One
Plus One nous propose un coffret Roger Corman, regroupant pas moins
de 13 films, pour la plupart inédits, réalisés
durant sa première période de 1956 à 1960 :
“The day the world ended” (1956) ; “Rock
all night”, “The undead”, “Sorority
girl”, “Viking women and the sea serpent”
et “L’attaque des crabes géants”
(1957) ; Mitraillette Kelly” et “Teenage
Caveman” (1958) ; “La bête de la caverne
hantée”, “L’attaque des sangsues
géantes” et “Un Baquet de sang” (1959)
; “La femme guêpe” et ”La petite
Boutique des horreurs” (1960).
Nous reviendrons, plus particulièrement, sur quatre de ces
films: “The Day the world ended”, “Rock
All Night”, “The Undead” et “Sorority
Girl”.
Roger Corman
Pour beaucoup Roger Corman fut le réalisateur de nombreux films
de série B fauchés dans les années 60 et de quelques
perles du cinéma fantastique dont « La petite boutique
des horreurs » (1960) ou encore « La tombe de
Ligia » (1964).
Mais tout cinéphile qui se respecte, sait bien que notre Roger
a véritablement transformé l’approche du cinéma.
Ultra productif au début de sa carrière, Roger Corman
reste un cas à part dans l'histoire du cinéma, à
la fois réalisateur de 49 films, producteur via sa société
New Word Pictures, découvreur de talent, acteur, scénariste
etc. Il est de ces grands, qui par son éclectisme et sa passion
du septième art, on su réaliser des films très
personnels, sans se soucier de leurs formes ni des critiques. Quelqu’un
capable de réaliser des films comme « Attack of the
crab monsters », de distribuer des films de Fellini, Truffaut
et Kurosawa ou encore de dénicher les De Niro, Nicholson, Scorsese
et autre Coppola.
Mais Corman n’est cependant pas dupe et devra céder aux
lois du marché. Ses films visant un public d’adolescents,
il devra « montrer » plutôt que suggérer.
Et régulièrement, montrer des monstres de carton-pâte
(très souvent ridicules) faute de temps et de moyens. Corman
va donc apprendre à travailler vite et bien, avec de petits
budgets oscillant entre 50,000 et 80,000 $ et des tournages n’excédant
pas 10 jours au début de sa carrière.
Le résultat, près de 25 séries B, entre 1955
et 1960, de genres divers tels que le polar, le fantastique, le musical…
Avec de belles réussites comme « Not of this Earth
», « Rock all Night », « Sorority Girl
» ou encore « Mitraillette Kelly » (ce
dernier révélant un certain Charles Bronson).
La consécration arrive enfin dès le début des
années 60, avec « La petite boutique des horreurs
». Tourné en deux jours et une nuit, ce film sera un
tel succès, qu'il est encore considéré aujourd'hui,
comme l'un des grands classiques du cinéma, remake et autres
adaptations à l’appui. Suivra son cycle « Poe »,
constitué de 8 adaptations de nouvelles d’Allan Edgar
Poe avec des acteurs aussi prestigieux que Vincent Price, Peter Lorre
et Boris Karloff. Ces films remporteront beaucoup de succès
et donc beaucoup d’argent à Corman qui continuera d’explorer
les genres tels que le film de guerre et le péplum.
Mais petit à petit, la réalisation échappe à
Corman, les responsables de l’AIP (American International Picture)
massacrant ses films au montage.
Après 1971, hormis un film en 1990 « Le retour de
Frankenstein », Roger Corman ne se consacrera désormais
qu’à la production et à la distribution de films
étrangers aux Etats-Unis.
Ses films
En revoyant ses premiers films aujourd’hui, on comprend pourquoi
Roger Corman est devenu un réalisateur culte. Malgré
leurs aspects clairement fauchés et quelques défauts
dans la réalisation, il subsiste la passion d’un réalisateur
et de véritables trouvailles dans sa mise en scène.
“The Day the world ended”, est
un petit « Survival Horror» avant l’heure, où
un petit groupe tente de survivre à un monde atomisé,
dévasté et toxique, entraînant des mutations génétiques.
Corman eu l’idée de faire commencer ce film par la fin
et créer un huit clos à la tension palpable, et ce en
quelques jours de tournage.
“Rock All Night”, nous permet
de goûter à plusieurs standards de l’époque,
dont 2 titres des Platters et de retrouver un Dick Miller jeune, irrésistible
en petite frappe au grand cœur (Dick Miller ! Mais si souvenez-vous,
Mr Futterman, le voisin grincheux des «Gremlins»
!).
“The Undead”, un film assez
déroutant, où une prostituée est envoyée
dans un moyen âge peuplé de diables et de sorcières.
Premier film de Corman entièrement tourné en studio,
où il découvre que la brume artificielle permet d'éviter
d'utiliser des décors coûteux. Un film très plaisant
par son traitement original et agréable à regarder (si
on passe encore une fois sur des effets spéciaux, dignes des
plus mauvais films de série Z).
“Sorority Girl”, est pour moi
le plus réussi des 4 films. On sent une certaine maturité
dans la mise en scène de Corman qui avouera d’ailleurs
avoir appris énormément sur ce film au niveau des cadrages
et de la direction d’acteur. Susan Cabot, l’actrice principale,
y réalise des performances exceptionnelles et ultra crédible.
Malgré leur différence de style, ces films ont un point
commun : l’exploration de la nature humaine et le goût
prononcé de Corman pour les marginaux. Ce qui fait le courage
d’un homme, dans “Rock All Night” et “The
Day the world ended”, la possibilité de changer
pour être meilleur dans “The Undead” ou
l’incapacité à le faire dans “Sorority
Girl”.
Ces films ne sont donc pas exempts de défauts mais ce qui en
font leur charme et leur fraîcheur.
Julien
Bourières