)))  SERGE DANEY. Itinéraire d'un ciné-fils
           Entretiens avec Regis Debray          
           Un film de Pierre-André Boutang et Dominique Rabourdin


 

  • Documentaire
  • 180 minutes, couleur, 1992
  • Sortie à la Vente en DVD le 03 Mars 2005 - Collection Regards - Editions Montparnasse
    Distribué par : Arcadès /Actes Sud
  • Prix de vente conseillé : 25 €
POINT DE VUE


La respiration sifflante, des lunettes carrées surdimensionnées, un regard qui a gardé quelque chose de l'enfance, une casquette grise, des mains graciles, un paquet de Malboro, un verre de whisky et une voix grave... il est aussi émouvant d'écouter Serge Daney que de le voir. Un peu comme l'était la si belle présence de Gilles Deleuze au cours de son remarquable abécédaire(1).

Soyons direct, ces 3 heures en compagnie de Serge Daney sont un vrai bonheur de cinéphile !
D'abord, grâce au rapport que Régis Debray instaure avec Daney. Proche, complice, voire confident. Ce vrai temps de parole respecté dans sa durée, en plan séquence, sans découpage intempestif. On a le sentiment de partager un moment, de faire partie de la famille. Celui qui se disait "ciné-fils" est un peu comme notre grand frère de cinéma. Il nous livre une pensée précise, radicale et morale. Si nécessaire encore aujourd'hui.

C'est aussi la parole d'un marcheur, celui qui prend le temps de regarder le monde. En 1968, il fait de nombreux voyages (notamment en Inde). De longues marches. Et quand Régis Debray commence par lui demander quelle est la 1ère image qui l'a regardé (car avant de regarder les films ce sont eux qui nous regardent !), il ne répond pas par une image de cinéma mais par "les cartes de géographie, l'atlas du monde comme une énigme". Il mélange allègrement ses voyages intimes, géographiques et cinématographiques et rejoint la pensée d'un autre ermite, André S. Labarthe, pour qui "le rôle de la critique n'était pas d'analyser les films mais les traces qu'ils laissent en vous". La première leçon de cinéma.

De son escapade à Hollywood avec Louis Skorecki (aujourd'hui auteur d'une chronique remarquée dans Libération)- où ils rencontrent les derniers dinosaures : Léo Mc Carey, Howard Hawks, Buster Keaton, Von Sternberg - à ses premiers pas aux Cahiers du cinéma. Du travelling de Kapo(2), sa "scène primitive", son dogme, à l'analyse de la mise en scène des matchs de tennis à la télévision, Serge Daney arpente le cinéma avec une sensibilité à fleur de peau et un regard d'une rare pertinence.

FAITES PASSER !

Laurent Devanne


(1) Le philosophe Gilles Deleuze revient sur sa vision du cinéma en 1995 au cours d'un entretien fleuve orchestré par Claire Parnet (dvd également disponible aux Editions Montparnasse).
(2) Pour en savoir plus sur le célèbre article de Jacques Rivette qui influença considérablement la vision du jeune Daney, lire les premières pages de Persévérance sur le site de l'éditeur P.O.L..


   
SYNOPSIS


3h d’entretiens avec Régis Debray pour l'émission Océaniques en 1992, au cours desquels Serge Daney nous raconte le cinéma américain (Hawks, Hitchcock), l’enfance, revient sur "la qualité française", la nouvelle vague, mai 68, l’irruption de la télévision et des médias de masse.

FICHE TECHNIQUE
  • Image : DVD 9 - Ecran 4/3 – Format 1.33
  • Son : Dolby Digital Français
  • Bonus
    Prologue : La carte du monde est une promesse (rushes), 5 minutes.

  • Chapitrage du film :

    1- Le temps des Cahiers
    Le cinéma, c’est l’enfance
    La promesse d’un monde
    On ne devient pas critique de cinéma
    L’expérience américaine
    Retour aux Cahiers
    Des images plutôt que des plans

    2- Des Cahiers à Libé
    Les Cahiers après Mai 68
    Le cinéma comme espace public
    La "qualité française"
    Autre chose que la beauté des images
    Voir ou ne pas vouloir voir

3-Le regard du zappeur
L’expérience Libé
Le passeur et les médias
TV / Cinéma
La civilisation de l’écran
Le cinéma… et après ?

 

NOTES

QUI ÉTAIT SERGE DANEY ?

Critique de cinéma français
(Paris, 1944 — Paris, 1992)

Serge Daney publie son premier texte aux Cahiers du cinéma à l'âge de vingt ans (juin 1964), au moment où les Cahiers jaunes sont repris par le groupe Filipacchi. Il écrit sur le cinéma américain (Léo McCarey, Jerry Lewis), s'éloigne de la revue pour un voyage en Inde puis revient alors qu'elle prend un tournant théorique et politique (maoïsme). Rédacteur en chef des Cahiers du cinéma de 1975 à 1981, il réoriente la revue vers le cinéma (journalisme, couverture critique). D'abord responsable du cinéma à Libération en 1981, il se tourne par la suite vers la télévision et les pages « Rebonds » (sport, information). En 1986, son attachement au cinéma l'incite à fonder une revue à part et totalement libre dans le paysage de la presse cinéma, Trafic, qui ne verra le jour qu'en 1991 (éd. P.O.L), peu de temps avant que la maladie ne l'emporte, en 1992.