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Le
couple et la famille représentaient le dernier îlot de
communisme primitif au sein de la société libérale.
La libération sexuelle eut pour effet la destruction de ces communautés
intermédiaires, les dernières à séparer
l’individu du marché.
(Les particules élémentaires)
Après
avoir entendu aussi bien les louanges d’avant Extension du
domaine de la lutte que les cris d’orfraie d’après
Les Particules élémentaires et surtout Plateforme,
il est assez vite apparu que Michel Houellebecq n’avait jamais
été vraiment lu par ceux qui faisaient profession d’étudier
ses écrits, lesquels se sont donc successivement crus permis
de voir chez ce grand écrivain, qui laisse loin derrière
lui les auto-fictions frileuses, les auto-célébrations
mornes et les pamphlétaires sans mesure, une forme nouvelle d’esthétiquement
correct (comme une sorte de Cioran policé, aimablement contemporain)
puis à l’inverse, un mixte bavard de cynisme et de misogynie
(tel un Céline qui bénéficierait d’une scandaleuse
impunité sociale). Et c’est exactement la même chose
qui est arrivée avec son film, La possibilité
d’une île, manifestement non vu par ceux qui
se sont plaint de « la laideur des décors » ou de
son « absence de rythme », l’affublant de l’injure
suprême de « série Z », qui révélait
sans équivoque non pas seulement leur méconnaissance du
cinéma mais surtout leur haine de celui-ci une fois les panthéons
bien installés.
À vrai dire, tout cela n’a pas grand intérêt
ni beaucoup d’importance et ne fait qu’illustrer banalement
le fait que Houellebecq est victime de son succès, qui oblitère
toute réflexion sereine sur son œuvre, résumant sa
réflexion douloureuse sur notre fin de cycle civilisationnel
à des propos schématiques et à quelques aphorismes
bien sentis. Et puis, cela fait tellement plaisir à la critique
cinématographique toujours complexée vis-vis de la littéraire,
de pouvoir se payer un écrivain ! Là, enfin, on peut lui
crier en face, et contre toute vraisemblance, que ce qu’il fait
n’est pas du cinéma, parce que pour la littérature,
on n’est pas tout à fait sûr…
Et pourtant, ce film ambitieux se démarque avec bonheur de tout
un pan du cinéma français à la laideur et à
la facilité également prévisibles. Il faut quand
même voir que le cinéma de Houellebecq ne doit rien au
style référentiel d’Ozon ou d’Honoré,
qu’il en est même miraculeusement préservé,
tout en refusant d’emblée pour traiter de science-fiction,
la filiation du Dernier combat. Il ne s’agit pas ici
de reconnaître, mais bien de découvrir une autre manière
de représenter, loin des clins d’œil, loin de la manipulation
et de l’allusif. Il s’agit donc bien de transposer ce qui
fait le sel du roman, la peinture d’un monde insolite et abject
qui est pourtant le nôtre, et l’absence d’allégeance
aux diverses puissances du Faux qui ont presque partout gagné.
C’est bien du côté des tragédies fantasques,
érotico-romantiques, de Robbe-Grillet ou des westerns mutiques
de Monte Hellmann qu’il faut aller chercher, si l’on veut
absolument des repères, les racines de ce cinéma qui se
permet la longueur excessive du contrechamp (notamment lorsqu’un
fils écoute, ému à ne plus savoir que dire, parler
son père bientôt mort), qui ose l’inquiétante
étrangeté des plans anodins (comme ses hôtesses
semblant se fondre dans leurs affiches colorées, la diagonale
de ce sportif solitaire qui paraît danser derrière son
ballon, cette route filmée de derrière le pare-brise qui
dangereusement se rapproche), qui se permet le montage son expressionniste
(Ravel peut alors sembler tantôt emphatique et tantôt burlesque)
et la symbolique des cadres (ce lent zoom arrière qui sépare
définitivement, grâce aux axes qu’il révèle
peu à peu, le touriste belge quinquagénaire du groupe
de jeunes gens).
C’est bien par sa mise en scène que Houellebecq parvient
dans une première partie à rendre palpable l’horreur
de cet univers en lignes claires mais aux relations sentimentales et
sociales délabrées que quelques décennies ont suffi
à bâtir autour de nous. « Le nihilisme touristique
ne veut pas la connaissance, prévenait Philippe Muray dans
Après l’Histoire, il veut l’instauration
d’un paradis morbide à travers lequel il puisse se déplacer
en toute impunité ».C’est la première
fois que ce paradis morbide est traité cinématographiquement,
et cette séquence silencieuse qui voit l’animateur bouffon
d’une quelconque élection de Miss Bikini, ranger avec lassitude,
après la fête, ses accessoires et quitter l’hôtel
accompagné de son fils d’une dizaine d’années,
possède dans son incongruité même, une poésie
dont la mélancolie dit tout de l’impasse des nouvelles
valeurs.
La dernière partie qui voit en montage alterné un néo-humain
quitter son abri pour partir à la découverte d’une
terre dévastée (ruines gigantesques et nature rayonnante)
et une femme rescapée, errante et souffrante dans un désert
de pierres, tenter de rejoindre la mer, est tout simplement magnifique.
Elle peut d’ailleurs se lire comme une tentative éperdue,
désespérée, de retrouver une relation amoureuse
capable de transfigurer. Dans cette métaphore d’acte sexuel,
l’homme non pas insouciant mais enfin délivré de
l’attente, ne sachant pas ce qu’il cherche mais se disant
« prêt à aimer », suivant les cours d’eau,
et la jeune femme s’obstinant à trouver au-delà
d’un paysage aride et blessant, la mer salvatrice, vont-ils enfin
se rencontrer, malgré la non concordance des intentions et des
attentes ? Il s’agit peut-être, dans cette dernière
partie initiatique, de tenter de recréer à la fois l’espace
et l’espèce, comme le programme de La rivière,
court-métrage érotique de l’auteur tourné
il y a quelques années, nous y invitait déjà, recréer
ce que l’époque moderne a si minutieusement saccagé
dans sa permanente glorification de l’érotisme de masse
et de l’hyperindividualisme : un couple.
Ludovic Maubreuil |








 




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Comment
est née l’envie de faire un film ?
Pour bien comprendre, il faut remonter très, très en amont.
Il faut lire les pages de 2 à 10 du livre. Je les ai écrites
sans projet précis. Elles sont assez bizarres : des courtes phrases,
beaucoup de blanc... C’était difficile de prévoir
ce que ça allait donner. Cela aurait pu donner un livre... un
film... les deux... un recueil de poèmes..ou rien. Et puis j’ai
écrit les pages 11 et 15 indépendamment des autres, dans
un moment de ma vie où j’étais seul dans mon appartement
en Espagne. Plus tard, je les ai reliées aux pages 9 et 10 qui
sont en fait un souvenir réel : J’étais en Allemagne
dans une maison d’écrivains près de Berlin. J’avais
fait une lecture et une femme m’a dit qu’il fallait absolument
qu’elle me parle. Le lendemain elle est venue me voir. La situation
était bizarre... On était seuls dans cette banlieue de
Berlin, près d’un lac assez beau... Calmement elle me dit
: « j’ai fait un rêve avec vous». Et elle me
raconte : je suis dans une cabine téléphonique, je parle,
et je ne sais pas si je parle à des gens existant pour qu’ils
me répondent, ou si je parle tout seul pour maintenir la fonction
parlée. Le rêve était très fort... Ça
m’a beaucoup marqué, l’idée de parler sans
savoir si on communique avec quelqu’un ou si on communique avec
rien. Je me suis dit qu’il fallait que j’écrive quelque
chose à propos d’un personnage existant après la
fin du monde, et ça a été à l’origine
de la partie de Daniel25 dans le livre...
Faire un film ça représentait quoi ? Un complément
du livre ? Une autre interprétation de l’histoire ?
C’est une interprétation. Même si on prend aussi
le risque d’être déçu visuellement. Par exemple,
la zone blanche avec des lacs dont je parle dans le livre est un endroit
purement imaginaire. J’aurais bien aimé trouver un équivalent
réel, mais il n’existait pas. Du coup, la zone finale du
livre qui me plait beaucoup visuellement n’est pas dans le film.
Il a fallu trouver autre chose.
Vous avez volontairement occulté toute une partie du livre. Qu’est-ce
qui a motivé votre choix ?
En fait, c’est ce qu’on retenu mes lecteurs les plus sensibles
: la partie poétique de la fin. J’aurais pu faire quelque
chose sur la décomposition du couple... J’aurais pu, tentation
encore plus forte, faire quelque chose sur la rencontre et l’intense
relation érotique avec Esther... J’ai fait une lecture
pour le Festival des Inrocks et je n’ai lu que des passages de
la troisième partie. C’était très beau. La
troisième partie a une dimension poétique plus forte,
indépendante du reste. Je pouvais donc tout axer sur elle. Ce
que les gens retiennent est important. Un livre c’est une chose,
ce que les gens en retiennent en est une autre.
Vous êtes en train de me dire que vous étiez soucieux
de ce qu’allaient penser les lecteurs en regardant le film ?
Un peu, oui...
Habituellement le créateur impose ce qu’il a à
dire.
Mais parfois les gens vous disent la vérité sur ce que
vous avez fait. Plus que vous-même. Je suis peut-être un
créateur, mais je suis aussi un lecteur. Je sais bien ce qui
me manquerait si j’allais voir l’adaptation d’un de
mes livres préférés. Là, il ne s‘agit
pas du tout d’une adaptation fidèle, mais je pense que
le lecteur le plus profond trouvera que ça l’est. Par exemple
Alina Reyes insistait beaucoup sur la troisième partie, sur le
fait qu’il y a une sidération visuelle insistante. Ce n’est
donc pas tenir compte des lecteurs, c’est tenir compte de certains
lecteurs...
On vous a souvent reproché la violence dans vos livres
mais aussi le sexe. Or s’il y en a dans ce roman, le film est
exempt de toute violence et même de tout contact physique. C’est
surprenant ! En fait vous êtes un grand romantique !
Oui, c’est assez vrai... Mais je n’ai pas eu l’impression
que le sexe et la violence étaient fondamentaux dans ce livre.
Au cours des lectures qui ont été faites, contrairement
à celle de « Plateforme », les passages sélectionnés
n’étaient pas tellement sexuels. C’est vrai que j’aimerais
bien faire un film pornographique si l’occasion se présentait,
mais pour ce livre là, ce n’est pas ce qui s’imposait.
En fait il y a un certain érotisme lié au cinéma
qui me dégoûte plutôt.
Finalement, ce qui reste du sexe, c’est la sensualité
de l’actrice Ramata Koité, et peut-être le concours
de bikinis !
Pour le concours de bikinis, on s’est beaucoup amusés à
tourner à Benidorm (Espagne). On était dans cet énorme
hôtel, l’hôtel Bali, qui était extrêmement
accueillant. On pouvait tourner où on voulait, ils étaient
hyper coopératifs. C’est un hôtel fascinant ! Immense
! Une véritable usine de vacance balnéaire : des hordes
de touristes, des centaines de russes, d’ukrainiennes, de polonais...
C’était un sujet en soi ! Je me souviens des repérages
: j’ai passé une journée lamentable à chercher
des résidences de vacances et rien n’allait...on arrive
à l’hôtel Bali et là, j’ai rarement
été aussi excité de ma vie ! Je courrais partout,
j’étais fou de joie ! J’avais envie de tout photographier,
de tout filmer... Cet hôtel est un monument extraordinaire...
Est-ce que cela a été compliqué de trouver
les fonds pour faire ce film ?
Très !
Pourquoi ? Qu’est-ce qui est compliqué quand on s’appelle
Michel Houellebecq ?
Le fait que je sois très sincèrement haï par quasiment
tout ce qui est culturel en France. Pour différentes raisons,
mais le fait est là. Je n’ai donc eu aucune subvention.
Je suis tricard partout, sauf dans le milieu de l’art contemporain
! Là on peut présenter un dossier sur mon nom, ça
marche ! C’est très bizarre...
Vous vous êtes impliqué dans la production ?
A un moment donné j’ai été appelé
à investir. Mon agent est intervenu, et je suis devenu co-producteur
à 50%.
Pourquoi vouloir faire un film ? Vous n’êtes pas en mal
de reconnaissance, vos livres se vendent.
Ce n’est pas tellement une question d’ego. Je pensais que
je pourrai faire un bon film. J’ai le sens de l’image, du
son... Je voulais essayer.
Un rêve d’enfant ?
Non, j’étais un enfant qui lisait beaucoup mais qui ne
regardait pas la télé.
Alors pourquoi un film ?
Même quand on écrit un livre, la chose en elle-même
prend une telle dimension qu’elle pousse votre ego de côté
et vous ordonne de la servir. Je sentais que ce serait un film intéressant.
A un moment donné, on entreprend les choses parce que si on ne
les fait pas, quelque chose manque...
Un peu comme les personnages de romans vous échappent
pour s’imposer à vous ?
Les personnages c’est une correspondance directe avec les acteurs,
et le moment du choix de l’acteur... J’ai choisi Patrick
Bauchau comme Prophète parce qu’il impose un truc très,
très différent du personnage du livre. Il est beaucoup
plus sincère dans sa démarche spirituelle. Quand on a
choisi l’acteur on est coincé, on ne peut que réorienter
le personnage en fonction de ce que peut inspirer l’acteur.
Vous avez donc adapté votre scénario en fonction
des acteurs que vous avez choisis...
Ah oui ! Vraiment ! On prend un acteur ou on ne le prend pas, mais une
fois qu’on l’a pris, il y a des conséquences... Ça
réoriente le personnage. Pourtant c’est ça qui est
excitant ! Ça se produit aussi avec les personnages de roman.
En littérature non plus il n’y a pas réellement
de libre arbitre. Lors des rencontres préparatoires avec Benoît
Magimel, alors que je lui exposais ce qu’est un personnage en
littérature, et il m’a dit « c’est comme un
comédien qui devrait tout le temps être en scène
! »...
Mais le personnage de roman est en deux dimensions...là
ce sont des êtres de chair et de sang...
Non... Ça devient très présent un personnage de
roman. Même si ce n’est pas réel. Le personnage d’Esther,
j’en ai beaucoup rêvé la nuit... C’est moins
connu dans le domaine de la littérature parce que les gens s’imaginent
qu’on a tout dans sa tête, mais en fait, à force
d’écrire, un personnage ça devient très,
très présent...
Vous apparaissez dans le film. C’est un clin d’œil
?
C’est Patrick Bauchau qui a beaucoup insisté... C’est
lui qui trouvait très important que pendant son discours de prophète
je sois dans l’assistance.
Il y a un sens à la musique du film au-delà de
l’esthétique ? Cette musique est grandiose, même
emphatique !
Oui, c’est romantique, emphatique, grandiloquent même...
Quand j’ai monté le film, je voulais absolument garder
cet effet spectaculaire au moment où Benoît Magimel sort
du cratère. Et c’est précisément ce morceau-là,
celui que le musicien avait écrit pour la scène du cratère,
qui m’a conduit à lui téléphoner pour lui
dire que je l’avais choisi pour faire la musique de ce film. Après
bien sur il a fallu gérer la personne parce que c’est excité
ces gens là ! Ils mettent de la musique partout ! De temps en
temps il fallait mettre le holà !
Justement, pourquoi n’avez-vous pas mis de musique sur
le générique de fin ?
Je trouvais l’idée de la respiration et des pierres qui
tombent très belles... En fait on peut dire qu’on l’a
fait à trois : moi, le monteur son, et le mixeur. On a beaucoup
dosé les respirations, le timing... C’est un bon souvenir.
Un souvenir de satisfaction pour tout le monde.
Parlons un peu du chien ! Vous lui avez fait faire un casting
!!! ?
Ben oui. Il y a eu un double casting en fait. Un casting chien et un
casting dresseur.
C’est compliqué de faire jouer un animal dans un
film ?
Oui ! Le scénario initial était très différent.
L’animal devait être avec l’humain dans la caverne.
Mais il s’est avéré que le dresseur a un petit peu
surestimé son pouvoir de contrôle de l’animal. Le
soir, en visionnant les images, je me suis dit que le chien et l’homme
n’avaient pas l’air de s’aimer du tout. Ils n’avaient
pas l’air de vieux compagnons. Ça ressemblait beaucoup
plus à une rencontre entre deux êtres. J’ai réécrit
le scénario en fonction d’une histoire où l’acteur
rencontre le chien à sa sortie de la caverne. C’était
le gros évènement du film. Le scénario a basculé.
Et l’amour, quelle rôle joue-t-il dans cette histoire
?
Je dirais que c’est l’avantage des situations du type «
fin du monde ». Dans la société, il y a une grande
possibilité de choix qui disparaît quand il n’y a
plus d’êtres humains sur terre (rire) ! La possibilité
de choix est réduite à zéro ! La sexualité
est réduite à zéro ! On ne fait donc pas le difficile
! Il faudrait peut-être raisonner comme ça tout le temps,
en fait : prendre ce qu’on a sous la main. Ce serait sûrement
plus sain... J’ai beaucoup combattu au montage la version très
romantique de l’histoire qui voudrait que Daniel se souvienne
de Marie (Ramata Koité). J’aime bien l’idée
que ce soit une femme en général...
Y a t-il un moment en particulier qui vous a marqué pendant
ce tournage ?
Le plan final, qui est miraculeux. Ramata gravissant le rocher. C’est
le genre de moment qui justifie de faire un film ! C’était
inattendu, et tout le monde était tétanisé tellement
c’était beau.
Ça vous donne envie de faire un autre film ?
Pas tout de suite. Il y a tellement de contraintes que pour l’instant
ça me donne envie d’être seul... C’est pas
mal aussi d’écrire... C’est un mode de vie très
différent, mais c’est pas mal...
Faut-il avoir lu le livre pour comprendre le film ?
Non, ce n’est pas la peine. Je dirais qu’il faut avoir un
intérêt pour le thème des sectes parce que ça
démarre très fort dessus. Ça démarre très
« à la Tom Waits », dirais-je...
Que répondriez-vous aux lecteurs qui diraient : «
ce n’est pas comme dans le livre, ce n’est pas ce que j’avais
compris ! »
Je pense que j’ai fait une adaptation fidèle sur le fond,
avec une grosse bifurcation due à Patrick Bauchau qui est beaucoup
plus sympathique que Raël, et à la relation père-fils
qui est devenue plus présente grâce à la relation
de Bauchau et de Magimel qui s’aimaient beaucoup.
Donc, c’est bien d’avoir lu le livre, mais il faut
rester ouvert à une interprétation différente...
Oui. Ce qui est marrant c’est que les gens ne se rendent pas du
tout compte de la façon dont est écrit un livre. On ne
sait jamais ce qui va se passer à la fin. Dans le projet initial
Esther n’existait absolument pas. C’est quand je l’ai
rencontrée dans ma vie qu’elle est entrée dans le
livre. Ça paraît très monolithique un livre. Ça
n’est pas le cas. C’est plus long que faire un film. Ça
bifurque sans arrêt. Et puis quand on écrit un livre, on
ne sait pas pourquoi, il y a des parties mortes et il y a des parties
vivantes qu’on ne met pas dans le film. Par exemple, la rencontre
avec Esther est très bien, mais je ne l’ai pas mise parce
que ce serait un autre film.
Quel est la différence entre le processus de création
de l’écrivain et de celui du réalisateur ?
A mon avis, ils sont assez proches...
Mais le cinéma est un travail collectif...
En fait le réalisateur a des relations individuelles avec plein
de personnes. Ça n’est donc pas vraiment collectif.
Oui, mais si on le compare à la création de l’écrivain...
C’est une démarche un peu plus sociale...
Oui mais la question implicite est de savoir si ça me met mal
à l’aise, et en réalité, pas tellement. Je
n’ai aucun problème en société et je n’ai
pas de difficulté à me faire obéir, ça se
passe assez naturellement. J’ai des difficultés à
partager le pouvoir.
Est-ce qu’il est possible de mettre une étiquette
à ce film ?
Il y a un climat très bizarre... Poétique... Je dirais
que c’est un film poétique.
(Extrait
du dossier de presse)
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