)))  LA POSSIBILITÉ D'UNE ÎLE
        
    de Michel HOUELLEBECQ           
 

  • Anticipation métaphysique - 2008 - France - durée: 1h26
  • Sortie à la Vente en DVD le 17 Mars 2009
  • Éditions BAC Films

SYNOPSIS

Plus seul qu’aucun ermite ne l’a jamais été, Daniel25 (le vingt-quatrième descendant, par reproduction artificielle, du premier des Daniel) vit avec son chien Fox dans une cellule souterraine préservée de toute contamination ; les images satellite qu’il reçoit sur ses écrans d’ordinateur lui retransmettent des visions d’une terre désertée. Il se consacre, comme ses prédécesseurs, à la rédaction d’un com¬mentaire sur les événements qui ont conduit Daniel1 à prendre la tête d’une secte qui sera le fondement d’un nouveau culte, et d’une espèce qui survivra à l’espèce humaine.

Venu à la rencontre de son père, le chef d’une secte dont il était séparé depuis des années, Daniel1 se rend compte que la secte, qu’il croyait basée sur une banale supercherie, a changé de nature avec le recrutement d’un scientifique de haut niveau et la construction d’un laboratoire. Il se rend compte que la promesse faite aux adeptes (l’immortalité technique par les moyens de la biologie moderne) est en passe d’être tenue. Après la mort de son père, il décidera de prendre sa suite.

Vingt-cinq générations plus tard, Daniel25 a survécu aux cataclysmes ayant dévasté l’espèce humaine. Sa vie changera du jour où, guidé par de mystérieux messages apparus sur ses écrans d’ordinateur, il découvrira l’existence, à la surface de la Terre, d’une autre survivante.

   
POINT DE VUE
Le couple et la famille représentaient le dernier îlot de communisme primitif au sein de la société libérale. La libération sexuelle eut pour effet la destruction de ces communautés intermédiaires, les dernières à séparer l’individu du marché.
(Les particules élémentaires)

Après avoir entendu aussi bien les louanges d’avant Extension du domaine de la lutte que les cris d’orfraie d’après Les Particules élémentaires et surtout Plateforme, il est assez vite apparu que Michel Houellebecq n’avait jamais été vraiment lu par ceux qui faisaient profession d’étudier ses écrits, lesquels se sont donc successivement crus permis de voir chez ce grand écrivain, qui laisse loin derrière lui les auto-fictions frileuses, les auto-célébrations mornes et les pamphlétaires sans mesure, une forme nouvelle d’esthétiquement correct (comme une sorte de Cioran policé, aimablement contemporain) puis à l’inverse, un mixte bavard de cynisme et de misogynie (tel un Céline qui bénéficierait d’une scandaleuse impunité sociale). Et c’est exactement la même chose qui est arrivée avec son film, La possibilité d’une île, manifestement non vu par ceux qui se sont plaint de « la laideur des décors » ou de son « absence de rythme », l’affublant de l’injure suprême de « série Z », qui révélait sans équivoque non pas seulement leur méconnaissance du cinéma mais surtout leur haine de celui-ci une fois les panthéons bien installés.

À vrai dire, tout cela n’a pas grand intérêt ni beaucoup d’importance et ne fait qu’illustrer banalement le fait que Houellebecq est victime de son succès, qui oblitère toute réflexion sereine sur son œuvre, résumant sa réflexion douloureuse sur notre fin de cycle civilisationnel à des propos schématiques et à quelques aphorismes bien sentis. Et puis, cela fait tellement plaisir à la critique cinématographique toujours complexée vis-vis de la littéraire, de pouvoir se payer un écrivain ! Là, enfin, on peut lui crier en face, et contre toute vraisemblance, que ce qu’il fait n’est pas du cinéma, parce que pour la littérature, on n’est pas tout à fait sûr…

Et pourtant, ce film ambitieux se démarque avec bonheur de tout un pan du cinéma français à la laideur et à la facilité également prévisibles. Il faut quand même voir que le cinéma de Houellebecq ne doit rien au style référentiel d’Ozon ou d’Honoré, qu’il en est même miraculeusement préservé, tout en refusant d’emblée pour traiter de science-fiction, la filiation du Dernier combat. Il ne s’agit pas ici de reconnaître, mais bien de découvrir une autre manière de représenter, loin des clins d’œil, loin de la manipulation et de l’allusif. Il s’agit donc bien de transposer ce qui fait le sel du roman, la peinture d’un monde insolite et abject qui est pourtant le nôtre, et l’absence d’allégeance aux diverses puissances du Faux qui ont presque partout gagné. C’est bien du côté des tragédies fantasques, érotico-romantiques, de Robbe-Grillet ou des westerns mutiques de Monte Hellmann qu’il faut aller chercher, si l’on veut absolument des repères, les racines de ce cinéma qui se permet la longueur excessive du contrechamp (notamment lorsqu’un fils écoute, ému à ne plus savoir que dire, parler son père bientôt mort), qui ose l’inquiétante étrangeté des plans anodins (comme ses hôtesses semblant se fondre dans leurs affiches colorées, la diagonale de ce sportif solitaire qui paraît danser derrière son ballon, cette route filmée de derrière le pare-brise qui dangereusement se rapproche), qui se permet le montage son expressionniste (Ravel peut alors sembler tantôt emphatique et tantôt burlesque) et la symbolique des cadres (ce lent zoom arrière qui sépare définitivement, grâce aux axes qu’il révèle peu à peu, le touriste belge quinquagénaire du groupe de jeunes gens).

C’est bien par sa mise en scène que Houellebecq parvient dans une première partie à rendre palpable l’horreur de cet univers en lignes claires mais aux relations sentimentales et sociales délabrées que quelques décennies ont suffi à bâtir autour de nous. « Le nihilisme touristique ne veut pas la connaissance, prévenait Philippe Muray dans Après l’Histoire, il veut l’instauration d’un paradis morbide à travers lequel il puisse se déplacer en toute impunité ».C’est la première fois que ce paradis morbide est traité cinématographiquement, et cette séquence silencieuse qui voit l’animateur bouffon d’une quelconque élection de Miss Bikini, ranger avec lassitude, après la fête, ses accessoires et quitter l’hôtel accompagné de son fils d’une dizaine d’années, possède dans son incongruité même, une poésie dont la mélancolie dit tout de l’impasse des nouvelles valeurs.

La dernière partie qui voit en montage alterné un néo-humain quitter son abri pour partir à la découverte d’une terre dévastée (ruines gigantesques et nature rayonnante) et une femme rescapée, errante et souffrante dans un désert de pierres, tenter de rejoindre la mer, est tout simplement magnifique. Elle peut d’ailleurs se lire comme une tentative éperdue, désespérée, de retrouver une relation amoureuse capable de transfigurer. Dans cette métaphore d’acte sexuel, l’homme non pas insouciant mais enfin délivré de l’attente, ne sachant pas ce qu’il cherche mais se disant « prêt à aimer », suivant les cours d’eau, et la jeune femme s’obstinant à trouver au-delà d’un paysage aride et blessant, la mer salvatrice, vont-ils enfin se rencontrer, malgré la non concordance des intentions et des attentes ? Il s’agit peut-être, dans cette dernière partie initiatique, de tenter de recréer à la fois l’espace et l’espèce, comme le programme de La rivière, court-métrage érotique de l’auteur tourné il y a quelques années, nous y invitait déjà, recréer ce que l’époque moderne a si minutieusement saccagé dans sa permanente glorification de l’érotisme de masse et de l’hyperindividualisme : un couple.



Ludovic Maubreuil


 

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Réalisation & scénario
    (d'après son roman éponyme): Michel Houellebecq
    Production : Mandarin Cinéma, Éric Altmeyer et Nicolas Altmayer
    Image
    : Jeanne Lapoirie et Éric Guichard
    Musique
    : Mathis B. Nitschke
    Montage
    : Camille Cotte
    Costumes
    : Lena Mossum
    Maquillage
    : Marilo Osuna
    Direction de production
    : Philippe Delest
    Avec
    :
    * Benoît Magimel : Daniel
    * Ramata Koite : Marie
    * Patrick Bauchau : le prophète
    * Andrzej Seweryn : Slotan
    * Serge Larivière : Rudi
    * Jean-Pierre Malo : Jérôme
    * Jordi Dauder : Gérard
    * Arielle Dombasle : déléguée mexicaine
    * Juan Carlos Valera : délégué argentin
    * Philippe Delest : délégué luxembourgeois
    * Sandra Murugiah : hotêsse indienne
  • Site officiel du film


  •  LE DVD

    VF – Dolby Digital 5.1
    16/9 Compatible 4/3 – 2.35
    Durée : 1h26 - DVD9 - Couleur



  • BONUS
    Bandes-annonces
    Liens Internet
ENTRETIEN AVEC MICHEL HOUELLEBECQ

Comment est née l’envie de faire un film ?
Pour bien comprendre, il faut remonter très, très en amont. Il faut lire les pages de 2 à 10 du livre. Je les ai écrites sans projet précis. Elles sont assez bizarres : des courtes phrases, beaucoup de blanc... C’était difficile de prévoir ce que ça allait donner. Cela aurait pu donner un livre... un film... les deux... un recueil de poèmes..ou rien. Et puis j’ai écrit les pages 11 et 15 indépendamment des autres, dans un moment de ma vie où j’étais seul dans mon appartement en Espagne. Plus tard, je les ai reliées aux pages 9 et 10 qui sont en fait un souvenir réel : J’étais en Allemagne dans une maison d’écrivains près de Berlin. J’avais fait une lecture et une femme m’a dit qu’il fallait absolument qu’elle me parle. Le lendemain elle est venue me voir. La situation était bizarre... On était seuls dans cette banlieue de Berlin, près d’un lac assez beau... Calmement elle me dit : « j’ai fait un rêve avec vous». Et elle me raconte : je suis dans une cabine téléphonique, je parle, et je ne sais pas si je parle à des gens existant pour qu’ils me répondent, ou si je parle tout seul pour maintenir la fonction parlée. Le rêve était très fort... Ça m’a beaucoup marqué, l’idée de parler sans savoir si on communique avec quelqu’un ou si on communique avec rien. Je me suis dit qu’il fallait que j’écrive quelque chose à propos d’un personnage existant après la fin du monde, et ça a été à l’origine de la partie de Daniel25 dans le livre...

Faire un film ça représentait quoi ? Un complément du livre ? Une autre interprétation de l’histoire ?
C’est une interprétation. Même si on prend aussi le risque d’être déçu visuellement. Par exemple, la zone blanche avec des lacs dont je parle dans le livre est un endroit purement imaginaire. J’aurais bien aimé trouver un équivalent réel, mais il n’existait pas. Du coup, la zone finale du livre qui me plait beaucoup visuellement n’est pas dans le film. Il a fallu trouver autre chose.

Vous avez volontairement occulté toute une partie du livre. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

En fait, c’est ce qu’on retenu mes lecteurs les plus sensibles : la partie poétique de la fin. J’aurais pu faire quelque chose sur la décomposition du couple... J’aurais pu, tentation encore plus forte, faire quelque chose sur la rencontre et l’intense relation érotique avec Esther... J’ai fait une lecture pour le Festival des Inrocks et je n’ai lu que des passages de la troisième partie. C’était très beau. La troisième partie a une dimension poétique plus forte, indépendante du reste. Je pouvais donc tout axer sur elle. Ce que les gens retiennent est important. Un livre c’est une chose, ce que les gens en retiennent en est une autre.

Vous êtes en train de me dire que vous étiez soucieux de ce qu’allaient penser les lecteurs en regardant le film ?
Un peu, oui...

Habituellement le créateur impose ce qu’il a à dire.
Mais parfois les gens vous disent la vérité sur ce que vous avez fait. Plus que vous-même. Je suis peut-être un créateur, mais je suis aussi un lecteur. Je sais bien ce qui me manquerait si j’allais voir l’adaptation d’un de mes livres préférés. Là, il ne s‘agit pas du tout d’une adaptation fidèle, mais je pense que le lecteur le plus profond trouvera que ça l’est. Par exemple Alina Reyes insistait beaucoup sur la troisième partie, sur le fait qu’il y a une sidération visuelle insistante. Ce n’est donc pas tenir compte des lecteurs, c’est tenir compte de certains lecteurs...

On vous a souvent reproché la violence dans vos livres mais aussi le sexe. Or s’il y en a dans ce roman, le film est exempt de toute violence et même de tout contact physique. C’est surprenant ! En fait vous êtes un grand romantique !
Oui, c’est assez vrai... Mais je n’ai pas eu l’impression que le sexe et la violence étaient fondamentaux dans ce livre. Au cours des lectures qui ont été faites, contrairement à celle de « Plateforme », les passages sélectionnés n’étaient pas tellement sexuels. C’est vrai que j’aimerais bien faire un film pornographique si l’occasion se présentait, mais pour ce livre là, ce n’est pas ce qui s’imposait. En fait il y a un certain érotisme lié au cinéma qui me dégoûte plutôt.

Finalement, ce qui reste du sexe, c’est la sensualité de l’actrice Ramata Koité, et peut-être le concours de bikinis !
Pour le concours de bikinis, on s’est beaucoup amusés à tourner à Benidorm (Espagne). On était dans cet énorme hôtel, l’hôtel Bali, qui était extrêmement accueillant. On pouvait tourner où on voulait, ils étaient hyper coopératifs. C’est un hôtel fascinant ! Immense ! Une véritable usine de vacance balnéaire : des hordes de touristes, des centaines de russes, d’ukrainiennes, de polonais... C’était un sujet en soi ! Je me souviens des repérages : j’ai passé une journée lamentable à chercher des résidences de vacances et rien n’allait...on arrive à l’hôtel Bali et là, j’ai rarement été aussi excité de ma vie ! Je courrais partout, j’étais fou de joie ! J’avais envie de tout photographier, de tout filmer... Cet hôtel est un monument extraordinaire...

Est-ce que cela a été compliqué de trouver les fonds pour faire ce film ?
Très !

Pourquoi ? Qu’est-ce qui est compliqué quand on s’appelle Michel Houellebecq ?

Le fait que je sois très sincèrement haï par quasiment tout ce qui est culturel en France. Pour différentes raisons, mais le fait est là. Je n’ai donc eu aucune subvention. Je suis tricard partout, sauf dans le milieu de l’art contemporain ! Là on peut présenter un dossier sur mon nom, ça marche ! C’est très bizarre...

Vous vous êtes impliqué dans la production ?
A un moment donné j’ai été appelé à investir. Mon agent est intervenu, et je suis devenu co-producteur à 50%.
Pourquoi vouloir faire un film ? Vous n’êtes pas en mal de reconnaissance, vos livres se vendent.
Ce n’est pas tellement une question d’ego. Je pensais que je pourrai faire un bon film. J’ai le sens de l’image, du son... Je voulais essayer.

Un rêve d’enfant ?
Non, j’étais un enfant qui lisait beaucoup mais qui ne regardait pas la télé.

Alors pourquoi un film ?
Même quand on écrit un livre, la chose en elle-même prend une telle dimension qu’elle pousse votre ego de côté et vous ordonne de la servir. Je sentais que ce serait un film intéressant. A un moment donné, on entreprend les choses parce que si on ne les fait pas, quelque chose manque...

Un peu comme les personnages de romans vous échappent pour s’imposer à vous ?
Les personnages c’est une correspondance directe avec les acteurs, et le moment du choix de l’acteur... J’ai choisi Patrick Bauchau comme Prophète parce qu’il impose un truc très, très différent du personnage du livre. Il est beaucoup plus sincère dans sa démarche spirituelle. Quand on a choisi l’acteur on est coincé, on ne peut que réorienter le personnage en fonction de ce que peut inspirer l’acteur.

Vous avez donc adapté votre scénario en fonction des acteurs que vous avez choisis...
Ah oui ! Vraiment ! On prend un acteur ou on ne le prend pas, mais une fois qu’on l’a pris, il y a des conséquences... Ça réoriente le personnage. Pourtant c’est ça qui est excitant ! Ça se produit aussi avec les personnages de roman. En littérature non plus il n’y a pas réellement de libre arbitre. Lors des rencontres préparatoires avec Benoît Magimel, alors que je lui exposais ce qu’est un personnage en littérature, et il m’a dit « c’est comme un comédien qui devrait tout le temps être en scène ! »...

Mais le personnage de roman est en deux dimensions...là ce sont des êtres de chair et de sang...
Non... Ça devient très présent un personnage de roman. Même si ce n’est pas réel. Le personnage d’Esther, j’en ai beaucoup rêvé la nuit... C’est moins connu dans le domaine de la littérature parce que les gens s’imaginent qu’on a tout dans sa tête, mais en fait, à force d’écrire, un personnage ça devient très, très présent...

Vous apparaissez dans le film. C’est un clin d’œil ?
C’est Patrick Bauchau qui a beaucoup insisté... C’est lui qui trouvait très important que pendant son discours de prophète je sois dans l’assistance.

Il y a un sens à la musique du film au-delà de l’esthétique ? Cette musique est grandiose, même emphatique !
Oui, c’est romantique, emphatique, grandiloquent même... Quand j’ai monté le film, je voulais absolument garder cet effet spectaculaire au moment où Benoît Magimel sort du cratère. Et c’est précisément ce morceau-là, celui que le musicien avait écrit pour la scène du cratère, qui m’a conduit à lui téléphoner pour lui dire que je l’avais choisi pour faire la musique de ce film. Après bien sur il a fallu gérer la personne parce que c’est excité ces gens là ! Ils mettent de la musique partout ! De temps en temps il fallait mettre le holà !

Justement, pourquoi n’avez-vous pas mis de musique sur le générique de fin ?
Je trouvais l’idée de la respiration et des pierres qui tombent très belles... En fait on peut dire qu’on l’a fait à trois : moi, le monteur son, et le mixeur. On a beaucoup dosé les respirations, le timing... C’est un bon souvenir. Un souvenir de satisfaction pour tout le monde.

Parlons un peu du chien ! Vous lui avez fait faire un casting !!! ?
Ben oui. Il y a eu un double casting en fait. Un casting chien et un casting dresseur.

C’est compliqué de faire jouer un animal dans un film ?
Oui ! Le scénario initial était très différent. L’animal devait être avec l’humain dans la caverne. Mais il s’est avéré que le dresseur a un petit peu surestimé son pouvoir de contrôle de l’animal. Le soir, en visionnant les images, je me suis dit que le chien et l’homme n’avaient pas l’air de s’aimer du tout. Ils n’avaient pas l’air de vieux compagnons. Ça ressemblait beaucoup plus à une rencontre entre deux êtres. J’ai réécrit le scénario en fonction d’une histoire où l’acteur rencontre le chien à sa sortie de la caverne. C’était le gros évènement du film. Le scénario a basculé.

Et l’amour, quelle rôle joue-t-il dans cette histoire ?
Je dirais que c’est l’avantage des situations du type « fin du monde ». Dans la société, il y a une grande possibilité de choix qui disparaît quand il n’y a plus d’êtres humains sur terre (rire) ! La possibilité de choix est réduite à zéro ! La sexualité est réduite à zéro ! On ne fait donc pas le difficile ! Il faudrait peut-être raisonner comme ça tout le temps, en fait : prendre ce qu’on a sous la main. Ce serait sûrement plus sain... J’ai beaucoup combattu au montage la version très romantique de l’histoire qui voudrait que Daniel se souvienne de Marie (Ramata Koité). J’aime bien l’idée que ce soit une femme en général...

Y a t-il un moment en particulier qui vous a marqué pendant ce tournage ?
Le plan final, qui est miraculeux. Ramata gravissant le rocher. C’est le genre de moment qui justifie de faire un film ! C’était inattendu, et tout le monde était tétanisé tellement c’était beau.

Ça vous donne envie de faire un autre film ?
Pas tout de suite. Il y a tellement de contraintes que pour l’instant ça me donne envie d’être seul... C’est pas mal aussi d’écrire... C’est un mode de vie très différent, mais c’est pas mal...

Faut-il avoir lu le livre pour comprendre le film ?
Non, ce n’est pas la peine. Je dirais qu’il faut avoir un intérêt pour le thème des sectes parce que ça démarre très fort dessus. Ça démarre très « à la Tom Waits », dirais-je...

Que répondriez-vous aux lecteurs qui diraient : « ce n’est pas comme dans le livre, ce n’est pas ce que j’avais compris ! »
Je pense que j’ai fait une adaptation fidèle sur le fond, avec une grosse bifurcation due à Patrick Bauchau qui est beaucoup plus sympathique que Raël, et à la relation père-fils qui est devenue plus présente grâce à la relation de Bauchau et de Magimel qui s’aimaient beaucoup.

Donc, c’est bien d’avoir lu le livre, mais il faut rester ouvert à une interprétation différente...
Oui. Ce qui est marrant c’est que les gens ne se rendent pas du tout compte de la façon dont est écrit un livre. On ne sait jamais ce qui va se passer à la fin. Dans le projet initial Esther n’existait absolument pas. C’est quand je l’ai rencontrée dans ma vie qu’elle est entrée dans le livre. Ça paraît très monolithique un livre. Ça n’est pas le cas. C’est plus long que faire un film. Ça bifurque sans arrêt. Et puis quand on écrit un livre, on ne sait pas pourquoi, il y a des parties mortes et il y a des parties vivantes qu’on ne met pas dans le film. Par exemple, la rencontre avec Esther est très bien, mais je ne l’ai pas mise parce que ce serait un autre film.

Quel est la différence entre le processus de création de l’écrivain et de celui du réalisateur ?
A mon avis, ils sont assez proches...

Mais le cinéma est un travail collectif...

En fait le réalisateur a des relations individuelles avec plein de personnes. Ça n’est donc pas vraiment collectif.
Oui, mais si on le compare à la création de l’écrivain... C’est une démarche un peu plus sociale...
Oui mais la question implicite est de savoir si ça me met mal à l’aise, et en réalité, pas tellement. Je n’ai aucun problème en société et je n’ai pas de difficulté à me faire obéir, ça se passe assez naturellement. J’ai des difficultés à partager le pouvoir.

Est-ce qu’il est possible de mettre une étiquette à ce film ?
Il y a un climat très bizarre... Poétique... Je dirais que c’est un film poétique.


(Extrait du dossier de presse)