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PETER IBBETSON de Henry HATHAWAY |
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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
Si
le film « d’amour fou » constituait un genre en lui-même,
nous distinguerions volontiers dans cette catégorie des œuvres
merveilleuses comme L’aurore (Murnau), L’Atalante
(Vigo), L’aventure de madame Muir (Mankiewicz), Pandora
(Lewin), Vertigo (Hitchcock), Pierrot le fou (Godard),
L’empire des sens (Oshima) et quelques autres encore.
Parce qu’il exalte le plus sublime des amours, celui qui défie
le temps (Peter et Mary s’aiment depuis l’enfance), les
distances et même la mort, Peter Ibbetson ne devrait
en aucun cas être écarté de cette liste. Réalisé par Henry Hathaway, solide artisan ayant œuvré avec plus ou moins de bonheur dans tous les genres imaginables (parmi ses grandes réussites, citons le western Cent dollars pour un shérif, le film d’aventures Niagara ou le film noir Le carrefour de la mort…) sans pour autant égaler les grands « auteurs » du cinéma classique (Hawks, Ford, Hitchcock…) ; Peter Ibbetson doit sans doute sa célébrité à l’enthousiasme qu’il suscita dans les rangs surréalistes. Personne n’ignore désormais les mots de Breton qui loua un film « prodigieux, triomphe de la pensée surréaliste ». Avant d’être un film, Peter Ibbetson est d’abord un roman de George Du Maurier (immense écrivain, grand-père de Daphné) dont la beauté est telle que j’avoue avoir été presque un petit peu déçu (c’est quand même très relatif !) en revoyant le film d’Hathaway. Soyons honnête, le cinéaste n’avait pas les moyens d’adapter totalement une œuvre aussi riche et aussi belle. Il fut donc obligé de tailler dans certaines parties du livre (la merveilleuse évocation nostalgique et humoristique de l’enfance de Peter, petit anglais élevé à Paris, est réduite ici à une peau de chagrin et ne sert qu’à poser les fondations du mélodrame puissamment romantique qui va advenir) et de trouver des équivalents cinématographiques aux principaux rebondissements du récit. Même si on ne retrouve ni le style charmeur de Du Maurier, ni son ton si personnel (outre ce chef-d’œuvre qu’est Peter Ibbetson, je vous recommande chaleureusement Trilby, évocation de la bohème parisienne à la fin du 19ème siècle) ; il faut néanmoins reconnaître qu’Hathaway s’en sort formidablement bien. Son style sec et carré lui permet d’éviter un pathos auquel aurait pu succomber un quelconque tâcheron. Comme le souligne très justement Bertrand Tavernier dans l’un des suppléments du film, Hathaway joue la carte du lyrisme au tout début du film (la séparation des deux enfants où une certaine complaisance lacrymale est évitée de justesse parce que le cinéaste sait couper ses plans au bon moment) et devient de plus en plus sobre (stylistiquement parlant) à mesure que son propos devient de plus en plus onirique et romantique. De la même manière, il trouve un système de rimes visuelles qui préserve le film de tout académisme et de toute fadeur. Prenons l’exemple des premières retrouvailles entre Peter et Mary qui se déroulent comme dans une traditionnelle comédie romantique hollywoodienne (les futurs amants commencent par se chamailler avant de tomber dans les bras l’un de l’autre). Hathaway joue sur les réminiscences des premières scènes du film où les enfants se disputaient au sujet de planches de bois et, comme autrefois, Peter (devenu architecte) veut imposer ses idées créatives à Mary qui ne se laisse pas faire. On retrouve alors le motif des barreaux qui séparent les amants et qui renvoient à la fois aux deux jardins concomitants séparés par une grille de l’enfance tout en annonçant les barreaux de la prison de Peter. Le film joue habilement de ces symboles visuels récurrents (chaque lieu, chaque objet-la robe d’enfant de Mary- est lesté d’un poids émotionnel qui enrichit le film). Si Peter Ibbetson a tant emballé les surréalistes, c’est que l’amour qu’il exalte outrepasse tous les carcans de la société des hommes (Mary s’adonne à une passion d’enfance alors qu’elle est mariée et devenue duchesse) et qu’il s’épanouit au cœur du territoire des rêves. Du Maurier avait merveilleusement senti la puissance poétique et romantique du rêve et Hathaway parvient à traduire fort bien ses intuitions. Les scènes oniriques sont remarquablement tournées, dénuées du caractère kitsch et un brin ridicule que le temps aurait pu leur donner. C’est sans doute là que se situe la plus grande réussite d’Hathaway : ne pas jouer la carte de l’onirisme spectaculaire et fantaisiste mais se concentrer sur le potentiel romantique et passionné des situations qu’incarne avec un rare brio le couple Gary Cooper et Ann Harding. Du Maurier faisait dire à son personnage : « Un amour comme le mien est plus fort en vérité que la mort ! » ; Hathaway est parvenu à traduire et à donner une image remarquable de cet amour sublime… Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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