|
||||
![]() |
||||
| SYNOPSIS |
||||
|
||||
| POINT DE VUE | ||||
|
On
connaît les rapports étroits qu’entretient Olivier
Assayas avec la musique rock. On se souvient des plages musicales de
L’Eau froide qui lui permettaient de payer son tribut
au rock des années 70 (d’Alice Cooper à Nico), à
Irma Vep qui « mixait » un hommage à
Feuillade au magnifique morceau Karen de Sonic Youth. L’origine
de Noise, en revanche, se trouve dans son dernier film,
Clean qui transformait Maggie Cheung en rock star déchue
et renaissante. Assayas a d’ailleurs fait appel à Eric
Gautier, le chef opérateur de Demonlover et Clean,
pour mettre en image Noise, que l’on pourrait nommer
un « essai musical ». De la citation à la fiction prenant place dans les milieux du rock, le cinéaste n’a cessé de se rapprocher de son objet. Noise s’inscrit dans un genre en soi, à mi-chemin du documentaire et du film musical : le concert filmé. Cet exercice possède ses chef-d’œuvres : Woodstock de Michel Wadleigh, Ziggy Stardust de D.A. Pennebaker où Bowie fait ses adieux au personnage ou encore The Band de Scorsese sur le dernier concert du groupe mythique. Si filmer une pièce de théâtre ou un opéra offre peu d’intérêt, en revanche le concert rock est une découpe temporelle qui permet de saisir la pulsation d’une époque. Le « set » de Jimi Hendrix à Woodstock, mêlant une reprise de l’hymne nationale aux explosions des bombes du Vietnam, demeure le meilleur témoignage de ce que furent les mouvements de contestation des années 60. À l’origine de Noise, il y a une carte blanche accordée au cinéaste par le festival Art Rock de Saint-Brieuc en 2005. Les choix d’Assayas peuvent alors s’apparenter à un casting. On retrouve le musicien Afel Bakoum, les chanteuses Marie Modiano et Jeanne Balibar (qui par ailleurs chantait en duo avec Maggie Cheung sur son album), les groupes Metric et Mirror/Dash (ce dernier composé de deux membres de Sonic Youth, Thurton Moore et Kim Gordon)… Si Assayas ne peut évidemment pas « diriger » ses interprètes, il modèle leur espace scénique avec un film expérimental (que le supplément Hôtel Atithi présente dans son intégralité) projeté derrière eux. Ce principe rappelle les light-shows psychédéliques des années 60 et en particuliers Exploding Plastic Inevitable, réalisé par Ronald Nameth en 1966 lors d’un concert du Velvet Underground. Même si l’expérience n’est pas aussi poussée que les performances de V-jaying (l’équivalent vidéo des DJ) où les images sont mixées en direct, il s’agit d’intégrer l’élément filmique à la musique live. Le choix des groupes a sans doute prémédité les options de mise en scène. Les chansons de Jeanne Balibar ou les ballades folk de Marie Modiano, ne bénéficient pas du même traitement que le rock survolté de Metric. De même la dimension proprement expérimentale s’exprime avant tout lors des morceaux de Mirror/Dash qui constituent la part la plus impressionnante du film. Marie Modiano, Johanna Preiss et a fortiori Jeanne Balibar évoquent, autant par leur physique que leur personnalité, les actrices du cinéaste. Le découpage et les cadrages se font classiques et accentuent les effets de portraits. Lors des morceaux de Metric, Assayas adopte un style « épidermique » ; la caméra épouse la plus grande proximité possible avec la chanteuse, en traque les tressaillements. Il s’agit de saisir l’énergie particulière du rock, de capter l’instant privilégié, par essence unique, du live. On reconnaît là, hors du cadre narratif, les deux composantes de l’esthétique d’Assayas ; l’un relève d’une veine classique, posée, dont le modèle serait Truffaut et un cinéma volontiers littéraire (ce qu’accentue la séance de lecture-rock de Kate Moran et Pascal Rambert) ; l’autre électrique, se construit par l’énergie et la vitesse, se souciant moins de la lisibilité de l’image que de son rythme. Cette seconde occurrence puise chez Cassavetes (qui dans Faces accordait ses images au free jazz), ou chez un cinéaste contemporain comme Hou Hsiao Hsien qui, dans Millenium Mambo, noie ses acteurs dans des surfaces floues ou assombries. La troisième variété d’image (littéralement) exposée par Noise est le cinéma expérimental, ici projeté directement sur scène. L’image expérimentale devient le point de jonction entre les modes « classiques » et « modernes » mais aussi leur dépassement. On se souvient que la fin d’Irma Vep comprenait du grattage sur pellicule, probablement inspirée par les oeuvres du lettriste Maurice Lemaitre, et qu’Assayas est l’auteur d’un ouvrage sur Kenneth Anger. Alors que Sonic Youth avait conçu la bande-son de Demonlover, c’est ici Assayas qui crée une « bande-image » pour les musiciens ; un voyage rêvé dans une Asie crépusculaire jamais nommée (mais que l’on suppose être la Chine). ; une suite de plans d’avions, d’aéroports, de « city lights » électrifiées, mêlées aux images de films populaires chinois tels que Intimate Confessions of a Chinese Concubine ou Heroic Trio avec Maggie Cheung (déjà cité dans Irma Vep). Si, lors du concert, ces images occupaient l’arrière-plan de la scène, le DVD les restitue en surimpressions. Ce flot hypnotique glisse sans fin sur les musiciens s’accordant parfaitement à la torpeur sourde des morceaux. Si les effets de pause Marie Modiano ou Jeanne Balibar peuvent irriter, si Metric semble parfois caricatural dans son approche juvénile, toute en « tripe et sueur », en revanche Mirror Dash constitue le moment d’exception du film. Le groupe synthétise les multiples approches du cinéaste : sous les mélopées de la chanteuse, les martèlements obsédants des guitares, les expérimentations parfois hermétiques, couve toujours l’énergie brute et chaotique du punk rock. Stéphane du Mesnildot |
|
|||
| FICHE TECHNIQUE | ||||
|
||||
|
||||
|
||||
| PROPOS DE OLIVIER ASSAYAS | ||||
|
Quand Jean-Michel Boinet m’a
proposé de programmer la Carte Blanche du FesRock, j’ai
aussitôt accepté, et avec enthousiasme. D’abord parce
que j’ai toujours crû au mélange des disciplines,
et que je l’ai mis en œuvre dans certains de mes films. Le
cinéma est l’art du montage, il réunit ce qui est
désuni, assemble ce qui jusque-là coexistait dans l’ignorance
réciproque. |
||||
| LES GROUPES | ||||
JEANNE
BALIBAR (France) Comédienne de théâtre et de cinéma (Olivier Py, Olivier Assayas, Jacques Rivette, Arnaud Desplechin ou Mathieu Amalric), Jeanne Balibar enregistre son premier album en 2003, Paramour, composé par Rodolphe Burger. Déjà sous son égide en 2002, elle chantait une chanson sur l'album Meteor Show, un hommage subtil au Velvet Undergroundet plus précisément à Nico. Elle sera prochainement à l'affiche d'une comédie musicale d'Alain Berliner, J'aurais voulu être un danseur. Elle enregistre actuellement un nouvel album. MARIE MODIANO (France) Comédienne de théâtre (Le menteur de Jean Cocteau, Orchestre de Jean Anouilh, Phèdre de Racine) et de cinéma (Fantômes, de Jean-Paul Civeyrac, en 2000, Demonlover d’Olivier Assayas, en 2002), Marie Modiano mène en parallèle une carrière musicale. Elle compose, en étroite collaboration avec Grégoire Hetzel les paroles et musiques de son premier album sorti en mars chez Naive, I'm not a rose. ALLA (Algérie) Né en 1946 d'une mère originaire de Tafilalet (ville du sud du Maroc) et d'un père originaire de Taghit, une oasis perdue à 95 kilomètres de Béchar, Alla est obligé de quitter l'école à l'âge de 15 ans pour gagner sa vie. A 16 ans, il fabrique son propre oud (luth arabe) à l'aide d'un bidon, de câble et de bouts de bois. En dépit de ses moyens de fortune, il se crée un style s'inspirant aussi bien de l'Orient que de l'Afrique. En 1972, il achète son premier vrai oud et commence très vite à se produire en public. Dernier album : Zahra, en 2002. PASCAL RAMBERT & KATE MORAN (France - USA) Né en 1962, Pascal Rambert est auteur et metteur en scène (théâtre, danse, opéra, cinéma). Créé en janvier 2005, à la Comédie Française, avec Audrey Bonnet et Alexandre Pavloff, sociétaires de la Comédie Française, Le Début de l’A.est aussi régulièrement présenté sous forme de lecture acoustique par les protagonistes de l’histoire : la comédienne new-yorkaise Kate Moran et Pascal Rambert. Pour cette lecture – performance, ils sont accompagnés par la guitare électrique d’Alexandre Meyer. METRIC (Canada) La rencontre entre Emily Haines, chanteuse et James Shaw, guitariste remonte à l’époque où la première officiait au sein de Broken Social Scene, leader de la scène rock de Toronto. Les deux complices décident alors en 1998 de partir à Montréal, puis à Brooklyn où ils montent Metric. Installé aujourd'hui à Los Angeles, le groupe, qui apparaît dans les premières séquences de Clean, d'Olivier Assayas est encensé aux Etats Unis comme en France avec leur premier album Old World Underground, Where Are You Now ?. Ils sortent leur second album en 2005, Live It Out. AFEL BOCOUM (Mali) Né en 1955 à Niafunke, Afel Bocoum est virtuose de la guitare au pays mandingue. Il a accompagné depuis une trentaine d'années son oncle, Ali Farka Touré, et est aujourd'hui désigné comme son héritier. Sortie chez World Circuit, l’album Alkibar, qui signifie "messager de la grande rivière” en Sonraï, impose Afel Bocoum comme l’une des voix les plus puissantes du Mali. WHITE TAHINA (France) Vincent Epplay, artiste/musicien et Joana Preiss, chanteuse polymorphe, collaborent depuis 1998 pour des concerts et autres interventions sonores. Performances présentées dans des galeries, des centres d'art contemporains, des festivals, ces actions s'élaborent comme des interventions/concerts, sur le mode et format de chansons improvisées. White Tahinaproduit une musique alliant bootleg et covers destructurés, sublimés par les mélodies et la voix suave de Joana Preiss. SONIC YOUTH (USA) Apparu au début des années 80, Sonic Youth est issu de la no wave new yorkaise (croisement entre punk et musique d’avant-garde). Groupe conceptuel qui a bâti sa réputation sur un refus obstiné de toutes les conventions du rock, Sonic Youth a une influence indéniable sur de nombreuses formations de rock indépendant et demeure un groupe de référence. Chaque membre du groupe multiplie les projets parallèles dans le champ de la musique, du cinema et des arts plastiques : Mirror/Dash (Kim Gordon et Thurston Moore), Text of Light (Lee Ranaldo et Steve Shelley, accompagnés de Ulrich Krieger, Alan Licht et Tim Barnes), Door (Jim O'Rourke). |
||||
°°°°° |
||||