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BERLIN ALEXANDERPLATZ
de
Rainer Werner FASSBINDER
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- Fresque
monumentale - 1980-83 - Allemagne
- durée: 15h30 (+ Bonus)
- Sortie
à la Vente en DVD le 6 Octobre 2007
- 6
DVD / 14 épisodes (13 épisodes et 1 épilogue)
Editions
Carlotta
-
Prix de vente indicatif : 57€
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| SYNOPSIS |
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Franz
Biberkopf vient de sortir de la prison de Berlin-Tegel où il
avait été emprisonné pour le meurtre de son amie
Ida. Il commence alors une nouvelle vie, se jure de rester honnête.
Il retrouve quelques amis et cherche un soutien auprès de ses
différentes maîtresses. Dans son entourage, il y a Eva,
son amie de toujours, Lina, une Polonaise rencontrée dans la
brasserie où Franz est un habitué, et sa propriétaire,
Madame Bast. Mais à Berlin dans les années 1927-28,
la vie est rude et le travail rare. Il ne trouve pas sa place, et
après la trahison d’un collègue, se réfugie
dans l’alcool. Après une longue dépression, il
retrouve le goût de se battre avec Reinhold, un type mystérieux
qui le fascine. Malheureusement, Reinhold n’est pas toujours
bien intentionné et va faire la ruine de Franz en le poussant
à des actions illégales et lui prenant même Mieze,
sa bien-aimée. Franz n’a alors plus rien à faire
dans cette société....
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| POINT
DE VUE |
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La
tentation est grande de commencer par déballer devant Berlin
Alexanderplatz tout l’arsenal théorique et conceptuel
dont on use généralement pour aborder le cinéma
de Fassbinder (le mélodrame contrarié, la distanciation,
les parallèles entre les destins individuels et l’Histoire
collective d’un pays…). Je vais d’ailleurs sans
doute me plier à cette règle d’airain d’autant
plus tentante que la nature même de ce film (adaptation fleuve
-plus de 15 heures !- d’un classique de la littérature
allemande signé Alfred Döblin) en fait, d’une certaine
manière, l’œuvre somme de Fassbinder et invite à
ce genre de considérations globalisantes.
Pourtant, il faudrait faire court et dire simplement que Berlin
Alexanderplatz est d’abord une œuvre profondément
émouvante même si ce genre de terminologie ne semble
plus intéresser la critique «officielle» aujourd’hui.
Il faudrait inviter les éventuels spectateurs à ne pas
s’effrayer de la durée inédite du film mais, au
contraire, à se laisser porter par le torrent d’émotions
qu’il charrie. Je défie quiconque de ne pas ressentir
un pincement au cœur à chaque apparition de la divine
Hanna Schygulla, de ne pas avoir les larmes aux yeux lorsque Franz
rencontre pour la première fois Mieze, la petite prostituée
au grand cœur ; et de ne pas avoir la chair de poule lorsqu'éclate
une violente dispute entre ce couple à l’épisode
11 (je crois sincèrement n’avoir jamais entendu au cinéma
de cris aussi déchirants que ceux poussés par la sublime
Barbara Sukowa).
Pour dire l’essence du film, il faudrait avoir un sens foudroyant
de la formule comme Marc-Edouard Nabe lorsqu’il écrit
à propos du cinéaste : «Fassbinder a parcouru
les plaines de l’âme humaine comme un bison. Il était
accablé de se reposer. Il lui fallait galoper : le travail,
c’est la débauche des débauches.» L’amour,
l’amitié, la trahison, la haine, la jalousie, la fatalité,
la folie, la passion…, c’est exactement Berlin Alexanderplatz
: une course exténuante mais grisante à travers les
«plaines de l’âme humaine» qui vous
retourne les tripes et vous bouleverse de bout en bout.
Après quatre années d’emprisonnement pour meurtre
(il a battu violemment son amie Ida), Franz Biberkopf (Günter
Lamprecht) retrouve la vie civile et jure de se racheter une conduite
afin de vivre honnêtement. Mais la vie est difficile dans le
Berlin de la fin des années 20 et Franz va avoir toutes les
peines du monde à retrouver le droit chemin sans être
rattrapé par la fatalité…
Franz Biberkopf : un homme allemand
Le grand sujet de Fassbinder, c’est l’Allemagne et la
puissance de son cinéma vient, notamment, de cette capacité
qu’il eut de se coltiner avec l’histoire plus ou moins
récente de son pays pour en saisir toutes les contradictions.
À travers les trajectoires individuelles de figures féminines
inoubliables (Le mariage de Maria Braun, Lili Marleen ou
Lola, une femme allemande), le cinéaste est parvenu
à tracer des tableaux métaphoriques de son pays à
un moment donné (la montée du nazisme, l’après-guerre
et le miracle économique d’Adenauer…). Dans Berlin
Alexanderplatz, la destinée de Franz renvoie de la même
manière imagée au destin et aux tourments du peuple
allemand sous la République de Weimar. Lorsqu’il sort
de prison, il ressemble à ce pays déboussolé
au sortir de la guerre, accablé par les conséquences
désastreuses de l’armistice et du traité de Versailles.
Franz connaîtra, comme nombre de ses compatriotes, le chômage,
l’inflation, la pénurie et la précarité
de petits boulots souvent aux marges de la légalité.
Sans se laisser le moins du monde entravé par le poids de la
reconstitution, Fassbinder parvient à faire revivre, à
travers son personnage, le Berlin de la fin des années 20.
Mieux que quiconque il parvient à restituer une atmosphère
d’époque et à peupler son tableau de silhouettes
familières : prostituées, mafieux véreux, militants
exaltés, travailleurs laborieux… Jamais il ne sombre
dans le pittoresque lorsqu’il s’agit de représenter
ce petit peuple qui vivote tant bien que mal au cœur de la grande
ville. Dans l’épisode 2, Franz est amené, sans
réelles convictions politiques, à vendre des journaux
nazis. Pour se faire, on lui ordonne de porter un brassard avec la
croix gammée, ce qui donnera lieu à de violentes altercations
avec ses anciens amis communistes. Là encore, Fassbinder parvient
à retranscrire une atmosphère lourde de menaces («
le sang doit couler » annonce le narrateur en voix-off)
et de tensions idéologiques qui mèneront là où
l’on sait.
En s’appuyant sur des figures individuelles et incarnées
(j’insiste là-dessus : le cinéma de Fassbinder
se prête volontiers à l’exégèse mais
il n’est jamais « théorique »), le cinéaste
parvient à décrire très précisément
les mécanismes sociaux qui jetteront quelques années
plus tard son pays au fond du gouffre.
Un homme amoureux
L’œuvre de Fassbinder, inlassable peintre de la société
allemande, est la plus politique qui soit sans jamais être,
à aucun moment, militante ou didactique. Ce qui prime chez
lui, c’est l’imbrication des mécanismes sociaux
et des passions. Grand amateur du cinéma de Douglas Sirk, Fassbinder
s’est servi du genre mélodramatique comme cadre idéal
pour ses fables. Dans Berlin Alexanderplatz, il met une fois
de plus en parallèle les mouvements et soubresauts du monde
avec les élans de cœur des personnages. En jouant à
fond la carte du mélodrame, il parvient à transcender
ce qui pourrait n’être qu’une banale histoire de
quatre sous.
Pour réussir avec succès cette expérience étonnante
d’adapter totalement un livre difficilement transposable à
l’écran (d’après ce que j’en sais,
le tableau des bas-fonds berlinois proposé par Döblin
est constellé de références diverses et de collages
de journaux renvoyant à l’actualité) ; Fassbinder
invente une forme originale entre le classicisme d’une narration
qui respecte les codes du mélodrame et l’intrusion de
divers éléments qui distancient le récit. Berlin
Alexanderplatz est à la fois un grand film romanesque
(voix-off, cartons qui assurent les transitions entre les diverses
articulations du récit, motif musical récurrent…)
mais dont les élans sont souvent contrariés (ce qui
les rend d’ailleurs d’autant plus émouvants !).
Pour prendre un exemple, le flash-back sur la mort d’Ida qui
revient de manière récurrente fait, à chaque
fois, l’objet d’un commentaire totalement décalé
par rapport à ce que montrent les images.
Tout le lyrisme si particulier de Fassbinder est contenu dans ce décalage.
D’une part, il n’hésite pas à exacerber
les situations mélodramatiques de son film (Cf. la violence
qui est en Franz et qui semble pouvoir ressurgir à n’importe
quel moment, comme au moment évoqué plus haut où
il bat Mieze, dévoré qu’il est par la jalousie
et sa passion incandescente) et à faire palpiter nos cœurs
de midinettes (« la vie est parfois trop courte pour les
sentiments éternels ») ; de l’autre, il sait
filmer les « climax » émotionnels à bonne
distance et éviter le chantage à l’émotion
(voir la fabuleuse scène de la mort de Mieze où jamais
le cinéaste ne consent à un gros plan mais joue sur
un étonnant découpage chorégraphique). Le mélodrame
est également le véhicule idéal pour disséquer
les passions humaines, pour les scruter au scalpel. On voit très
bien ce qui a pu toucher Fassbinder dans le roman Berlin Alexanderplatz
: cette manière de décrire la complexité
des liens (amoureux et amicaux) qui unissent les êtres.
Si Biberkopf change souvent de maîtresses pendant le film, c’est
sa relation avec Mieze qui constitue le point nodal du récit.
Fassbinder filme sous tous ses aspects l’amour fou qui les unit
(le titre de l’épisode 8 est parfaitement révélateur
: Le soleil chauffe la peau, la brûle parfois) et leur
complicité (voir la scène où ils se saoulent
ensemble) qui va jusqu’à cet étonnant partage
dont ils veulent faire l’expérience (Eva, l’amie
dévouée, portera par procuration l’enfant de Franz
puisque Mieze ne peut pas en avoir). Mieze (interprétée
avec ce qu’il faut de spontanéité, de naïveté
et de profonde bonté par Barbara Sukowa) est presque un personnage
«masculin » dans sa manière qu’elle a de
vouloir posséder totalement Franz (elle refuse qu’il
travaille car elle veut prendre en charge ses besoins) tandis que
Franz, devenu handicapé, est un étonnant mélange
de faiblesse et de brutalité qui se retrouve dans ses relations
avec ses amis. Comme toujours chez Fassbinder, les rapports entre
les individus sont placés sous le signe de la domination et
de la soumission : l’amour est souvent plus froid que la mort
et la confiance que Franz avait placé dans ses amis est trop
souvent trahie (Nabe écrit encore, très justement :
« …, il faut bien comprendre que Fassbinder était
un homme écoeuré par l’homme, écoeuré
par l’amour qu’il vouait à l’homme, ce chien.
»). Difficile de ne pas être bouleversé par le
spectacle de ces hommes en quête éperdue de tendresse
et d’amour qui se cognent aux dures parois de la réalité...
L’individu et le monde
En sortant de prison, Franz est un homme résolu : il se conduira
de manière honnête et n’aura plus de compte à
rendre à personne. Pourtant, dès le premier épisode
(le châtiment va commencer), pèse sur ses épaules
le poids du destin. La liberté qu’il acquiert se révèle
vite illusoire puisqu’il va faire l’expérience
d’un nouvel enfermement. Même dans le cadre de la sphère
privée (ses relations amoureuses et amicales) il voit s’abattre
sur lui le poids du monde. Les thèmes de l’impuissance
(aussi bien réelle lorsque Franz va voir sa première
prostituée que métaphorique lorsque les évènements
se précipitent et l’emportent sans rémission vers
sa destinée) et de l’agression permanente du monde parcourent
les 15 heures de Berlin Alexanderplatz.
Dans la plupart de ses films, Fassbinder montre la manière
dont s’opposent espace public et espace privé et cette
façon qu’a le monde de s’immiscer dans la sphère
de l’intime pour la briser (dans l’épisode 2, Franz
s’étonne de la législation relative à l’homosexualité
et de l’appareil répressif qui régit un domaine
pourtant strictement privé). Ici, le monde ne cesse d’enfermer
Franz dans ses barreaux : politiques (il se laisse piéger par
le jeu des idéologies sans y adhérer), sociaux (les
difficultés pour trouver du travail afin de vivre honnêtement)
et sentimentaux (la mise en scène, qui surcharge l’espace
et joue sur les jeux de miroirs et de lieux clos, renforce ce sentiment
de claustrophobie).
Le cinéaste associe l’image de Job sur son tas de fumier
à celle de Biberkopf. Alors qu’il veut être honnête,
il est dans un premier temps abandonné de tous («
Plus rien n’a de sens dans ce monde » dit-il en écrasant
un bouquet de fleurs) et sa situation ne fait que se dégrader
(alcoolisme, amputation d’un bras…). Quand il aperçoit
une lueur au bout du tunnel (l’arrivée de Mieze, ce magnifique
travelling circulaire très lent qui enveloppe tendrement les
futurs amants…), le destin fait des siennes et semble vouloir
répéter l’histoire (le meurtre d’Ida).
L’autre image récurrente qui permet à Fassbinder
de symboliser la condition de Franz et, par métonymie, la condition
humaine en général, c’est celle de l’abattoir.
L’homme n’est finalement rien d’autre qu’un
animal prisonnier d’un abattoir et les lames de ce monde finissent
toujours par le déchiqueter comme nous le verrons dans l’épilogue.
Epilogue
De part sa durée inhabituelle (alors que chaque épisode
du film dure à peu près une heure, cet épilogue
en fait deux) et ses allures d’excroissance monstrueuse, il
mérite un traitement à part. C’est sans doute
le passage le plus personnel de l’œuvre (intitulé
d’ailleurs Rainer Werner Fassbinder : mon rêve du
rêve de Franz Biberkopf), celui qui récapitule autant
qu’il interprète la globalité de Berlin Alexanderplatz.
Accusé de meurtre, Franz se retrouve dans un asile d’aliénés
et le film se compose d’une succession de tableaux oniriques
assez hallucinants. D’une certaine manière, Fassbinder
conclut son œuvre en ouvrant la boite de Pandore et en traduisant
à la manière d’un Fellini allemand (beaucoup plus
froid, donc ; et dénué de la moindre ironie) ce que
sous-tendait toute la dramaturgie du récit.
Biberkopf est assailli par ses anciennes maîtresses tandis que
défilent sous nos yeux des visions cauchemardesques d’entassements
de corps nus dans un abattoir qui ne peuvent pas ne pas rappeler les
images des pages les plus sombres de l’histoire allemande. Les
images (la bombe atomique), la musique (Janis Joplin, Donovan, Léonard
Cohen…) deviennent anachroniques et mettent en perspective les
enjeux du film en le replaçant dans un contexte historique
global. En faisant accéder Biberkopf (et l’Allemagne)
à une certaine lucidité, Fassbinder (qui fait une apparition
à la fois ironique et inquiétante) montre les failles
de sa croyance en la bonté (il serait facile de disserter longuement
sur l’image de la crucifixion de Franz et de sa « résurrection
») et les dangers historiques d’une telle attitude d’adhésion
sans critique.
Cette conclusion étonnamment baroque contraste violemment avec
la perfection « classique » des treize autres épisodes
(je me rends compte que je n’ai pas assez vanté la beauté
de la mise en scène du film) sans pour autant l’annihiler.
Une dernière fois, Fassbinder n’a pas oublié de
faire primer l’émotion sur la théorie et ce baroud
d’honneur lui permet de conclure une œuvre qu’on
peut d’ores et déjà qualifier de magistrale…
Vincent Roussel
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| FICHE
TECHNIQUE |
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- LES
FILMS
Réalisation
& scénario: Rainer Werner Fassbinder d'après
le roman de Alfred Döblin
Avec:
Günter Lamprecht : Franz Biberkopf
Hanna Schygulla : Eva
Barbara Sukowa : Mieze
Gottfried John : Reinhold
Franz Buchrieser : Meck
Claus Holm : Max, le patron de la brasserie
Brigitte Mira : Mme Bast
Roger Fritz : Herbert
Ivan Desny : Pums
Elisabeth Trissenaar : Lina
Helen Vita : Fränze
Anne-marie Düringer : Cilly
Barbara Valentin : Ida
Irm Hermann : Trude
Liselotte Pempeit : Mme Pums
Karin Baal : Minna
Margit Carstensen : la secrétaire de l'avocat
Helmut Griem : l'ange Sarug
Collaborateur
artistique : Harry Baer
Directeur de la photographie : Xaver Schwarzenberger
Compositeur : Peer Raben
Monteuse : Juliane Lorenz
Décorateurs : Helmut Gassner, Werner Achmann et Jürgen
Henze
Costumière : Barbara Baum
Production : Bavaria Atelier / RAI, pour WDR
Distributeur : Carlotta Films
13
épisodes et 1 épilogue
Épisode I: Le châtiment va commencer
(Die Strafe beginnt) 81 mn
Berlin, 1928. Franz Biberkopf est libéré de la prison
de Tegel, où il a purgé une peine de quatre ans pour
le meurtre de son amie Ida. Le retour à la vie normale est
difficile. Il retrouve sa chambre chez Madame Bast et jure de mener
désormais une vie honnête. Il rencontre Lina, une Polonaise
qui promet de l’aider.
Épisode II: Comment faut-il vivre quand on ne veut
pas mourir ?
(Wie soll man leben, wenn man nicht sterben will) 59 mn
La vie est rude à Berlin. Franz essaie plusieurs emplois, tous
précaires et pas toujours légaux. Il essaie de vendre
des livres érotiques, mais sa maîtresse, Lina, menace
de le quitter. Alors, il vend un journal nazi et doit arborer la croix
gammée, ce qui lui attire des ennuis de ses anciens amis sympathisants
communistes.
Épisode III: Un coup de marteau sur la tête peut
blesser l’âme
(Ein Hammer auf den Kopf kann die Seele verletzen) 59 mn
Lina a alors l’idée de contacter Otto, un ami de son
père, débrouillard. Lui-même au chômage,
il vivote du commerce des lacets de chaussures. Franz s’associe
à son activité jusqu’au jour où il tombe
sous le charme d’une veuve qui revoit en lui son mari. Il raconte
l’histoire à Otto, qui le trahit sans regret. Franz se
sent désemparé et plaque tout, Lina, sa chambre, sa
vie.
Épisode IV: Une poignée d’hommes dans
la profondeur du silence
(Eine Handvoll Menschen in der Tiefe der Stille) 59 mn
Franz se retrouve livré à ses démons et se réfugie
dans l’alcool. Il ne veut plus voir personne et observe la nature
humaine se déchaîner autour de lui. L’injustice
de la société le rend de plus en plus amer.
Épisode V: Une faucheuse avec le pouvoir du bon Dieu
(Ein Schnitter mit der Gewalt vom lieben Gott) 59 mn
Eva, une ancienne amie devenue prostituée de luxe, ramène
Franz à la vie. Il se remet sur pied et trouve une raison de
vivre avec la bande de Pums, un type qui fait des affaires. Il rencontre
aussi Reinhold, un grand type dégingandé, qui lui envoie
ses maîtresses pour s’en débarrasser. Franz est
fasciné par ce personnage fragile et mystérieux.
Épisode VI : Un amour, ça coûte toujours
beaucoup
(Eine Liebe, das kostet immer viel) 59 mn
Franz en a assez de ce défilement de femmes perdues dans sa
vie. Un peu par hasard, il prend part à une action organisée
par le mafieux Pums et perd un bras. Il a brisé sa promesse
de rester un homme honnête. Franz se rend compte que Reinhold
est en partie responsable mais ne veut l’admettre, car il aime
Reinhold comme un frère.
Épisode VII: Remarque : On peut toujours renier un
serment
(Merke : einen Schwur kann man amputieren) 59 mn
Eva et son protecteur Herbert s’occupent de Franz, devenu handicapé.
Ils veulent aussi venger leur ami. Franz refuse, car il préfère
tourner la page. Il se projette dans l’avenir grâce à
sa rencontre avec Willy, très politisé.
Épisode VIII: Le soleil chauffe la peau, la brûle
parfois
(Die Sonne wärmt die Haut, die sie manchmal verbrennt) 59 mn
Franz veut maintenant oublier sa promesse. Cela soulage sa conscience.
C’est alors qu’il fait la rencontre de Mieze, une jolie
jeune fille toute menue dont il tombe amoureux. Il prend peur en découvrant
une lettre enflammée qu’un amant adresse à Mieze.
Épisode IX: À propos de mille lieues qui séparent
le grand nombre du petit nombre
(Von den Ewigkeiten zwischen den Vielen und den Wenigen) 59 mn
Eva essaie de calmer les angoisses de Franz. Mieze est une fille sérieuse
et si elle se prostitue pour lui, il devrait comprendre combien elle
l’aime. Franz part la rejoindre dans son quartier, un bouquet
de fleurs à la main. Il est si touché de la voir ainsi
au soleil qu’il pense qu’elle n’est là que
pour lui et que leur amour le rend fort. Il reprend contact avec Reinhold
et ils s’intéressent tous les deux à la politique.
Épisode X: La solitude fait naître les fissures
de la folie même dans les murs
(Einsamkeit reisst auch in Mauern Risse des Irrsinns) 59 mn
Mieze veut maintenant un enfant de Franz. Mais comme elle ne peut
enfanter, elle pense à Eva qui pourrait être la mère.
Mieze est devenue très indépendante. Elle veut partir
trois jours avec un client qui part en vacances. L’argent ira
à Franz de toute façon. Franz a des doutes. Il ne peut
pas passer trois jours sans Mieze. Il pense qu’il n’est
plus bon à rien, si les autres sont toujours affairés
à organiser sa vie sans l’en informer.
Épisode XI : Savoir, c’est pouvoir et le monde
appartient à ceux qui se lèvent tôt
(Wissen ist Macht und Morgenstund hat Gold im Mund) 59 mn
Franz se sent inutile. Il veut gagner à nouveau de l’argent
et rejoint la bande de Pums. Il trouve enfin sa place. Mais, un jour
où il cache Reinhold sous son lit pour lui montrer quelle jolie
vie il a avec Mieze, celle-ci lui annonce qu’elle est éprise
d’un autre homme. Elle ne veut pas le quitter, car elle lui
appartient. De rage, Franz manque de la tuer.
Épisode XII: Le serpent dans l’âme du serpent
(Die Schlange in der Seele der Schlange) 59 mn
Mieze pardonne à Franz son accès de violence. Elle reste
auprès de lui, même s’il a tenté d’atteindre
à sa vie. Mais le destin continue de s’acharner : Reinhold,
qui courait après Mieze depuis un moment, a préparé
un plan diabolique. Mieze, trop confiante, se retrouve alors seule
dans la forêt déserte et se laisse presque séduire
avant d’être assassinée.
Épisode XIII : L’extérieur et l’intérieur
et le secret de la peur devant le secret
(Das Äussere und das Innere und das Geheimnis der Angst vor dem
Geheimnis) 59 mn
Franz est accablé. La seule personne en qui il avait confiance
et qu’il aimait sincèrement l’a quitté.
Elle lui avait appris que, dans ce monde, on ne pouvait faire confiance
à personne et que l’amour n’existait pas. Mieze
est introuvable. Lorsque Franz apprend qu’elle a été
assassinée, il lui vient presque un rire : au moins, elle ne
l’a pas trahi.
Épilogue– Rainer Werner Fassbinder : mon rêve
du rêve de Franz Biberkopf
(Epilog – Rainer Werner Fassbinder : Mein Traum vom Traum des
Franz Biberkopf) 111 mn
Franz est à l’asile psychiatrique. Il voulait redevenir
honnête, mais comment est-ce possible dans ce monde ? Maintenant
qu’il n’a plus de vie à vivre, il rêve d’une
autre vie. Mais il se voit dans ses rêves comme un homme arrogant,
irresponsable, insolent mais aussi lâche et plein de faiblesses.
Comment porter toute la culpabilité de la société
sur ses épaules ? À la fin de sa vie, un nouveau Biberkopf
peut naître, un Biberkopf brisé, mais enfin homme sans
histoire.
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- LES
DVD
6 DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs
- tous publics
Image
& Son :
Ecran:
4/3
Format : 1:37
Son: mono 2.0
allemand
Sous-titres: Français
-
BONUS
(148')
Notre avis: La qualité de
la ligne éditoriale qui a présidé à
l’édition de ce coffret luxueux est telle qu’on
a presque honte de faire la fine bouche devant les suppléments
proposés. Mais pour être tout à fait franc,
après le repas consistant que représente Berlin Alexanderplatz,
on frise l’indigestion avec ces deux heures de bonus. VR
*
Regards sur le tournage (1980
– Couleurs – 44 mn)
Un document d’époque exclusif sur le tournage de Berlin
Alexanderplatz.
Notre avis: Le premier document est un reportage
d’époque (1980) sur le tournage du film. Nous n’y
apprendrons pas grand-chose sur les méthodes de travail de
Fassbinder, ni sur ses options de mise en scène (Nous aurions
aimé qu’il parle du travail d’adaptation et de
la manière dont il s’y est pris). L’ensemble
reste assez anecdotique malgré l’émotion qui
nous saisit en voyant ce petit bonhomme caché derrière
ses lunettes et sa barbe mener d’une main de fer toute une
équipe. Fassbinder apparaît comme quelqu’un de
très directif voire autoritaire et le seul intérêt
de ce court documentaire est d’avoir fixé l’énergie
de cet hyperactif qui ne vivait que pour et par le cinéma…

*
Documentaire de Juliane Lorenz (2007
– Couleurs – 65 mn)
Près
de trente ans après sa réalisation, une commémoration
autour de Berlin Alexanderplatz agrémentée de nombreux
entretiens avec notamment Günter Lamprecht, Hanna Schygulla…
Notre avis: Tout aussi anecdotique est le documentaire
que Juliane Lorenz, monteuse de Berlin Alexanderplatz,
consacre aux divers acteurs de ce film (chef op, comédiens,
décoratrice…). Là encore, l’émotion
naît des retrouvailles avec les beaux visages aimés
et vieillis des déesses du cinéaste (Schygulla,
Sukowa…) et de quelques témoignages intéressants
sur le tournage titanesque de ce film (tourné dans les
décors que Bergman fit construire pour L’œuf
du serpent) qui dura 156 jours et qui mobilisa tout une équipe
pendant près d’un an.


*
Regards sur la restauration (2006
– Couleurs – 32 mn)
Ou
comment Berlin Alexanderplatz a été restauré
en Haute Définition, complété par de nombreux
entretiens.
*
Exemples de restauration (7
mn) - Un
comparatif avant/après restauration.
Notre avis: Derniers
suppléments si l’on excepte quelques amuse-gueules
sympathiques (la bande-annonce du film, les résumés
des épisodes…), un documentaire consacré à
la restauration du film de Fassbinder.
J’ai une vision très sentimentale du cinéma
et j’avoue que je n’entends rien à la technique
(je ne veux même pas qu’on m’en parle : je veux
rêver !). Ce document consacré à l’extraordinaire
travail de restauration (les exemples sont assez stupéfiants)
d’un film tourné à l’origine en 16 mm
et transféré en 35 mm ne m’a donc pas véritablement
touché. Mais si cet aspect vous intéresse, nul doute
que vous serez impressionnés par la qualité du travail
effectué : réparations des cassures de pellicule,
restauration des couleurs, nettoyage des saletés de la
pellicule, soin à rester fidèle au grain si spécifique
de la photo et à la lumière originelle du film…

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| Le
projet Berlin Alexanderplatz |
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La chaîne de télévision allemande WDR et R.W. Fassbinder
avaient pour projet de réaliser ce film depuis 1976. En 1978,
la Bavariaet la chaîne de télévision italienne RAI
montent un budget de 13 millions DM (6 millions d’euros) pour
produire le film. Le tournage eut lieu entre juin 1979 et avril 1980
à Berlin et dans les studios de la Bavariaà Munich. Le
choix de tourner en 16 mm avait des raisons budgétaires, mais
aussi pratiques : d’une part, les films pour la télévision
étaient souvent tournés en 16 mm sans prévoir d’exploitation
sur le long terme, d’autre part, personne ne pouvait anticiper
l’ampleur du travail de Fassbinder et l’importance de ce
film. Fassbinder décida quelques jours avant le tournage de ne
tourner qu’une seule prise par scène. S’il fallait
une prise de complément pour des raisons de montage, alors Juliane
Lorenz devait choisir laquelle et la faire tourner. C’est dans
cette configuration extrêmement souple que le film se tourna.
Ainsi, tous les jours, l’équipe pouvait visionner les rushes
et poursuivre le travail.
Le film fut présenté au Festival de Venise en 1980, comme
la première grande coproduction européenne pour un téléfilm.
Il fut accueilli avec beaucoup d’admiration. En Allemagne, le
film fut diffusé par la chaîne publique ARDà partir
du 12 octobre 1980 et créa l’événement. Mais
il suscita aussi des réactions controversées car la plupart
des téléspectateurs avaient encore à cette époque-là
un téléviseur en noir et blanc. Les contrastes sensibles
ne pouvaient pas passer comme R.W. Fassbinder les avait conçus,
d’autant plus que le transfert du film du 16 mm vers le support
de la télévision ne pouvait pas conserver techniquement
la luminosité particulière du film. R.W. Fassbinder et
son chef-opérateur Xaver Schwarzenberger, qui a supervisé
la restauration, étaient conscients d’avoir poussé
loin le contraste entre des séquences très sombres et
des reflets de lumière éclatants. Le film fut considéré
comme trop sombre et programmé à un créneau plus
tardif.
En 1983, Berlin Alexanderplatzfut ensuite programmé à
New York pendant plusieurs mois et trouva aussi des distributeurs en
Europe. Mais le mouvement du Nouveau Cinéma allemand s’acheva
avec la mort de R.W. Fassbinder en 1982, au début de l’ère
Helmut Kohl. Berlin Alexanderplatzfut alors oublié et il n’y
eut bientôt plus de copie disponible. Il s’agit donc d’une
véritable redécouverte du film aujourd’hui après
restauration.« J’ai essayé de tourner le noir
et blanc en couleurs. Fassbinder et moi aurions préféré
tourner en noir et blanc, mais on ne pouvait pas. À l’époque,
ce n’était pas possible de coloriser numériquement
après le tournage. Nous avons donc essayé de donner l’orientation
originale du film par la lumière et la couleur. »
Xaver Schwarzenberger, directeur de la photographie de Berlin Alexanderplatz.
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| Alfred
Döblin et son roman |
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Alfred
Döblin (1878 – 1957)
Médecin de profession et issu d’une famille bourgeoise juive,
Alfred Döblin a collaboré à divers journaux, autant
littéraires que politiques, dès 1910, avant de publier son
premier livre, L’Assassinat d’une renoncule, en 1913. Son
existence, personnelle comme littéraire, fut grandement marquée
par l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe dans son
ensemble. En effet, de son expérience des violences de la révolution
allemande en 1918-1919, il tire le roman Novembre 1918. Puis, à
l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, Döblin
et sa famille fuient en Suisse et en France, avant de s’exiler aux
Etats-Unis en 1940. En 1941, lui et sa femme se convertissent au catholicisme,
une décision majeure qui inspire l’écriture de l’œuvre
hautement mystique Aetheria. Il rentre d’exil dès octobre
1945 pour s’installer en France.
Berlin Alexanderplatz, publié en 1929, demeure incontestablement
son œuvre la plus connue.
L’adaptation de R.W. Fassbinder
R .W. Fassbinder s’est intéressé très tôt
au roman de Döblin pour une adaptation au cinéma avec le projet
d’en faire un film d’une grande ampleur. En 1931, Phil Jutzi,
l’un des principaux représentants du cinéma social
post-expressionniste, réalise une première adaptation. Près
de 60 ans après, R.W. Fassbinder reprend l’idée de
concrétiser ce projet d’une façon tout à fait
personnelle. Il connaît le film de Jutzi, ainsi que ses autres films
(il avait d’ailleurs repris le sujet de L’Enfer des pauvres,
film de 1929 pour son film Maman Küsters s’en va au ciel),
mais souhaite aller au-delà d’une simple adaptation.
« Il y a vingt ans environ, atteint par une puberté presque
meurtrière, j’ai rencontré, au cours de mon voyage
absolument non académique, extrêmement personnel et assujetti
seulement à mes associations les plus personnelles, à travers
la littérature mondiale, le roman d’Alfred Döblin BerlinAlexanderplatz.
J’ai trouvé un des contacts les plus excitants et les plus
captivants avec une œuvre d’art, ma vie même se serait
déroulée autrement, qu’elle ne s’est déroulée
avec le Berlin Alexanderplatz de Döblin dans la tête, dans
la chair, dans le corps en totalité et dans l’âme.
»
R.W. Fassbinder
« Si la place de Clichy rayonne en ce moment dans mon imaginaire,
c’est parce que je viens de lire Berlin Alexanderplatz, de Döblin.
Ce roman ressemble à une opération chirurgicale et sentimentale
magnifiquement réussie. Je ne connais rien dans notre littérature
que l’on puisse comparer à cet ouvrage, si ce n’est
le livre de L.- F. Céline : Voyage au bout de la nuit, qui, lui
aussi, fait la somme d’une rue, d’une place, d’un système
de rues, de maisons et d’hommes afin de créer une forme lyrique
étroitement liée à l’actualité.
»
Préface de Pierre Mac Orlan, Éditions Gallimard |
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