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La respiration sifflante, des lunettes carrées surdimensionnées,
un regard qui a gardé quelque chose de l'enfance, une casquette
grise, des mains graciles, un paquet de Malboro, un verre de whisky
et une voix grave... il est aussi émouvant d'écouter Serge
Daney que de le voir. Un peu comme l'était la si belle présence
de Gilles Deleuze au cours de son remarquable abécédaire(1).
Soyons direct, ces 3 heures en compagnie de Serge Daney sont un vrai
bonheur de cinéphile !
D'abord, grâce au rapport que Régis Debray instaure avec
Daney. Proche, complice, voire confident. Ce vrai temps de parole respecté
dans sa durée, en plan séquence, sans découpage
intempestif. On a le sentiment de partager un moment, de faire partie
de la famille. Celui qui se disait "ciné-fils" est
un peu comme notre grand frère de cinéma. Il nous livre
une pensée précise, radicale et morale. Si nécessaire
encore aujourd'hui.
C'est aussi la parole d'un marcheur, celui qui prend le temps de regarder
le monde. En 1968, il fait de nombreux voyages (notamment en Inde).
De longues marches. Et quand Régis Debray commence par lui demander
quelle est la 1ère image qui l'a regardé (car avant de
regarder les films ce sont eux qui nous regardent !), il ne répond
pas par une image de cinéma mais par "les cartes de géographie,
l'atlas du monde comme une énigme". Il mélange allègrement
ses voyages intimes, géographiques et cinématographiques
et rejoint la pensée d'un autre ermite, André S. Labarthe,
pour qui "le rôle de la critique n'était pas d'analyser
les films mais les traces qu'ils laissent en vous". La première
leçon de cinéma.
De son escapade à Hollywood avec Louis Skorecki (aujourd'hui
auteur d'une chronique remarquée dans Libération)-
où ils rencontrent les derniers dinosaures : Léo Mc Carey,
Howard Hawks, Buster Keaton, Von Sternberg - à ses premiers pas
aux Cahiers du cinéma. Du travelling de Kapo(2),
sa "scène primitive", son dogme, à l'analyse
de la mise en scène des matchs de tennis à la télévision,
Serge Daney arpente le cinéma avec une sensibilité à
fleur de peau et un regard d'une rare pertinence.
FAITES PASSER !
Laurent
Devanne
(1)
Le philosophe Gilles Deleuze revient sur sa vision du cinéma
en 1995 au cours d'un entretien fleuve orchestré par Claire Parnet
(dvd également disponible aux Editions Montparnasse).
(2) Pour en savoir plus sur le célèbre article de Jacques
Rivette qui influença considérablement la vision du jeune
Daney, lire
les premières pages de Persévérance
sur le site de l'éditeur P.O.L..
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3h
d’entretiens avec Régis Debray pour l'émission Océaniques
en 1992, au cours desquels Serge Daney nous raconte le
cinéma américain (Hawks, Hitchcock), l’enfance,
revient sur "la qualité française", la nouvelle
vague, mai 68, l’irruption de la télévision et des
médias de masse.
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QUI
ÉTAIT SERGE DANEY ?
Critique
de cinéma français
(Paris, 1944 — Paris, 1992)
Serge Daney publie son premier texte aux Cahiers du cinéma
à l'âge de vingt ans (juin 1964), au moment où les
Cahiers jaunes sont repris par le groupe Filipacchi. Il écrit
sur le cinéma américain (Léo McCarey, Jerry Lewis),
s'éloigne de la revue pour un voyage en Inde puis revient alors
qu'elle prend un tournant théorique et politique (maoïsme).
Rédacteur en chef des Cahiers du cinéma de 1975
à 1981, il réoriente la revue vers le cinéma (journalisme,
couverture critique). D'abord responsable du cinéma à
Libération en 1981, il se tourne par la suite vers la
télévision et les pages « Rebonds » (sport,
information). En 1986, son attachement au cinéma l'incite à
fonder une revue à part et totalement libre dans le paysage de
la presse cinéma, Trafic, qui ne verra le jour qu'en
1991 (éd. P.O.L), peu de temps avant que la maladie ne l'emporte,
en 1992.
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