)))  UMBERTO D.
        
de Vittorio DE SICA                            

 

  • Drame - 1951 - Italie - durée: 1h31 (+58' de bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 19 juillet 2006
    Editions Carlotta
  • Prix de vente conseillé : 20€

SYNOPSIS

Umberto est un fonctionnaire retraité qui ne parvient plus à subvenir à ses besoins. Le film suit sa vie au quotidien, au gré de ses rencontres. Vivant dans une pension minable, il a pour seul compagnon son chien Flike. Il occupe ses journées à trouver de quoi manger pour leur dîner. Sa propriétaire le menace d'expulsion et loue sa chambre à deux étrangers pour un après-midi. Il se lie d'amitié avec la jeune femme de chambre enceinte. Petit à petit, il vend le peu qu'il possède mais l'argent obtenu ne suffit pas. Il continue son combat contre la misère qui le guette…

POINT DE VUE

Avec Umberto D., Vittorio De Sica signe l’un des fleurons du néo-réalisme. Il s’agit du troisième mouvement d’une trilogie comptant les célèbres Sciuscià (1946) et Le Voleur de bicyclette (1948). Vittorio De Sica, parmi les cinéastes du mouvement est sans doute, à l’inverse de Rossellini par exemple, le moins théoricien. Umberto D. ne présente pas une forme aussi révolutionnaire que Rome ville ouverte, il s’agit avant tout d’un drame intimiste et populaire. Lorsque dans le documentaire, Cesare Zavattini déclare que le néoréalisme doit rejeter le pathos, on aurait du mal à appliquer à Umberto D. cette règle. En effet, tous les moyens servent à créer une profonde empathie entre le spectateur et le personnage. Vittorio De Sica, cinéaste somme toute classique, emploie avec assurance et précision un grand nombre de ressorts issus du mélodrame, mais en les appliquant à une vision sans fard de la société italienne.

Umberto est un enseignant retraité pauvre tentant de survivre dans l’après-guerre. La dureté sociale s’exerce bien entendu sur ses éléments les plus faibles, ceux ne possédant aucun pouvoir de rentabilité, trop âgés et usés pour se battre ou trop innocents comme la jeune Maria, la seule amie d’Umberto. Umberto, pour économiser quelques sous sur sa pension se fait hospitaliser en simulant une maladie. À l’hôpital il découvre d’autres simulateurs, symptômes d’une société où la pauvreté s’étend comme une maladie.

Sans doute est-ce chez De Sica que l’on ressent le plus l’influence de Chaplin. On peut à ce égard se souvenir des images jumelles du Kid et du Voleur de Bicyclette : un homme et un enfant pauvres assis au bord d’un trottoir. Avec Umberto D., c’est Une vie de chien de Chaplin qui vient souvent à l’esprit en raison de l’affection d’Umberto pour son chien Flike. De Sica établit un rapport entre le sort réservé aux pauvres et celui des chiens errants exterminés par la fourrière. Dans ces scènes où Umberto découvre le local où les chiens sont gazés c’est le souvenir des camps de la mort qui revient de façon glaciale. La destruction industrielle de la vie est toujours à l’œuvre, même si elle a pris d’autres formes. Que voyons nous dans Umberto D. sinon l’anéantissement économique d’un être humain ? Les ouvriers, sur les ordres de la logeuse qui veut expulser Umberto, commencent à détruire son appartement, le contraignant à dormir au milieu des gravats, dans le froid. Peu à peu le monde devient littéralement inhabitable pour le vieil homme.

Si le personnage d’Umberto, pauvre enseignant retraité, est parfaitement typé, il demeure aussi et avant tout une figure métaphorique, comme l’indiquerait l’initiale qui le désigne. La société italienne qui révèle ici sa cruauté, ce pourrait être la France contemporaine, et Umberto D. quiconque mis en position de survie. Sans doute, la force du cinéma néoréalisme est d’avoir placé le peuple et la question sociale au cœur du cinéma. Qu’un tel cinéma soit encore, et plus que jamais, nécessaire est une évidence.



Stéphane Du Mesnildot

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisateur : Vittorio De Sica
    Scénario: Cesare Zavattini, Vittorio de Sica
    Avec:
    Carlo Battisti (Umberto Domenico Ferrari)
    Maria-Pia Casilio (Maria (sous le nom Maria Pia Casilio))
    Lina Gennari (la propriétaire)
    Ileana Simova (la femme surprise)
    Elena Rea (la Soeur)

    Production: Giuseppe Amato, Vittorio de Sica, Angelo Rizzoli
    Montage: Eraldo Da Roma
    Photographie: Aldo Graziati (sous le nom G.R. Aldo)
    Musique: Alessandro Cicognini
    Décors: Virgilio Marchi
    Assistant réalisation: Luisa Alessandri & Franco Montemurro
    Son: Ennio Sensi
    Editeur DVD : Carlotta Films
 
  •  LE DVD

    Image : DVD 9 - Nouveau master restauré - Ecran 4/3 – Format 1.37
    Son : Version Originale / Version Française
    Sous-titres : Français

  •  BONUS (58')

    Cinéma et réalité
    Un film de Georges Dufaux et Clément Péron – 1967 – Noir et Blanc – 58 mn

    Un documentaire exclusif sur le néoréalisme où se croisent les témoignages de nombreux cinéastes. Vittorio De Sica, Roberto Rossellini, Michelangelo Antonioni, Pier Paolo Pasolini et biens d’autres livrent chacun leur point de vue sur l’une des périodes artistiques les plus prolifiques du septième art italien. On y retrouve également Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque Française.


    Ce documentaire canadien interroge les figures majeures du néo-réalisme : Rossellini, De Sica, Visconti, Zavatini et Sergio Amidei (scénaristes ayant tous deux travaillé avec De Sica). Le documentaire se situe à une époque où le mouvement est déjà révolu : le néo-réalisme n’existe déjà plus en tant que tel. Comme le note Pasolini : il a duré de 1945 à 1955. Cependant, la carrière de ses auteurs se poursuit. Dans le même temps, une jeune génération s’est mise en place et a rompu avec le néo-réalisme. Ils sont représentés par Marco Bellocchio alors auteur de Les Poings dans les poches. Ce sont de jeunes cinéastes très politisés (on peut leur rattacher Bertolucci), proches de Pasolini et influencés par la Nouvelle Vague française, et qui n’hésitent pas à troquer l’approche réaliste pour la psychanalyse.

    Moravia est également interrogé et parle des genres dominant l’époque fasciste : les drames bourgeois appelés « téléphones blancs » et le cinéma héroïque. Il défini avec ironie les fascistes comme des petits bourgeois avec des armures antiques en carton. Ce qui résulte des témoignages des cinéastes est la joie de filmer le réel après les mensonges du fascisme, de donner au peuple sa place, et créer un cinéma vivant. De Sica a en particulier une très belle phrase : « pour aimer vraiment la vie, il faut la vivre. »

    SDM



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