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AU
PAN COUPÉ
L'AMOUR
À LA MER
LE CLAIR DE TERRE
de
Guy GILLES
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| POINT
DE VUE |
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La
découverte des films de Guy Gilles est surprenante à plus
d'un titre. Il y a fort à parier que peu de cinéphiles,
jusqu'à une date très récente (programmation au
festival de Lussas, de Saint-Denis) avaient jamais entendu parlé
ou vu ses films. On s'attendrait alors à découvrir un
auteur très underground, plus confidentiel encore que Garrel
à ses débuts, mais ce n'est pas le cas. Guy Gilles fut
produit par Pierre Braunberger et on retrouve à son casting des
acteurs aussi connus que Roger hanin, Edwige Feuillère, Jeanne
Moreau, Jean-Pierre Léaud... et même Jean Marais et Alain
Delon (il est vrai pour de courtes apparition). Guy Gilles occupe la
place singulière d'un cinéaste presque contemporain de
la Nouvelle Vague, dont les influences sont à chercher du côté
de Demy, Godard et Resnais, et en même temps d'un cinéaste
libre de toute attache, assurément isolé et dont les films
nous parviennent avec une étonnante fraicheur.
Les éditions Montparnasse présentent une édition
réunissant trois de ses plus beaux films : L'Amour à
la mer - 1964, Au Pan coupé - 1967, Le clair
de terre - 1970). Deux documentaires permettent d'en savoir plus
sur ce très mystérieux auteurs : Guy Gilles photographe
de Gaël Lépingle (qui a beaucoup fait pour la reconnaissance
actuelle du cinéaste) et Lettre à mon frère
Guy Gilles, cinéaste trop tôt disparu de Luc Bernard,
comme son titre l'indique, frère du cinéaste, qui nous
ouvre un riche album de famille.
L'amour à la mer :
le déraciné
L'amour à la mer s'inscrit délibérément
dans la Nouvelle Vague mais sous son versant le plus séduisant,
proche de Jacques Demy ou du Godard de Une femme est une femme.
Deux amoureux sont séparés : une jeune fille à
Paris et un marin. Le jeune homme vit en garnison à Brest qui
devient soeur jumelle de Nantes que les marins de Demy arpentaient à
la recherche de la mythique Lola ( l'hommage que lui rend Guy
Gilles est direct). Alors que la "quille" approche, le garçon
se demande s'il est pret à vivre à Paris, mener une vie
rangée et se couler dans l'amour de la jeune fille. Alors qu'un
de ses camarades (interprété par le cinéaste) ne
rêve que de rejoindre la Capitale, lui décide de partir
à l'aventure. Le thème du départ est fondateur
chez Guy Gilles, lié à son statut de déraciné
puisqu'il quitta la Tunisie à l'âge de 19 ans. Le romantisme
lié au départ est indissociable du souvenir qui se pose
sur toutes choses, les encadre et les fétichise. C'est ce qui
confère au cinéma de Guy Gilles sa grande poésie
et le rapproche de Resnais.
"Déjà, tout n'était que souvenirs, instants
gardés", déclare le personnage principal.
Les chansons, très belles, qui sont une constante du cinéma
de Guy Gilles participent aussi de cette mélancolie : ce sont
avant tout des souvenirs. Comme l'écrit Gilles deleuze à
propos de la ritournelle : on fredonne une chanson lorsqu'on quitte
son foyer - pour le garder avec soi - où lorsqu'on y revient
- pour anticiper la joie du retour.
Au pan coupé :
les amants séparés
Second film du volume Au pan coupé a pour interprète
Macha Méril, par ailleurs productrice et Patrick Jouané.
Ce dernier, qui apparaît dans L'Amour à la mer,
allait devenir l'alter ego du cinéaste pendant une vingtaine
d'années. Au pan coupé retrace encore une fois
l'histoire d'amants séparés : Jean et Jeanne. Jeanne est
une jeune fille sans une histoire et Jean un rebelle, en lutte contre
la société. Jean partira à la dérive et
trouvera la mort sans que Jeanne n'en sache rien. La mort du garçon
donne le coup d'envoi à la plongée nostalgique puisque
Jeanne retrace leur histoire et que chaque plan est circonscrit dans
le souvenir. Pourtant, par là, le passé ne meurt jamais
vraiment. La courte relation des deux personnages donne lieu à
un creusement dans le passé que l'on pourrait croire infini.
Jean et Jeanne finiront même par atteindre une autre histoire,
celle d'un couple du début du siècle dont ils retrouvent
l'album de photographies. Cette sensibilité extrème renvoie
très curieusement à certaines scènes des films
de Terence Malick, que ce soit pour cette poésie évocatrice,
presque magique, qui permet de littéralement "faire parler
les objets" ou le talent desciptif de Guy Gilles.
Ce sont des fragments de scènes, de conversations, de plans d'objets,
minutieux, comme de petits inventaires ; des plans de murs aussi comme
s'ils étaient pour Guy Gilles des gardiens de la mémoire,
qu'ils soient en briques, lépreux ou recouverts d'affiches qui
les datent dans le temps et leur donnent une qualité "lisible".
Cet art du fragment rappelle Godard que la présence de Macha
Méril, toute droit sortie de Une femme mariée,
convoque automatiquement. Certains plans en noir et blanc sont une parfaite
réplique de la photo de Raoul Coutard pour Une femme mariée.
Les plans en couleur, contrairement aux conventions, représentent
le passé, et ceux en noir et blanc le présent.. Une escapade
sur la Côte d'Azur est ainsi peinte avec les couleurs gouachées
de Pierrot le fou.
Le clair de terre : le vagabond
des limbes
Le troisième film Le clair de terre, contient de façon
surprenante, une très belle chanson interprétée
par Hervé Villard et composée par Jean-Pierre Stora, musicien
habituel de Guy Gilles. La musique de Stora est d'ailleurs indissociable
du style du cinéaste, entre ritournelles nostalgiques est envolées
lyriques. Le clair de terre est l'un des films les plus autobiographiques
de l'auteur puisque Patrick Jouané interprète un jeune
homme qui décide de quitter paris pour retrouver sa famille en
Tunisie. C'est dans Le clair de terre que la dimension descriptive
est poussée à sa perfection, créant des séries
de plans fixes et rapides dans les parcs, les rues, les maisons. Rarement
l'impression du travail de la mémoire aura été
à ce point sensible. Patric Jouané interprète un
dandy de ce début des années 70, qui flane dans la ville,
un véritable piéton de paris, par le regard duquel le
cinéaste développe son art impressionniste.
Patrick Jouané n'est pas dans le sentiment de révolte
qui habitait Jean, mais le départ s'éveille en lui comme
un sentiment impérieux. La traversée de la Méditerranée
devient alors mythique comme s'il remontait le cours du temps. Dans
chaque film de Guy Gilles, l'eau est chargée de toutes les promesses
du départ ; comme si chaque cours d'eau, bras de Seine, océan,
contenait déjà une parcelle de la Méditerranée
et entraînait vers une irrépressible nostalgie.
A Tunis, le garçon entre dans son propre passé, comme
traversant une photographie : un monde de soleil, de vieux 78 tours
égrénant les voix grésillante des chanteuses du
temps jadis. Le versant tragique de cet appel de l'ailleurs est le suicide
d'une amie, belle et douce comme une adolescente de Bresson, qui opte
pour le grand départ, sans espoir de retour. Il est temps pour
le garçon de revenir à Paris, mais en n'ayant acquis cette
certitude : il n'est fait pour se fixer dans un endroit, il est l'"homme
de nulle part".
Stéphane du Mesnildot |
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L'AMOUR
À LA MER
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| SYNOPSIS |
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Lors
de ses vacances à Brest, une jeune parisienne tombe amoureuse
d'un marin. Mais l'automne arrive et les deux amants doivent se
séparer. Ils s'écrivent, chacun vivant sa vie, lui
à Brest avec les copains, elle à Paris, dans l'attente
de le revoir. Leur amour résistera-t-il à la distance?
Ce premier long métrage de Guy Gilles est à la fois
l'histoire d'un amour impossible et le portrait, plein de poésie,
de deux villes, Paris et Brest...
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| FICHE
TECHNIQUE |
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- LE
FILM
1963 - 74 minutes
Prix de la critique au Festival de Locarno 1964
Scénario : Guy Gilles
Image : Jean-Marc Ripert
Musique : Jean-Pierre Stora
Montage : Jean-Pierre Desfosse
Son : Jean-Jacques Campignon
Production : Filmax
Interprétation : Daniel Moosmann (Daniel), Geneviève
Thenier (Geneviève), Guy Gilles (Guy), Josette Krief (Josette,
la logeuse), Lili Bontemps (la chanteuse), Simone Paris, Bernard
Verley (un ami de Geneviève), Sophie Daumier (l’actrice
du bar) et la participation de Jean-Claude Brialy (L’Homme
qui aime la jeunesse), Alain Delon (l’acteur du film), Jean-Pierre
Léaud (le gars du métro), Juliette Gréco (l’actrice
du film), Romy Schneider (la vedette).
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| AU
PAN COUPÉ
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| SYNOPSIS |
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Une
jeune fille se souvient, et revit son amour pour un jeune révolté,
ancien fugueur et délinquant, qui refuse, jusqu’à
la mort, le monde tel qu’il est..
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| FICHE
TECHNIQUE |
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- LE
FILM
1968
- 75 minutes
Prix de la critique au Festival de Locarno 1964
Scénario : Guy Gilles
Image : Jean-Marc Ripert
Musique : Jean-Pierre Stora
Montage : Hélène Gagarine
Son : Michel Fano
Production : Macha Films
Interprétation : Patrick Jouané (Jean), Macha Méril
(Jeanne), Bernard Verley (Pierre), Orane Demazis (la patronne),
Elina Labourdette (la femme seule), Frédéric Ditis
(le père de Jeanne)
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| LE
CLAIR DE TERRE
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| SYNOPSIS |
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Originaire
de Tunisie où il a passé sa petite enfance jusqu’à
la mort de sa mère, Pierre vit maintenant dans le quartier
du Marais, rue des Rosiers. Brusquement saisi du besoin de quitter
Paris, il part pour Tunis où une ancienne institutrice le
remet sur les traces de son passé...
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| FICHE
TECHNIQUE |
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- LE
FILM
1970
- 98 minutes
Scénario: Guy Gilles
Image : Guy Gilles
Musique : Jean-Pierre Stora
Montage : Jean-Pierre Desfosse
Production : Albertine Films
Interprétation : Patrick Jouané (Pierre), Edwige Feuillère
(Mme Larivière), Annie Girardot (Maria), Micheline Presle
(l'antiquaire), Elina Labourdette (le guide), Carole Lange (Jeanne),
Marthe Villalonga (Gaby Garcia), Lucienne Boyer (la chanteuse),
Roger Hanin (le père de Pierre)
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- BONUS
Complément DVD 1
Guy Gilles photographe. 2008 - 20 minutes
Un documentaire de Gaël Lepingle.
Un portrait tout en photos par Gaël Lepingle,
cinéaste, journaliste et grand admirateur de Guy Gilles.
On y découvre les photographies de Guy Gilles, commentées
notamment par Jean-Pierre Stora, compositeur et cousin de Guy. On
y aborde en photos l’Algérie, sa terre natale, mais
aussi ses voyages à Tanger, au Mexique, Acapulco.
Complément DVD 2
Lettre à mon frère Guy Gilles, cinéaste
trop tôt disparu – 1999 - 74 minutes
Scénario : Luc Bernard
Image : François Paumard, Eric Gerbal
Musique : Jean-Pierre Stora
Montage : Jérôme Pescayre
Production : Luc Bernard
Un très beau film hommage de Luc Bernard
à son frère Guy Gilles. Une véritable plongée
dans l'univers poétique et sensible du cinéaste. Mêlant
habilement des photos de famille à des extraits de films
et des témoignages de comédiens qui l'ont côtoyé
(Juliette Gréco, Micheline Presle, Jean-Claude Brialy, Guy
Bedos, Roger Hanin...), cette "lettre" posthume entrelace
la vie et l'œuvre de Guy Gilles. Elle raconte l'enfance en
Algérie, la montée à Paris, l'amour du cinéma
; on y retrouve en filigrane la poésie, la nostalgie et l'affection
du cinéaste pour Paris.
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| ENTRETIEN
DE GUY GILLES PAR HENRY CHAPIER |
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Aujourd'hui
première du « Pan Coupé »
Au Pan Coupé est le deuxième long-métrage
de Guy Gilles. Sans doute ne verrons-nous pas de sitôt son premier
film romantique et adolescent - L’amour à la Mer dont
la distribution se trouve bloquée en raison des normes absurdes
qui régissent l'anachronique système du cinéma
français.
Ses premiers pas, Guy Gilles les a faits clans le court-métrage
: rappelons Chanson de Gestes et le portrait du peintre Francis Saval.
À Pesaro, L'Amour à la Mer l'avait emporté au
référendum public organisé par le festival Cinéma
Nuovo en juin 65.
Des acteurs passionnés - comme Macha Méril - ont accepté
de jouer en participation dans ce second film de Guy Gilles, où
le rôle du héros revient à un débutant
qui fera carrière : Patrick Jouané. Adolescent, Guy
Gilles l'est autant que romantique : il ressemble à ses films,
et on devine - à le rencontrer - que son inspiration est autobiographique.
(Henri Chapier)
• S'agit-il - comme pour la plupart des jeunes cinéastes
- d’un film autobiographique ?
- Il me semble qu'on se raconte toujours, même lorsqu'on choisit
un sujet de fiction, ou que l'on filme d'après le scénario
d'un autre...Au Pan Coupé n'est pas une aventure biographique
: je n'y raconte pas d'événements personnels dans le
sens de la péripétie, mais quelque chose d'autre qui
me parait refléter les incertitudes des adolescents d'aujourd'hui.
• En somme, un retour au romantisme...
- Je n'aime pas les étiquettes, les sujets à thèse,
ni les faux documentaires. Si je devais résumer Au Pan Coupé,
je dirais que c'est l'histoire de Jeanne qui aimait Jean, lequel ne
cesse de faire la vie, fasciné qu'il est par la mort... C'est
peut-être romantique, ou adolescent, je ne sais. En tout cas,
c'est un film selon mon cœur, un film où la mémoire
affective et la nostalgie s'échappent sans retenue, et n'obéissent
à aucun parti-pris formel. Au Pan Coupé est un film
rêvé, écrit et réalisé à
rebours de toutes les modes. À mes risques et périls,
je suis pour ce cinéma subjectif, où la sincérité
et l'émotion l'emportent sur ce " qui se fait ",
sur ce que l'on commente dans les très érudites dissertations
sur le « nouveau cinéma ».
•
Est-ce une pierre dans le jardin des revues spécialisées
?
- Il y a longtemps que ce genre d'exercice ne m'amuse pas. Vous savez,
je suis un solitaire qui n'est d'aucune chapelle Je regrette un peu
de n'avoir pas l'adhésion de ces jeunes qui souffrent comme
moi d'un système sclérosé, mais je ne crois pas
que mon métier soit de faire des conférences dogmatiques,
ou de séduire des chefs de file par mes propres théories.
Au Pan Coupé est un film sans apprêt, sans démagogie.
Ce n'est pas mon rôle de le lancer, ni de le faire aimer. À
présent, aux autres de jouer, j'ai fait mon bout de chemin
!
• Mais les jeunes ce sont aussi vos interprètes,
Macha Méril et Patrick Jouané.
- Oui. Macha s'est jetée à corps perdu dans cette aventure.
Elle a pris le pari, elle a même insisté pour que son
partenaire soit le jeune Patrick Jouané, ce qui est une attitude
très sportive.
Au Pan Coupé a été fait dans cet état
d'esprit : nulle préoccupation commerciale, aucune intention
de piper les dés, de faite vendre...
• Combien de films peut-on tourner dans cette optique
de pureté, d'absolu ?
- J'espère que bientôt, on pourra en tourner beaucoup.
Nous avons eu la chance d'être soutenus par le C.N.C., mais
c'est le cas d'autres projets... Ce que je puis affirmer, c'est que
je préfère attendre plutôt que de faire du "
cinéma alimentaire ". C'est une obstination peut-être
puérile, mais je suis trop asocial pour réussir dans
les " dosages ".
• Pour être aussi ferme, pensez-vous que vous
êtes un moraliste, un auteur à « messages »
importants ?
- Je ne me pose pas cette question. Je fais des films, comme on écrit
des vers, comme on se sert des pinceaux. Un jour, c'est Ford ou Fuller
- je pense - qui a dit qu'un cinéaste devait être direct
et sincère dans l'expression de son éducation. Au Pan
Coupé ne s'adresse à mon avis qu'à la sensibilité.
Vous réagirez selon la vôtre, et je crois qu'à
ce niveau il n'y a ni citation, ni exégèse à
faire. J'essaie de m'exprimer à mon rythme, sans construire
moi-même un système critique.
Je peux vous montrer mes images, et vous faire entendre mes sons mais
je ne vaux vraiment rien pour les manifestes, ou les discours.
Propos recueillis par Henry CHAPIER
Combat, mercredi 7 février 1968
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| HOMMAGE
À GUY GILLES PAR JEAN-CLAUDE GUIGUET |
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Cahiers du cinéma numéro 502
Guy Gilles est mort le 3 février dernier. La disparition de
l'un des réalisateurs français les plus atypiques fut
bien discrète, quand elle ne fut pas d'une condescendance un
peu trop voyante pour ne pas être vulgaire. Il est vrai qu'il
était presque devenu un de ces incompréhensibles exclus
de l'histoire du cinéma même pour ceux qui le connaissaient
et voyaient ses films. Le cinéma d'une façon générale
préfère ce qui brille à une certaine forme de
modestie - sinon d'humilité - dans le comportement. Cette relative
indifférence à son égard était d'autant
plus injuste que cet homme-là ne s'est jamais renié
et fut exemplairement fidèle à sa méthode du
début jusqu'au terme de son activité, de L'Amour à
la mer, son premier long-métrage qui obtint en 1964 le Prix
de la critique au Festival de Locarno, jusqu'à la fin des années
80.Guy Gilles a tracé un sillon personnel avec la fermeté
et l'obstination de ces calligraphes intransigeants dont l'entêtement
tient lieu d'exigence et de principe moral. Il naît à
Alger le 25 août 1938, fait les Beaux Arts et réalise
ses premiers courts-métrages au sortir de l'adolescence : Soleil
éteint, (1958), Au biseau des baisers (1959), Melancholia (1961).
Tout Guy Cilles est déjà dans le choix de ces titres
qui se passent de commentaires. Il saura préserver son inspiration
singulière sans jamais trahir sa manière avec Au pan
coupé (1967), Le Clair de terre qui obtient le Grand Prix du
Festival d'Hyères, Absences répétées,
Prix Vigo 1973, Le Jardin qui bascule (1974), Le Crime d'amour (1982),
Nuit docile (1987), sans oublier deux excellentes émissions
littéraires pour la télévision, Proust, l'art
et la douleur et Jean Genet, Saint martyr et poète. Voilà
qui n'est pas si mal pour un réalisateur qui n'a jamais séduit
ni courtisé les majors et les banquiers. Les dernières
années de sa vie ont été particulièrement
éprouvantes : il désespérait de tourner un film
sur Néfertiti, en coproduction avec l'Italie, la Lettonie et
l'Egypte. Le tournage fur maintes fois reporté et sans doute
que le résultat n'était pas à la hauteur de ses
espoirs puisque le film achevé depuis deux ans est resté
inédit en salle à ce jour.
Guy Gilles était-il un grand cinéaste ? Curieusement,
la question ne se pose pas à son endroit en ces termes. Il
était à coup sûr un auteur, un artisan attentif
et patient, capable, par exemple, d'exprimer les impressions les plus
subtiles en choisissant des interprètes aux noms prestigieux
dont il parvenait à adoucir la brillance pour qu'ils se glissent
sans effort dans l'harmonie de ses projets. Il savait comme personne,
avec nuance et discrétion, juxtaposer dans un même film,
stars de cinéma, comédiens connus et moins connus et
visages anonymes. Son art et sa manière permettaient à
ce messager du cinéma de poésie d'atteindre une forme
d'équilibre parfait, comme il était capable de placer
dans le même plan un bouquet de fleurs des champs et une caisse
enregistreuse ! On gardera toujours de ces films-là des moments
inoubliables, des instants d'une incroyable splendeur plastique et
visuelle. Cependant, avant les visages et les corps de tous les jeunes
gens qui hantent ses films (Delon, Léaud, Brialy, Jacques Penot,
Richard Berry, Patrick Jouané, Philippe Chemin, Patrick Penne,
Guy Bedos), avant ces présences féminines à l'éclat
mûrissant (Seyrig, Moreau, Girardot, Arnoul, Nathalie Delon,
Danielle Delorme, Claire Nebout, Macha Méril, Edwige Feuillère...),
le personnage central de tous les films de Guy Gilles, c'est le temps.
Voilà son obsession majeure : vivre, vieillir, mourir. Chaque
titre explore cet objet unique, tourne autour, s'éloigne un
instant pour y revenir jusqu'au terme d'un ultime déchirement.
De ce déchirement naît la beauté. Chaque plan
du moindre objet, fut-il le plus trivial, sera toujours inscrit dans
une lumière esthétiquement élaborée afin
d'en exalter la grâce spéciale. (C'est Marc Sator qui
éclaira les premiers films avant de passer le relais à
un jeune opérateur débutant qui allait devenir célèbre
: Philippe Rousselot). Alors, cinéaste ou pas ? Esthète
et photographe seraient des termes plus exacts. C'est moins la mise
en scène masochiste du passage du temps dont il est question,
qu'une mise en place de signes liés à ce passage comme
une suite de plans fixes inscrivant toujours la même note étirée
et répétée : le présent n'est que 1e regret
de ce qui n'est plus. L'avenir n'ayant aucun intérêt,
c'est le passé qui sera l'essentielle substance de la matière
cinématographique mise en branle. Il y a une croyance dans
la capacité résurrectionnelle du cinéma qui court
tout au long des films de Guy Gilles en ranimant jusqu'aux fantômes
du passé : une collection de cartes postales jaunies fait surgir
le désert et les villes blanches d'Afrique du Nord dans la
pénombre d'une chambre du Faubourg Saint-Antoine, et dans un
petit cinéma du Sud tunisien, le Gabin du Jardinier d'Argenteuil
se pare de prestiges cinématographiques insoupçonnés.
Il n'est pas interdit aussi de déceler les limites de la méthode
: sa répétition tourne assez vite au procédé
qui pointe une certaine stérilité dans cette volonté
de signifier, volonté qui exclut toute ouverture sur le monde,
comme si la fétichisation à outrance du temps ne pouvait
conduire qu'à la négation de la vie. Sans doute une
rétrospective de tous ces films, pour la plupart déjà
lointains dans la mémoire, donnerait en la circonstance l'occasion
d'une nouvelle perception de ce cinéma si singulier, qui a
su se préserver de toutes les dérives marchandes et
qui ne peut - ne serait-ce que pour ce motif-là - passer définitivement
à la trappe de l'oubli.
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| BIOGRAPHIE
& FILMOGRAPHIE DE GUY GILLES |
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Guy
Gilles, né Guy Chiche à Alger, reste l'un des cinéastes
français les plus méconnus. Il a pourtant élaboré
en une dizaine de films une œuvre cohérente et personnelle,
avec des thèmes qui lui resteront propres (la mélancolie,
le souvenir, la perte) dans un style fait de maniérisme photographique
et de stylisation du montage. " Je suis formaliste, mais la forme
est l'expression de la sensibilité " disait volontiers
Guy Gilles. Ses films, interrompus pour certains (La Tête à
ça), inachevés pour d'autres (Nefertiti), sont très
peu visibles mais font de lui une personnalité à
part du cinéma français au même titre que Jean-Daniel
Pollet ou Jacques Rozier.
À vingt ans Guy Gilles a déjà été
journaliste à Alger, étudiant aux Beaux-Arts et a réalisé
deux court-métrages, Soleil Eteint et Au biseau des baisers.
C'est en 1960 qu'il s'installe définitivement à Paris,
où la rencontre avec le producteur Pierre Braunberger oriente
le cours de sa carrière. A vingt cinq ans à peine il
touche à tous les métiers du cinéma, ce qui lui
permettra d'avoir plus tard une maîtrise totale de ses propres
films : tout à tour monteur, opérateur, assistant réalisateur,
il travaille notamment pour Jacques Demy et Francois Reichenbach.
Il met trois ans pour tourner son premier long-métrage L' Amour
à la mer, qui ne trouvera finalement pas de distributeur. Par
la précision des cadres et la fluidité de son montage,
le film est une entrée vertigineuse dans l'univers très
poétique et romantique de Guy Gilles. Il apparaît dans
son propre rôle, racontant l'arrivée à Paris,
les premières années de solitude, la liberté
dans la ville. On peut entre autres y voir des apparitions de Jean-Claude
Brialy, Jean-Pierre Léaud, Romy Schneider ou Alain Delon. C'est
aussi la première collaboration avec Patrick Jouanné,
son acteur fétiche, son double à l'écran, qui
jouera dans la quasi-totalité de ses films.En 1967 Guy Gilles
tourne son second long-métrage Au pan coupé, "
un film rêvé " selon lui, court poème douloureux
autour d'un couple principal formé par Macha Méril et
Patrick Jouanné. Le film connaît un certain succès
critique mais reste boudé par le public. La reconnaissance
vient véritablement avec son film suivant, son plus grand succès,
Clair de Terre. Ce film nostalgique qui a pour vedette Edwige Feuillere
lui permet de renouer avec l'Afrique du Nord. Ici encore, de nombreuses
stars jouent dans le film : Micheline Presle, Roger Hanin ou encore
Annie Girardot. Produit par la Gaumont, son film suivant amorçe
un tournant : sombre, désespéré, dérangeant,
Absences répétées aborde le thème de la
drogue et reste un échec cuisant. Guy Gilles tourne occasionnellement
pour la télévision (notamment un film sur Proust et
un sur Genêt), mais marqué par sa rupture avec Jeanne
Moreau, il sombre dans la dépression. Le cap des années
70 sera difficile.
Coup sur coup Guy Gilles aborde le film policier avec Le Jardin qui
bascule (1974) et Le Crime d'amour (1981), deux films ambitieux dans
lesquels il aborde le thème de l'ambigüité sexuelle,
deux films qui une fois de plus ne rencontrent pas le public. Le tournage
de sa comédie La tête à ça au début
des années 80 est abandonné. Ses retrouvailles à
l'écran avec Patrick Jouanné aboutissent en 1987 sur
Nuit docile, une errance nocturne déroutante et désespérée.
Film lugubre, il se heurte à l'indifférence voire au
mépris de la critique. Guy Gilles attend ensuite près
de dix ans pour terminer ce qui reste son dernier film, inachevé
puisque pour cause de litige financier les studios de Cincecitta en
garderont des bobines : Nefertiti Coproduction italienne ayant connu
de multiples incidents, Nefertiti peine à trouver une cohérence
et Guy Gilles déjà malade tente malgré tout de
sauver ce qui peut rester de son idée initiale. Il s'éteint
en 1996 à l'âge de cinquante sept ans, laissant aux cinéphiles
une oeuvre unique dans le cinéma français, impressionniste,
nostalgique et lyrique.
SITE
OFFICIEL DU
CINÉASTE
FILMOGRAPHIE
* 1956 : Les chasseurs d'autographes CM
* 1958 : Soleil éteint CM
* 1959 : Au biseau des baisers CM
* 1961 : Mélancholia CM
* 1964 : Journal d'un combat CM
* 1965 : L'Amour à la mer LM
* 1965 : Paris un jour d'hiver CM
* 1966 : Les cafés de Paris CM
* 1966 : Chanson de gestes CM
* 1966 : Le jardin des Tuileries CM
* 1967 : Un dimanche à Aurillac CM
* 1967 : Au pan coupé LM
* 1970 : Le Clair de terre LM
* 1966 : Les cafés de Paris CM
* 1971 : Côté cour, côté champs CM
* 1972 : Absences répétées LM
* 1974 : Le Jardin qui bascule LM
* 1976 : Montreur d'images CM
* 1982 : Le Crime d'amour LM
* 1987 : La Nuit docile LM
* 1996 : Néfertiti, la fille du soleil LM
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