)))  D'AILLEURS DERRIDA
           
de Safaa FATHY                            

 

  • Documentaire - 2000 - France - durée: 1h08
  • Sortie à la Vente en DVD le 4 mars 2008
    Editions Montparnasse

SYNOPSIS

Ni fiction, ni documentaire, D’ailleurs, Derrida met en scène la parole du philosophe Jacques Derrida dans quatre pays où il a vécu et enseigné, et avait ses racines : l’Algérie, l’Espagne, la France et les Etats-Unis. Derrida est effectivement un des philosophes français les plus connus et reconnus à l’étranger, en particulier aux Etats-Unis, où il enseigna régulièrement pendant des années. !

POINT DE VUE
Pour qui n’est guère familier de la pensée et des écrits de Jacques Derrida (et plus largement d’à peu près toute la philosophie contemporaine, mais j’ai encore la vie devant moi), chroniquer un film dont il est le sujet peut révéler de la gageure. En même temps, pas tant que ça, puisque D’ailleurs Derrida quoique modeste dans sa facture (documentaire Arte qui ne connut pas l’honneur d’une sortie salle contrairement au Derrida de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman en 2002) réussit une sorte de défi : rendre une certaine proximité avec le philosophe pour qui ne le connaît pas, en même temps qu’il ménage une autre dimension plus « spécialisée » pour les connaisseurs.

En somme, tour à tour introduction et note de bas de page, le film se concentre sur la personne Derrida présenté sous suffisamment d’atours charmeurs et hédonistes pour battre en brèche, du côté du philosophe, la figure du mandarin et, du côté du documentaire, le film éducativo-pontifiant.

Car le film a beau être bref, il présente plusieurs facettes : film portrait voire film testament (puisque le philosophe allait nous quitter en 2004 cinq ans après la réalisation de ce film), comme film auto référentiel puisque au détour de quelques séquences, Derrida s’improvise co-auteur du film, tentant d’intervenir sur le montage ou le filmage d’une séquence. À moins qu’il ne s’agisse d’une mise en application de sa fameuse « déconstruction » dans le champ du cinéma ?

Mais tout le pari du film s’accorde à un parti pris simple mais efficace : s’accorder à la parole du philosophe, une parole non seulement volubile et discursive mais surtout voyageuse. Dispersée entre différents « foyers » aussi bien physiques (Paris, l’Algérie, l’Espagne, les Etats-Unis) que symboliques (les racines familiales, les lieux de formation, les lieux d’enseignement), les mots comme la présence physique du philosophe semble finalement diffractée et insaisissable. Fragmentation des points de vue, comme fragmentation des points d’appréhension de l’homme comme du philosophe.

Ainsi, au fil du film, Derrida s’identifie lui-même à différentes figures, qui paraissent composer chez lui des fragments d’une mythologie intime, notamment la figure du marrane (juif d’Espagne converti sous la contrainte au christianisme, mais resté fidèle à sa religion d’origine). Pour qui ne connaît rien à Derrida (ce qui, je le répète, est mon cas) cette identification atteint sans doute le noyau dur de la pensée comme de la démarche derridienne : celle d’une pensée qui parce qu’elle est soumise à un perpétuel exil et déplacement doit sans cesse se réinventer en mouvement. De fait, le film, dès lors qu’il a choisi de ne pas cerner le philosophe par un « noyau » signifiant, en propose différents éclairages qui finissent pas dessiner un portrait chinois. Bien le moins que de convoquer la pensée asiatique pour dresser le croquis d’un homme modelé à égalité par les cultures méditerranéennes et par l’université américaine.


Joachim Lepastier

   
FICHE TECHNIQUE
 
  •  LE DVD
    Format 4/3 - DVD 9 - 2h31 - Couleur - Son mono et - Zone 2 - PAL



  • BONUS

    * Nom à la mer
    Un film de Safaa Fathy - Avec Jacques Derrida. 29 min
    « Nom à la mer est un film-poème réalisé en collaboration avec Jacques Derrida. Mes poèmes, écrits dans un premier temps en arabe, ont été traduits en français par Zeinab Zaza, puis la traduction a été reprise par Jacques Derrida. Il m’a également prêté sa voix pour lire ces poèmes au mois de juin 2004. J’ai pu, à ma grande et profonde gratitude, monter le film et le montrer à Jacques Derrida alors qu’il était à l’hôpital, quelques jours avant son adieu au monde. Il m’a dit qu’il aimerait pouvoir vivre pour le voir sur grand écran. » Safaa Fathy

    * De tout cœur
    Un film de Safaa Fathy en trois temps, ou en trois mouvements, autour du motif du cœur
    Avec Jacques Derrida. 54 min
    « De tout coeur est un film en trois temps, ou trois mouvements, autour du motif du coeur. Mon coeur comme le coeur de l’autre ; le coeur en politique ou la politique du cœur (et en particulier en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien) ; et enfin le coeur d’un clone qui résisterait à l’idée même du clonage. Les trois temps de ce film ont été montés ensemble à partir de matériaux filmiques divers que j’ai pu accumuler au fil des années, en partie grâce à la volonté des archives de Jacques Derrida à l’Université de Californie à Irvine de rassembler ses interventions filmées aussi bien en France qu’à l’étranger. J'ai également classé et répertorié sa correspondance à l’IMEC, à Paris. » Safaa Fathy
Biographie de Jacques Derrida (1930 - 2004)
Originaire d'une famille juive d'Algérie, il fait ses études secondaires à Louis-le-Grand où il rencontre plusieurs intellectuels comme Pierre Bourdieu, Michel Deguy ou Michel Serres. Il entre en 1952 à l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm et suit les cours de Jean Hyppolite et de Maurice de Gandillac : après sa rencontre avec Louis Althusser, Derrida rédige sa thèse sur Le problème de la genèse dans la philosophie de Husserl. Après qu'il s'est lié d'amitié avec Michel Foucault, il est reçu à l'Agrégation et part enseigner aux Etats-Unis à Harvard : il n'échappe pas à la conscription en Algérie et doit rentrer en France. En 1962, le philosophe s'installe à Nice avant de retrouver la capitale pour dispenser son savoir à Normale où il est nommé maître-assistant en 1964. Ses premiers grands livres sont publiés en 1967, notamment De la grammatologie, L' Ecriture et la différence et La Voix ou le Phénomène, et réexamine les thèses métaphysiques en éradiquant les présupposées de la parole ou logocentrisme de notre philosophie classique. Le fameux concept de « déconstruction » se veut en termes heideggériens une synthèse des ontologies contemporaines dans des oeuvres comme La Dissémination ou La Carte Postale. Il a consacré les années 1990 à une réflexion sur l'universalisme : ses quatre-vingt oeuvres en font le philosophe français le plus étudié à travers le monde.

La Déconstruction chez Derrida
La Déconstruction est une méthode, voire une école, de la philosophie contemporaine. Cette pratique d'analyse textuelle est employée pour décortiquer de nombreux écrits (philosophie, littérature, journaux), afin de révéler leurs décalages et confusions de sens, par le moyen d'une lecture se focalisant sur les postulats sous-entendus et les omissions dévoilées par le texte lui-même.
Ce concept, participant à la fois de la philosophie et de la littérature, obtint une grande notoriété aux Etats-Unis, où il est assimilé à la philosophie postmoderne, et plus globalement à l'approche divergente de la philosophie continentale d'Europe. Si le terme « déconstruction » fut d'abord utilisé par Heidegger, c'est l'œuvre de Derrida qui en a systématisé l'usage et en a théorisé la pratique.
En traduisant et récupérant à son compte la notion de déconstruction, Derrida entendait que la signification d'un texte donné (essai, roman, article de journal) est le résultat de la différence entre les mots employés, plutôt que de la référence aux choses qu'ils représentent ; il s'agit d'une différence active, qui travaille en creux le sens de chacun des mots qu'elle oppose, d'une façon analogue à la signification différentielle saussurienne en linguistique. Pour marquer le caractère actif de cette différence (au lieu du caractère passif de la différence relative à un jugement contingent du sujet), Derrida suggère le terme de différance, sorte de mot-valise combinant « différence » et le participe présent du verbe « différer » : « différant ». En d'autres termes, les différentes significations d'un texte peuvent être découvertes en décomposant la structure du langage dans lequel il est rédigé.


(EXTRAITS DE DOSSIER DE PRESSE)
Biographie de Safaa Fathy
Ayant eue pour professeur Jacques Derrida, Safaa Fathy est née en 1958 à Minia en Haute Egypte. Elle a obtenu un diplôme d’études théâtrales de l’Université de Paris VIII (St Denis) en 1985, et un doctorat de la Sorbonne en 1993 avec une thèse sur le théâtre épique en Grande-Bretagne (John Arden et Edward Bond). Elle est l’auteur de plusieurs films, dont D’Ailleurs, Derrida. En 2000, elle co-signe un livre avec Jacques Derrida inspiré de l’expérience de ce film : Tourner les mots, Au bord d’un film. Ses autres films sont : Hidden faces, documentaire, 1991 (co-réalisatrice) ; Ghazeia, danseuses d’Egypte, documentaire, 1993 ; Maxime Rodinson : l’athée des dieux, documentaire, 1996 ; Le Silence, court-métrage de fiction, 1997. Elle est l’auteur de plusieurs recueils poétiques en arabe Elle a aussi mis en scène une dizaine de pièces.


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