LE MALIN

AU-DESSOUS DU VOLCAN

de John HUSTON


 
  • COFFRET COLLECTOR 3 DVD
  • 1979 et 1984 - Etats-Unis
  • Sortie à la Vente en DVD le 08 octobre 2008
    Éditions Carlotta
POINT DE VUE
S'il y a un cinéaste qui a tenté de prouver pendant toute sa carrière que, malgré l'adage, un grand livre pouvait donner naissance à un grand film, c'est bien John Huston. Démarrant en 1941 avec un classique du film noir tiré de Dashiell Hammett (Le faucon maltais) et finissant quarante-six ans plus tard par un ultime chef d'oeuvre trouvant son origine dans une nouvelle de James Joyce (Gens de Dublin), sa filmographie n'a cessé de s'enrichir de travaux d'adaptations ambitieuses. Huston a mis ainsi en images les mots, entre autres, de Herman Melville (Moby Dick), Romain Gary (Les racines du ciel), Tennesse Williams (La nuit de l'iguane), Carson McCullers (Reflets dans un oeil d'or), Rudyard Kipling (L'homme qui voulut être roi). Les résultats à l'écran furent plus ou moins probants mais toujours, au minimum, intéressants. Le coffret de Carlotta offre deux autres exemples de cet exercice hustonien avec Le Malin et Au-dessous du volcan.


Le Malin (Wise blood), que John Huston réalise en 79, est une oeuvre très étonnante, virulente et inspirée. À cent lieues d'un ouvrage routinier signé par un vieux maître, ce film est en fait plus proche des chemins de traverses empruntés par Rafelson ou Altman à la même époque. Tourné de manière indépendante, loin de Hollywood, Le Malin dépeint une Amérique des campagnes et des petites villes grouillant de marginaux, asociaux et autres illuminés, et si le récit reste simple, il peut laisser en suspens certains éléments, abandonner certaines destinées, en allant à rebours de certaines habitudes narratives.

Car tout tourne ici autour d'un seul homme : Hazel Motes, jeune homme étrange qui, de retour de la guerre, veut enfin faire "des choses qu'il n'a jamais fait avant". Avec l'énergie des grands obsessionnels, il tentera de prêcher et de fonder l'Eglise de la Vérité, une église du Christ sans le Christ. Mais Hazel ne semble attirer que des freaks aussi dérangés que lui. Pire : ces rencontres n'aboutissent à rien de bon. Les différents personnages du Malin semblent tous enfermés dans leur monde, donnant à voir une somme de solitudes et des cellules autarciques qui ne communiquent pas. Les divers partenariats possibles sont immédiatement voués à l'échec, à moins qu'ils ne reposent sur une filiation (et dans ce cas-là, l'aliénation est totale : le grand-père prédicateur de Hazel est responsable du traumatisme de son petit-fils et Sabbath semble s'enfoncer dans la même folie que son père, faux-prophète aveugle). Les couples ne se forment que pour un instant, le temps d'assouvir quelques pulsions naturelles. Ce décalage constant, Huston arrive à le faire sentir parfaitement dans les dialogues qui, le plus souvent, n'avancent pas par questions-réponses mais plutôt comme des monologues sourds, exactement parallèles.

Ces gens-là sont tellement hors du commun, leurs actions et leurs propos nous mènent si près de l'absurde que le cinéaste n'a pas besoin d'en rajouter dans la bizarrerie par sa mise en scène. Le filmage est donc simple, très libre, à l'image de ces déambulations urbaines que la caméra capte en de longs plans-séquences.
La charge contre les prédicateurs est féroce : menteurs, avides, racistes... Tous semblent au bord de la caricature. Pourtant, Huston parvient à donner à chacun une réelle épaisseur et à garder pour son guide dans ce monde-là, Hazel, une sympathie évidente. Brad Dourif est  ici prodigieux d'un bout à l'autre. Et parmi les excellents seconds rôles, on ne peut que s'enthousiasmer devant la performance de Harry Dean Stanton en aveugle douteux et celle d'un irrésistible Ned Beatty en prédicateur country et opportuniste.

Tendresse pour les paumés qui n'exclue pas, bien au contraire, une progression vers la noirceur totale, humour décalé et provincial : Le Malin annonce par bien des points le cinéma des frères Coen.


Cinq ans plus tard, Huston s'attaque à nouveau à un gros morceau, en l'occurrence le roman de Malcolm Lowry, paru en 1947 et, comme tous les grands livres, réputé inadaptable. Le récit se concentre sur deux jours, les deux derniers de Geoffrey Firmin, consul britannique de la ville mexicaine de Cuernavaca. Le magnifique générique (une danse de mobiles et figurines squelettiques) et un effet visuel dès les premières minutes, reflétant des cranes dans les lunettes du protagoniste, nous préviennent en effet que le film sera bien la chronique d'une mort annoncée. Mort, remords et ivresse sont les grands thèmes d'Au-dessous du volcan (Under the volcano).

Obliger le spectateur à côtoyer pendant deux heures un alcoolique est une sacrée gageure et nécessite d'être particulièrement sûr de sa direction d'acteur et de son choix de casting. Albert Finney s'en sort avec les honneurs, surtout lorsqu'il est en mouvement, adoptant une démarche exagérément raide et un port régulier de lunettes noires. De même, c'est lorsque Huston filme ses comédiens au milieu du peuple mexicain qu'il tient le mieux son pari, plutôt que dans le cadre de l'hacienda du consul. Là se joue une pièce de théâtre douloureuse à trois personnages. Jacqueline Bisset et Anthony Andrews peinent à s'imposer face à Finney : Yvonne, la femme aimante mais incertaine reste évanescente, et Hugh, le demi-frère, revendique un engagement journalistique qui cadre mal avec sa manière d'être.

En ce mois de Novembre 1938, nombreux sont les signes d'une explosion imminente du monde. Hugh revient d'Espagne où les Républicains sont en train de perdre la guerre civile; les miliciens mexicains, financés par les nazis, imposent leur loi dans les campagnes; Munich vient d'être signé. Tout semble déjà trop tard. Trop tard pour la paix, pour le consul et pour son couple. Ne reste plus alors qu'à aller se perdre au Farolito, bar-bordel sordide.

Nous nous sommes promenés en plein soleil, au milieu de festivités colorées. Toujours dans les pas du consul titubant, nous passons maintenant, aux dernières lueurs du jour (et par un pont suspendu), à un univers plus inquiétant. L'obscurité aidant, la cruauté et la violence pointent leur nez. Huston termine son film sur cette lente et inéluctable dérive, dans une remarquable progression dramatique. Vers la nuit, la pluie, la boue, le néant. Firmin avait prévenu : "L'enfer a ma préférence".



Edouard Sivière



 


 


 


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MISFITS


LE MALIN

SYNOPSIS

De retour de l’armée, Hazel Motes retrouve sa maison familiale á l’abandon et décide de partir pour la ville afin d’y faire "des choses qu’il n’a encore jamais faites". Il rencontre Asa Hawks, un prédicateur escroc qui se fait passer pour aveugle. Agacé par l’imposture et la foi pervertie des gens qu’il rencontre, Hazel décide de fonder une secte nouvelle : l’Eglise sans Christ …

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    1979 - 108mns
    Titre original : Wise Blood
    Réalisation : John Huston
    Scénario : Benedict Fitzgerald et Michael Fitzgerald, d'après le roman éponyme de Flannery O'Connor
    Production : Kathy Fitzgerald, Michael Fitzgerald, Wolfgang Limmer et Hans Brockmann
    Musique : Alex North
    Photographie : Gerry Fisher
    Montage : Roberto Silvi
    Costumes et décors : Sally Fitzgeralda
    Avec:
    * Brad Dourif : Hazel Motes
    * John Huston : le grand-père
    * Dan Shor : Enoch Emory
    * Harry Dean Stanton : Asa Hawks
    * Amy Wright : Sabbath Lily
    * Mary Nell Santacroce : la propriétaire
    * Ned Beatty : Hoover Shoates
    * William Hickey : le pasteur
    * Dan Albright : le policier
AU-DESSOUS DU VOLCAN
SYNOPSIS
Geoffrey Firmin, ancien consul britannique au Mexique, sombre dans l'alcoolisme après que sa femme l'ait quitté. Quand celle-ci revient, prête à tout recommencer, elle trouve un homme différent, névrosé, impuissant et rancunier.
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    1984 - 112mns
    Titre original : Under the Volcano
    Réalisation : John Huston
    Scénario : Guy Gallo, d'après le roman éponyme de Malcolm Lowry
    Avec:
    * Albert Finney : Geoffrey Firmin
    * Jacqueline Bisset : Yvonne Firmin
    * Anthony Andrews : Hugh Firmin
    * Ignacio Lopez Tarso : Dr. Vigil
    * Katy Jurado : Senora Gregoria
    * James Villiers : Brit
    * Dawson Bray : Quincey
    * Carlos Riquelme : Bustamante
    * Jim McCarthy : Gringo



  • BONUS

    DVD1 / LE MALIN


    Notre avis: De l'émission télévisée Ciné Regards a été tiré un trop court entretien avec Huston, à l'occasion de la sortie du Malin, entrecoupé d'extraits du film. A côté de cela, Christian Viviani offre une pertinente analyse. Le critique présente Hazel Motes comme étant le "personnage hustonien le plus radical" et rappelle l'équilibre constamment recherché par le cinéaste entre classicisme et expérimentation. A propos de la sensation de décalage que ressent le spectateur du film, Viviani éclaire très bien le hiatus créé par l'insertion de personnages intemporels devant un arrière-plan moderne. ES

    . PREFACE DE PATRICK BRION (6 mn)
    .CINE REGARDS: LE MALIN DE JOHN HUSTON
    (11 mn)
    Extrait de l’émission Ciné Regards du 21 octobre 1979, un entretien rare et passionnant entre John Huston et Michel Ciment, critique, animateur au sein de la revue Positif et producteur à France Culture.

    .HAZEL, LE REVOLTÉ Hazel, le révolté (19 mn)
    Christian Viviani, critique à Positif et Maître de conférences à l’Université Paris I - Sorbonne, rappelle le goût de John Huston pour les personnages obstinés et hors normes dont fait partie Hazel Motes.
    . BANDE-ANNONCE




    DVD 2 / AU-DESSOUS DU VOLCAN

    Notre avis: Au cours d'un entretien avec Michel Ciment, réalisé au festival de Cannes 1984, John Huston parle des difficultés rencontrées avec ses scénaristes pour adapter le roman. Il explique sa vision du personnage du consul et fait l'éloge d'Albert Finney (et de Richard Burton, premier choix pour le rôle) au cours d'une conversation où sa vivacité d'esprit, à 78 ans, fait encore merveille. L'enregistrement sonore est adroitement illustré de photos et d'extraits du film.
    L'analyse de Serge Chauvin, plus thématique que formelle, éclaire sur les différences entre le roman et le film. Les plus importantes sont la suppression de l'un des quatre personnages principaux, l'accent mis sur les données politiques (plus allusives dans le livre) et la fin qui, chez Huston, ne manque pas d'une certaine grandeur. ES


    . PREFACE DE PATRICK BRION(7 mn)
    . CONVERSATION AVEC JOHN HUSTON(18 mn)
    Un entretien audio d’époque - mis en images - entre le réalisateur John Huston et Michel Ciment, critique, animateur au sein de la revue Positif et producteur à France Culture.
    . AU-DESSOUS DU VOLCAN: L'IVRESSE LUCIDE(21 mn)
    Serge Chauvin, Maître de conférences à l’Université Paris X, évoque l’appropriation personnelle que fait Huston du roman de Malcolm Lowry en donnant au héros une dimension tragique qui le place parmi les personnages "hustoniens" les plus fatalement lucides.
    . BANDE_ANNONCE


    DVD 3
    . NOTES SUR AU-DESSOUS DU VOLCAN (1984 – Couleurs – 59 mn)
    Un documentaire d’exception où le réalisateur Gary Conklin capte le travail de John Huston sur le tournage du film.

    Notre avis: Gary Conklin a assisté au tournage d'Au-dessous du volcan et en a tiré un documentaire. On nous présente rapidement les principaux artisans du film : du scénariste au monteur. Parsemé de quelques propos de John Huston, le document est assez passionnant quand il nous montre le cinéaste au travail, tournant semble-t-il dans l'ordre chronologique. L'homme apparaît malicieux, très concentré et rassurant avec ses acteurs, laissant par exemple Albert Finney donner le meilleur de lui-même. ES



  •  LES DVD
    3 DVD 9 - PAL - Zone 2 - Couleurs
    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Langue: anglais
    Sous-titres: français

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