)))  PETER IBBETSON
        
    de Henry HATHAWAY             
 

  • Amour fou - 1935 - Etats-Unis - durée: 1h28
  • Sortie à la Vente en DVD le 03 Décembre 2008
  • EDITION COLLECTOR 2 DVD
    Éditions Wild Side

SYNOPSIS

Peter Ibbetson est un architecte parisien en charge de redessiner la propriété du duc de Towers. Lorsqu'il fait la connaissance de la charmante duchesse Marie, Ibbetson reconnaît son amie d'enfance qu'il n'a pas vue depuis 20 ans. En la couvrant d'attentions, Peter provoque la jalousie du duc qu'il tue accidentellement lors d'une dispute. Condamné à perpétuité, il commence à être la proie de visions surréalistes de Marie et du bonheur éternel qui les attend après leur mort…

POINT DE VUE
Si le film « d’amour fou » constituait un genre en lui-même, nous distinguerions volontiers dans cette catégorie des œuvres merveilleuses comme L’aurore (Murnau), L’Atalante (Vigo), L’aventure de madame Muir (Mankiewicz), Pandora (Lewin), Vertigo (Hitchcock), Pierrot le fou (Godard), L’empire des sens (Oshima) et quelques autres encore. Parce qu’il exalte le plus sublime des amours, celui qui défie le temps (Peter et Mary s’aiment depuis l’enfance), les distances et même la mort, Peter Ibbetson ne devrait en aucun cas être écarté de cette liste.

Réalisé par Henry Hathaway, solide artisan ayant œuvré avec plus ou moins de bonheur dans tous les genres imaginables (parmi ses grandes réussites, citons le western Cent dollars pour un shérif, le film d’aventures Niagara ou le film noir Le carrefour de la mort…) sans pour autant égaler les grands « auteurs » du cinéma classique (Hawks, Ford, Hitchcock…) ; Peter Ibbetson doit sans doute sa célébrité à l’enthousiasme qu’il suscita dans les rangs surréalistes. Personne n’ignore désormais les mots de Breton qui loua un film « prodigieux, triomphe de la pensée surréaliste ».

Avant d’être un film, Peter Ibbetson est d’abord un roman de George Du Maurier (immense écrivain, grand-père de Daphné) dont la beauté est telle que j’avoue avoir été presque un petit peu déçu (c’est quand même très relatif !) en revoyant le film d’Hathaway.
Soyons honnête, le cinéaste n’avait pas les moyens d’adapter totalement une œuvre aussi riche et aussi belle. Il fut donc obligé de tailler dans certaines parties du livre (la merveilleuse évocation nostalgique et humoristique de l’enfance de Peter, petit anglais élevé à Paris, est réduite ici à une peau de chagrin et ne sert qu’à poser les fondations du mélodrame puissamment romantique qui va advenir) et de trouver des équivalents cinématographiques aux principaux rebondissements du récit.

Même si on ne retrouve ni le style charmeur de Du Maurier, ni son ton si personnel (outre ce chef-d’œuvre qu’est Peter Ibbetson, je vous recommande chaleureusement Trilby, évocation de la bohème parisienne à la fin du 19ème siècle) ; il faut néanmoins reconnaître qu’Hathaway s’en sort formidablement bien. Son style sec et carré lui permet d’éviter un pathos auquel aurait pu succomber un quelconque tâcheron. Comme le souligne très justement Bertrand Tavernier dans l’un des suppléments du film, Hathaway joue la carte du lyrisme au tout début du film (la séparation des deux enfants où une certaine complaisance lacrymale est évitée de justesse parce que le cinéaste sait couper ses plans au bon moment) et devient de plus en plus sobre (stylistiquement parlant) à mesure que son propos devient de plus en plus onirique et romantique.

De la même manière, il trouve un système de rimes visuelles qui préserve le film de tout académisme et de toute fadeur. Prenons l’exemple des premières retrouvailles entre Peter et Mary qui se déroulent comme dans une traditionnelle comédie romantique hollywoodienne (les futurs amants commencent par se chamailler avant de tomber dans les bras l’un de l’autre). Hathaway joue sur les réminiscences des premières scènes du film où les enfants se disputaient au sujet de planches de bois et, comme autrefois, Peter (devenu architecte) veut imposer ses idées créatives à Mary qui ne se laisse pas faire. On retrouve alors le motif des barreaux qui séparent les amants et qui renvoient à la fois aux deux jardins concomitants séparés par une grille de l’enfance tout en annonçant les barreaux de la prison de Peter. Le film joue habilement de ces symboles visuels récurrents (chaque lieu, chaque objet-la robe d’enfant de Mary- est lesté d’un poids émotionnel qui enrichit le film).

Si Peter Ibbetson a tant emballé les surréalistes, c’est que l’amour qu’il exalte outrepasse tous les carcans de la société des hommes (Mary s’adonne à une passion d’enfance alors qu’elle est mariée et devenue duchesse) et qu’il s’épanouit au cœur du territoire des rêves. Du Maurier avait merveilleusement senti la puissance poétique et romantique du rêve et Hathaway parvient à traduire fort bien ses intuitions. Les scènes oniriques sont remarquablement tournées, dénuées du caractère kitsch et un brin ridicule que le temps aurait pu leur donner. C’est sans doute là que se situe la plus grande réussite d’Hathaway : ne pas jouer la carte de l’onirisme spectaculaire et fantaisiste mais se concentrer sur le potentiel romantique et passionné des situations qu’incarne avec un rare brio le couple Gary Cooper et Ann Harding.

Du Maurier faisait dire à son personnage : « Un amour comme le mien est plus fort en vérité que la mort ! » ; Hathaway est parvenu à traduire et à donner une image remarquable de cet amour sublime…


Vincent Roussel

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisateur
    :Henry Hathaway
    Scénaristes :
    George L. Du Maurier (auteur)
    John Nathaniel Raphael (pièce)
    Constance Collier (adaptation)
    Waldemar Young (adaptation)
    Vincent Lawrence
    Edwin Justus Mayer (scènes addit.)
    John Meehan (scènes addit.)
    Producteur : Louis D. Lighton
    Compositeur :Ernst Toch
    Directeur de la photographie : Charles Lang

    Casting:
    Gary Cooper (Peter Ibbetson)
    Ann Harding (Mary, la duchesse de Towers)
    John Halliday (le duc de Towers)
    Ida Lupino (Agnes)
    Douglass Dumbrille (le col. Forsythe)
    Virginia Weidler (Mimsey, Mary à 6 ans)
    Dickie Moore (Gogo, Peter à 8 ans)
    Doris Lloyd (Mrs. Dorian)
    Gilbert Emery (Wilkins)
    Donald Meek (Mr. Slade)
    Christian Rub (le major Duquesnois)
    Elsa Buchanan (Madame Pasquier)


  •  LES DVD

    PAL -DVD 9 - Zone 2 - noir & blanc

    Image & Son
    :

    Son: Anglais & Français Mono

    Sous-titres: Français
    Image : 4/3
    Format 1.37



  •  BONUS


    * Portrait d’Henry Hathaway par Patrick Brion, Bertrand Tavernier et Noël Simsolo (26’)

    Notre avis : Trois spécialistes, Patrick Brion, Noël Simsolo et Bertrand Tavernier, reviennent sur la carrière cinématographique d’Henry Hathaway, cinéaste que Brion ne considère pas, à juste titre, comme un « auteur » mais comme un excellent artisan, excellant dans tous les genres. Ces interventions sont très instructives, les uns soulignant le caractère extrêmement dur du cinéaste sur les plateaux, tandis que les autres reviennent avec beaucoup d’acuité sur les thèmes du cinéma d’Hathaway (le rachat, la dimension religieuse…) et la manière dont il les traite (sa violence, sa noirceur…) VR


    * Présentation du film
    par Bertrand Tavernier et Noël Simsolo (26’)


    Notre avis :
    Tavernier et Simsolo évoquent plus précisément Peter Ibbetson que ce dernier considère comme l’un des « plus grands films poétiques de l’histoire du cinéma » (ce qui n’est pas totalement faux !). Tavernier insiste davantage sur le style Hathaway (« netteté, rapidité du découpage ») et sur son casting. Simsolo s’intéresse quant à lui aux origines du film et revient pertinemment sur l’œuvre de George du Maurier et sur la mise en chantier de l’adaptation cinématographique… VR


    * Liens Internet

 
 
                                                           °°°°°