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Désolé,
mais impossible…
Impossible de ne pas faire la comparaison avec le Zodiac de
Fincher, si vous êtes de ceux qui ont goûtés au 2h36
du film du grand David. Et pourtant, même si ces deux films traitent
de la même histoire vraie - celle du célèbre serial
«Zodiac» Killer - ils ne jouent pas du tout dans la même
catégorie. Le premier est un grand film de Studio, la Warner,
le second, un petit film indépendant produit par la Shadow Machine
Films. Le premier est un film attendu tel le messie par une horde de
fans, désireux de retrouver un grand David Fincher, qui nous
avait laissé un goût amer en 2002 avec son très
moyen Panic Room. Le second, un film de l’inconnu Alexander
Bulkley, sortie dans le quasi anonymat, pourtant deux ans plus tôt
en 2005.
Bien au chaud dans les cartons depuis ces deux dernières années,
le film de Bulkley, connaît alors une résurrection grâce
à l’éditeur Opening Editions qui espère bien
profiter du succès du «Fincher Zodiac». Un renouveau
du serial killer en forme de direct-to-video.
L’histoire, tout le monde la connaît (ou presque). Tout
commence (enfin, pour la police), le 20 décembre 1968 lorsque
deux adolescents sont retrouvés sauvagement assassinés
dans une voiture aux abords d’un petite ville tranquille de Californie,
Vellejo. Un crime sordide et sans motif apparent. La police de Vellejo
va être très vite dépassée dans cette histoire,
tout comme la police de San Francisco. C’est alors le début
de ce qui sera une longue liste de meurtres (entre 37 et 200 ?) commis
par le célèbre tueur du Zodiaque, de 1966 à 1978.
Après un petit générique en cinémascope
à la mode, genre "Je mets des images d’archives d’époque
avec une zic’ bien flippante", le film d’Alexander
Bulkley s’ouvre sur la séquence du premier meurtre. La
nuit, une voiture à l’arrêt, le long d’une
petite route avec à l’intérieur un couple d’ados
qui s’apprête à jouer à touche pipi…
Quelques minutes plus tard, une seconde voiture transperce l’obscurité
angoissante pour venir se garer juste derrière eux. On comprend
d’emblée que l’ambiance romantique du rendez-vous
va être quelque peu gâchée. Le film de Fincher s’ouvre
exactement sur la même scène et c’est bien ça
le problème. Le film de Bulkley va souffrir de cette comparaison
et ce dès la première scène. Fincher en bon maître
de l’angoisse va distiller la pression pendant de longues minutes
alors que le gentil Bulkley va nous expédier tout ça en
quelques secondes. Première erreur car même si le spectateur
imagine sans trop d’effort l’issue fatale du jeune couple,
l’intérêt de ce genre de scène est justement
de jouer avec cette attente et par la même, avec les nerfs du
spectateur. Dans la version de Fincher, la voiture du tueur s’arrête
derrière les futures victimes puis repart, rode quelques instant,
puis revient… Elle est l’instrument nerveux de la mise en
scène de Fincher qui joue au sale gosse avec le pauvre spectateur,
cramponné à son siège. Dans la version de Bulkley,
après quelques secondes de dialogue entre les deux jeunes, la
voiture déboule et les deux ados vont être rectifiés
en moins de dix plans.
Deuxième grosse erreur avec cette scène d’ouverture
et qui va se prolonger tout au long du film, l’approche artistique
du film. L’action est censée se dérouler en 1968,
or avec le film de Bulkley, on a plutôt l’impression d’être
devant un mauvais épisode d’X-Files plutôt
que devant un vrai thriller recréant les sixteens. Pas de chemise
à col long, pas de lunette à monture noire, pas même
l’ombre d’une petite rouflaquette. Le souci du détail
est primordial surtout lorsque l’on fait face à un grand
malade de la précision tel que David Fincher. Ce problème
est encore plus accentué par le personnage principal du film,
l'officier de police Matt Parish, interprété par l’inconsistant
Justin Chambers qui à simplement troqué sa blouse blanche
de Grey’s Anatomy pour un costume noir à la FBI.
Cheveux rasés, allure juvénile et essayant en vain de
crapoter cigarette sur cigarette, le personnage de flic tourmenté
par son enquête, délaissant femme et enfant, tombe complètement
à plat. L’interprétation de Justin Chambers paraît
totalement insipide. «Paraît», car le principal coupable
de cette ambiance soporifique, reste le réalisateur, Alexander
Bulkley qui malgré de bonnes intentions de départ, n’arrive
pas à insuffler à son film toute la tension et le désespoir
de ces personnages face au redoutable Zodiac.
1h34 de film, avec seulement quatre meurtres du Zodiac représentés
et trois quart de film où l’on voit l’officier de
police chargé de l’affaire Matt Parish, essayant en vain
de sauver son couple face à cette affaire qui le vampirise jour
et nuit. Du coup, le film se passe entre 1968 et 1969 avec pour fin,
un panneau qui nous explique que le tueur du Zodiac continua à
harceler police et médias pendant plus de dix. On ne peut pas
non plus reprocher à Bulkley de s’être recentrer
sur une partie de l’affaire, tellement celle-ci est complexe.
Le fait de s’intéresser à la vie privée du
policier aurait également pu être une bonne idée.
Le problème dans tout ça, c’est qu’il n’y
a finalement aucune confrontation entre le policier et le tueur. Que
l’on ne comprend pas la complexité de l’affaire et
que les personnages qui ont joués un rôle déterminant
dans cette enquête fleuve en sont exclus. Justin Chambers n’a
malheureusement pas les épaules assez solides pour tenir tout
le film et la psychologie du Zodiac n’est que passablement survolée.
Le drame familial n’est qu’une étoile dans la constellation
du Zodiac et laisse le spectateur sur sa faim.
David Fincher a parfaitement compris les connexions de cette histoire
et c’est pour cela que son Zodiac est si bon. Une substance
dense, désossée de tous effets visuels, où seuls
les protagonistes enchevêtrés dans cette histoire vont
être soigneusement décortiqués... Nous les voyons
brisés, hantés, fatigués par ce tueur insaisissable
qui veut simplement être la vedette de son propre film, vœu
exhaussé en 1971 avec la sortie de Dirty Harry (L’inspecteur
Harry) de Don Siegel avec Clint Eastowd, qui s’inspire des
faits en cours…
Et quand vous avez la chance d’avoir des acteurs comme Robert
Downey Jr, Jake Gyllenhaal, Brian Cox ou encore Chloë Sevigny et
que vos tics de mise en scène passent après l’intrigue
du film, alors vous faites forcément un très grand film.
Une double déception donc pour ce The Zodiac, autant
sur le fond que sur la forme.
Julien Bourières |














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