)))  BROKEN FLOWERS
        
de Jim JARMUSCH                      

 

  • DOUBLE DVD
  • Voyage sentimental - 2005 - États-Unis - durée: 1h46 (+44' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 23 Mars 2006
    Éditions BAC Vidéo
  • Prix de vente conseillé : 22,99€

SYNOPSIS

Une lettre anonyme apprend à Don Johnston, un séducteur sur le retour, l’existence d’un fils de 20 ans. Pour découvrir l’identité de son fils, Don part à la rencontre de ses anciennes maîtresses...
POINT DE VUE

Si l’on excepte Coffee and Cigarettes, suite de saynètes tournées sur plusieurs années, Broken Flowers succède aux deux incursions de Jim Jarmush dans le film de genre, à savoir le western avec Dead Man et le film noir avec Ghost Dog. En regard de ces deux chef-d’œuvres, qui constituent à ce jour l’apogée du cinéaste, Broken Flowers pourra sembler mineur. En effet, alors que, dans ses précédents opus, Jarmush bouleversait son esthétique (Dead Man était inspiré par Edward S. Curtis qui photographia l’Ouest au début du siècle dernier, Ghost Dog revisitait la figure du samouraï par le rap et le polar), Broken Flowers emprunte un chemin très, et souvent trop, balisé. Du road movie (Stranger than Paradise) à la forme sérielle (Night on Earth), il n’y a rien là que Jarmush n’ait déjà expérimenté par le passé. De même, la retenue un rien affectée de la mise en scène, refusant tout effet ostentatoire, prend le risque d’une certaine morosité. Cependant, ces réserves émises, Broken Flowers ne cesse d’être un objet élégant, à l’image de son interprète, le lunaire Bill Murray.

Devenu star grâce à l’émission Saturday Night Live et à la série des Ghostbusters, Murray a connu une longue éclipse avant d’être redécouvert au début des années 2000, en particulier grâce aux films de Wes Anderson. Dans Rushmore, La Famille Tenenbaum et La Vie aquatique, l’acteur a imposé une forme très particulière de comique « cool », reposant sur de longs moments de stases ensommeillées. Son personnage de Broken Flowers s’inscrit lui-aussi dans un moment de vide existentiel, proche de celui qui saisissait le comédien déphasé de Lost in Translation de Sofia Coppola. Si le personnage part à la recherche des femmes de son passé, c’est autant pour retrouver son fils caché que pour mesurer la trace de sa propre existence.

Le nom du personnage, Don Johnston, l’indique : Broken Flowers est une variation sur le mythe de Don Juan. Au début de Broken Flowers, passe à la télévision un vieux film hollywoodien où Douglas Fairbanks interprète l’éternel séducteur. Dans l’extrait, il est question des premiers cheveux blancs du personnage qui signeront bientôt la fin de son pouvoir. Johnston connaît lui-aussi une douloureuse entrée dans la maturité, même s’il éprouve davantage l’angoisse de la solitude. De même, le décompte des maîtresses de Johnston fait écho à la fameuse « liste » du séducteur dans l’opéra de Mozart (bien que les 1003 femmes aient été drastiquement réduites à 5). Fidèle au mythe, le voyage de ce Don Juan américain se place sous le signe du désenchantement. Pourtant, la première étape débute sous les meilleurs auspices. Lorsque Don va frapper à la porte de Laura (Sharon Stone), c’est sa fille, une adolescente nommée Lolita, qui le reçoit. La jeune fille cumule tout les clichés de son prénom et, effrontément, ne tarde pas à se promener nue devant un « Humbert » Murray toujours imperturbable. Laura se montre heureuse de retrouver Don et les anciens amants passent la nuit ensemble. Pourtant, la facilité avec laquelle le passé reprend vie et se confond avec le fantasme, provoque une inquiétude diffuse. Ces femmes douces et irréelles, trop belles pour être vraies, représentent pour Don l’adieu aux plaisirs terrestres. Du reste, chaque maîtresse qu’il rencontrera par la suite apparaîtra comme le négatif de cette idyllique première rencontre. Le retour de Don sur son passé va peu à peu se dégrader, jusqu’à virer au cauchemar dans une campagne hostile peuplée de motards agressifs.

Ce voyage somnambulique rappelle bien sûr celui de Blake dans Dead Man, s’enfonçant dans le territoire des morts. Il faudra à Don, pour achever son parcours, se recueillir sur la tombe de sa dernière conquête, la seule à être décédée. Les fleurs roses qu’il apporte à ses maîtresses révèlent alors leur signification funèbres : elles étaient destinées à l’enterrement de sa jeunesse. Jarmush rejoint alors Fellini, l’autre grand cinéaste à avoir traité du donjuanisme dans son Casanova. Chez Fellini, le séducteur, à la fin de sa vie, entrait dans un territoire glacé, où, automate fardé et repoussant, il avait un mannequin articulé pour dernière partenaire. La voie qu’emprunte Jarmush n’est pas aussi tragique ni, malheureusement, aussi visionnaire. Rien ne vient briser la mélancolie douce dont le cinéaste est coutumier. Espérons toutefois que cette réflexion sur l’adieu aux vertes années ne constitue pas pour Jarmush le début d’une paisible retraite.




Stéphane Du Mesnildot

 

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 2005

    Sortie en salle : 7 Septembre 2005
    Réalisation
    : Jim Jarmusch
    Scénario : Jim Jarmush d’après une idée de Sara Driver

    Avec:
    Bill Murray : Don Johnston
    Julie Delpy : Sherry
    Sharon Stone : Laura
    Frances Conroy : Dora
    Jessica Lange : Carmen
    Tilda Swinton: Penny
    Brea Frazier : Rita
    Jeffrey Wright : Winston
    Alexis Dziena : Lolita Miller
    Chloë Sevigny : Carmen's Assistant

    Image : Frederick Elmes
    Montage: Jay Rabinowitz
    Musique: Mulatu Astatke
    Décors : Mark Friedberg
    Production : Jon Kilik, Ann Ruark, Stacey E. Smith
    Distribution: BAC Films

    Site officiel du film

  •  LE DVD
    2 DVD 9 - PAL - Zone 2 - couleurs - tous publics
    Durée du DVD1: 1h46
    Durée du DVD2: 0h44

    Image & Son :
    Ecran: 16/9ème Compatible 4/3
    Format : 2:35
    Son: dolby digital 5.1

    Langue:
    anglais
    Sous-titres:
    Français


  • BONUS  (0h44)

    * Entretien avec Jim Jarmush
    Entretien Laurent Marchi, réalisation Flores (30 mn)
    On trouve, dans la pièce où Jarmush est interviewé les accessoires de son film : bouteille de champagne, bouquets de fleurs, pétales éparpillés. De façon très élégante, le photogénique cinéaste est intégré à son univers. Jarmush revient sur la genèse de Broken Flowers et révèle que l’histoire du film lui a été offerte en cadeau par des amis. Il définit également Bill Murray comme un héritier de Buster Keaton et parle de son « beau visage mélancolique et malicieux. » SDM




    * Farmhouse – Behind the scenes
    Produit par A.B.L. (04 mn 16)
    Ce sympathique sujet tourné en super 8 noir et blanc et couleur est un « making of » de la rencontre entre Bill Murray et Tilda Swinton au cœur de l’Amérique profonde. On découvre la belle actrice loin des rôles éthérés et insolites qui ont fait sa réputation (le dernier en date étant celui de la reine des neiges des Chroniques de Narnia). La texture âpre de l’image Super 8 rappelle avec bonheur les première œuvres undergrounds du cinéaste. SDM



    * Girls on the Bus – scène alternative (01 mn 40)
    Les différentes prises de la scène ou des adolescentes dans un bus, un rien hystériques, manifestent leur intérêt pour un jeune garçon. Le supplément reposant sur l’improvisation des deux actrices, il est dommage qu’il ne soit pas sous-titré. SDM


    * Start to Finish – les prises ratées
    Produit par Jennifer Appel (07 mn 37)
    Les montages de scènes coupées ne sont en général guères passionnantes, Start to Finish déroge à la règle. L’essentiel du sujet est moins occupé par les prises ratées que par le montage allègre des claps de début de scènes, retraçant à toute allure le voyage de Don. Start to Finish nous permet en outre de retrouver le sympathique félin Ramon. SDM


    * The Greenhornes: Pattern Skies (clip) (02 mn 09)
    L’intérêt, autant musical que cinématographique, du clip du groupe Greenhornes n’apparaît pas déterminant. Que les Greenhornes soient des amis de Jack White des Whites Stripes explique peut-être leur présence sur le DVD. SDM



    * Les Bonus sont complétés par les bandes annonces U.S. et françaises.
INTERVIEW DE JIM JARMUSCH


Au générique de début, vous dédiez ce film à Jean Eustache, Pourquoi ?
J'avais aimé le film La Maman Et La Putain, c'est l'un des plus beau film sur l'incompréhension homme-femme. Puis j'avais sa photo sur mon bureau, et des que j'étais bloqué sur mon scénario ou que je perdais courage, il men redonnais. Enfin, si mon film fait connaître l'oeuvre de Jean Eustache à quelques personnes j'en serais très heureux.

Avez-vous écrit le rôle de Don pour Bill Murray ?
Oui, je voulais un rôle où il ne pourrait pas s'en remettre à son talent pour rendre n'importe quoi hilarant. Bill Murray a toujours montré un singulier mélange de malice et de mélancolie. Il a ça, et c'est très rare. Je crois que je voulais lui donner quelque chose qui puisse mettre un peu plus en valeur cet autre côté de son talent d'acteur. Il a aimé le scénario, et j'ai avancé sur cette base à partir de ses disponiblités de tournage.

Comment avez-vous travaillé avec les comédiennes ?

Les quatre acrtices principales ont reçu le scénario complet. A chacune j'ai demandé d'écrire une lettre, LA lettre, ce qui me permettrait de leur faire envisager la possibilité d'être effectivement la mère de cet enfant. Je voulais qu'elles entrent dans leur personnage par l'écriture. Au tournage, Jessica Lange semblait décidée à garder un certain cap pour son personnage. Sa lettre - ou plutôt celle de son personnage, Carmen - était vraiment drôle. Elle disait : "En aucune circonstance tu ne proféreras d'insultes ni ne commettras un acte brutal envers ce garçon s'il se présente".

Sharon Stone a apporté de très belles choses. Elle a eu l'idée qu'on la retrouve dans le lit blottie contre Don quand ils se réveillent. Elle a eu l'idée quand il repart, de lui baiser la main. Je sais que ce n'est qu'un petit détail, mais ils s'additionnent les uns avec les autres pendant le film, et ils ont retenu toute notre attention sur le tournage.

Qu'aimeriez-vous qu'on retienne du film ?
Ca ne m'interesse pas de faire la morale ou la leçon à qui que ce soit. Ce que je sais, c'est que je ne veux pas tirer le rideau à la fin du film et que tout se retrouve bien en place. Je souhaite que le personnage de Don reste à l'esprit des spectateurs pendant le générique de fin, je veux qu'il reste bien vivant dans leur mémoire. Les récits de fiction sont une distraction pour le public. C'est un moyen pour lui d'entrer dans un autre monde et d'observer des personnages se débattre dans ce monde et dans leurs relations entre eux.

(extraits du dossier de presse)

FILMO JIM JARMUSCH

Né à Akron,dans l'Ohio en 1953
Jim Jarmusch vit
et travaille à New York.

RÉALISATION
1980 / PERMANENT VACATION
1984 / STRANGER THAN PARADISE
1986 / DOWN BY LAW - SOUS LE COUP DE LA LOI
1989 / MYSTERY TRAIN
1991 / NIGHT ON EARTH - UNE NUIT SUR TERRE
1995 / DEAD MAN
1997 / YEAR OF THE HORSE
1999 / GHOST DOG :LA VOIE DU SAMOURAÏ
2003 / COFFEE AND CIGARETTES
2005 / BROKEN FLOWERS


 

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