|
||||
![]() |
||||
| SYNOPSIS |
||||
|
||||
| POINT DE VUE | ||||
|
Rejoignant
ces étrangetés distributrices dont la France a, de loin
en loin, le curieux secret, le dernier film de Mike Leigh est l'occasion
en outre pour cette même distribution de faire preuve d'un goût
plus que douteux dans sa ligne artistique, fonçant tête
baissée dans le côté le plus flashy du film pour
n'en soutirer qu'un réducteur (et agaçant) positivisme
béat et hystérique. La « curiosité » incriminée relève de ce procédé qui n'a de cesse de faire notre sourcil se dresser et qui consiste à renommer un titre anglophone par un autre demeurant anglophone mais apparemment moins pour faciliter la compréhension du spectateur français... John McNaughton avait ainsi pu voir chez nous autres (alors que, tout de même, nous connaissions les Troggs, non ?!) son Wild Things (1998) muter en Sexcrimes, et voilà que Mike Leigh doit acquiescer lorsque l'on fait de son Happy-Go-Lucky un péremptoire (et presque contresensique) Be Happy ! Amis cinéphiles, oui: la circonspection quant à la douteuse pratique est permise. Quant au goût incriminé, il suffit de voir l'épouvantable visuel français (comparé à l'anglo-saxon visible ici), enfoncé par une tagline (Adoptez la Poppy Attitude !) digne des pires heures de la publicité raviolesque et parachevé par un packaging frisant le débile et affadissant diablement la subtilité que le film parvient à instiller passée une mise en place (jusqu'au « cours de flamenco ») elle-même, reconnaissons-le, assez éprouvante dans l'hystérique bariolé et sonore. Car les torts ne sont pas le seul fait de la distribution française (les espagnols n'ont pas été mal non plus sur le sujet !), mais bien aussi par la méprise permise par le film (et le personnage) en lui-même. Les présentations faites avec l'institutrice azimutée, toujours à se marrer, faire de drôles de bruits et des grimaces en toutes occasions sont aussi pénibles que possible et notre prime réaction correspondrait, pour les plus mesurés d'entre nous, à l'hostile indifférence qu'elle provoque chez un libraire enbéreté pourtant apparemment cool, mais plus sûrement encore la démangeaison soudaine de lui décocher une paire de baffes bien senties. De nombreuses séquences, girlissimes, s'enchaînent ainsi, une presque demi-heure durant nous montrant la jeune femme « bien de son temps » (enfin elle danse sur Pulp quand même, pas sur les Kaiser Chiefs ou Mika...), dans différentes postures de trentenaire potache et infantile, qui boit, danse et prend tout à la dérision, avec force mimiques et ricanements inimitables, mais aussi dans un quotidien responsable d'enseignante inventive. Et une demi-heure de ce régime, que c'est long ! Car ce positivisme forcené qu'on peut retrouver, de manière souvent drôle et empathique, dans des séries télé très fréquentables telles Samantha Who ? ou Being Erica, est ici réduit à un étalage agressif, une débauche d'énergie telle que nous excluant longtemps du propos. Longtemps et longtemps seulement car arrive enfin une série de produits de contraste, rendant la démarche plus supportable. Une série d'événements, de rencontres, de situations, qui un à un rendent les choses plus subtiles (même si c'est de manière plus subtile encore que semble s'enrichir (se calmer ?) la barge Poppy). La plus symbolique de toutes est évidemment la leçon de conduite que l'héroïne prend avec Scott, le moniteur névrosé, taxidriveresque, que campe un Eddie Marsan génial (on le néglige un peu trop par faute de la performance de Sally Hawkins), véritable double noir et maléfique de la jeune femme, et qui ne manque pas pourtant, au coeur d'un tissu délirant de récriminations paranoïaques et atrabilaires, de pointer toute la limite de la Poppy Attitude: à vous amuser en conduisant, vous mourrez en riant. Mais le cours de flamenco féministe (et sa réjouissante prof rongée par la jalousie), la séance de chiropractie, aussi sensuelle, angoissante que riche de sens (et si toute cette euphorie n'était que le fait bassement biologique d'une vertèbre déplacée (on est là autant chez le Woody Allen de Tout le Monde dit I Love You que chez le Dr House !)), les séances de psychologue scolaire dévoilant le drame domestique et familial, la sereine rencontre avec un clochard céleste et nocturne, le week-end familial attisant les reproches, les remords, les regrets et appelant les procès de mode de vie,... tous ces épisodes sont autant de coups de canif à la panoplie joyeuse de Poppy, nombre de petites agressions et mesquineries quotidiennes qui ne semblent pas trop lui entamer le cuir mais qui font pourtant insidieusement mouche, fatalement (l'acmé étant atteinte lorsque le moniteur d'auto-école, fulminant de jalousie, pète un plomb), comme elles le font au « héros » dans toute quête initiatique... les plumes de canards de la jeune londonienne restent colorées et lumineuses, mais l'eau chaque jour, glisse un peu moins dessus... ... et cette farouche résistance rose n'en demeure pas moins une forme d'agression pour les grincheux que nous sommes - ou sommes contraints d'être - quotidiennement, y compris en tant que spectateur ! Le film ne manque pas au passage (il pourrait même être réduit à ça par les plus pressés !) de proposer un portrait néo-Austenien de femme (femme 2.0 ?) qui aurait retenu le conseil d'un Eric Idle en croix (in La Vie de Brian): always look on the bright side of life... Sorte d'hybride né de Norma Winston/Audrey Hepburn à accent cockney, espiègle, malicieuse, naughty, compatissante, taquine, extravagante, pleine d'allégresse, légère, drôle, inconséquente, négligée, mais aussi concentrée, ouverte, généreuse, compréhensive (le dialogue à trois sur les situations parentales des élèves), attentionnée, à l'écoute de tous et nimbée d'une philosophie que ne renieraient pas les Laughing Buddhas... Et à ces différents titres, on aura tôt fait de voir dans cet Happy-Go-Lucky, le négatif « positif » du culte Naked. Cette mise en perspective sera largement permise. Et plus permise encore sera l'assurance d'avoir affaire ici avec un film de Mike Leigh. Dans toute sa riante splendeur. Jocelyn Manchec |
|
|||
| FICHE TECHNIQUE | ||||
|
||||
|
||||
|
||||
| °°°°° | ||||