilement ignorer. Une vitre qui les sépare de leurs rêves, une vitre à laquelle ils se heurtent sans cesse mais qu’ils oublient chaque jour, aussi facilement qu’un petit poisson oublie qu’il est dans un aquarium. Les personnages sont incapables de faire la différence entre ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin, ce sont des gens qui ont toutes les peines du monde à renoncer aux choses. Ils veulent tout et pourtant, peu à peu, ils doivent apprendre à arrêter de résister, à arrêter de défier la vie, et pas par docilité, bien au contraire. Ils doivent apprendre à accepter leurs propres limites pour progresser, doucement. Pour atteindre une destination foncièrement différente de celle dont ils rêvaient, mais une destination peut-être plus accueillante, plus agréable... |
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