)))  HUNGER
         de Steve MC QUEEN

 

  • Drame politique - 2008 - 1H40 - Royaume-Uni - DOUBLE DVD
  • Sortie à la Vente en DVD le 11 Juin 2009
  • Éditions MK2
SYNOPSIS
Prison de Maze, Irlande du Nord, 1981. Raymond Lohan est surveillant, affecté au sinistre Quartier H où sont incarcérés les prisonniers politiques de l'IRA qui ont entamé le "Blanket and No-Wash Protest" pour témoigner leur colère. Détenus et gardiens y vivent un véritable enfer. Le jeune Davey Gillen vient d'être incarcéré. Il refuse catégoriquement de porter l'uniforme réglementaire car il ne se considère pas comme un criminel de droit commun. Rejoignant le mouvement du Blanket Protest, il partage une cellule répugnante avec Gerry Campbell, autre détenu politique, qui lui montre comment passer des articles en contrebande et communiquer avec le monde extérieur grâce au leader Bobby Sands qu'ils croisent lors de la messe dominicale. Lorsque la direction de la prison propose aux détenus des vêtements civils, une émeute éclate. Au cours des échauffourées, les prisonniers détruisent les cellules neuves où ils avaient été installés. La rébellion est matée dans le sang. La violence fait tache d'huile et plus aucun gardien de prison n 'est désormais en sécurité. Raymond Lohan est abattu d'une balle dans la tête. Bobby Sands s'entretient alors avec le père Dominic Moran. Il lui annonce qu'il s'apprête à entamer une nouvelle grève de la faim afin d'obtenir un statut à part pour les prisonniers politiques de l'IRA. La conversation s'enflamme. Malgré les objections du prêtre, qui s'interroge sur la finalité d'une telle initiative, Bobby est déterminé : la grève de la faim aura lieu...



 

POINT DE VUE

Pour son premier long métrage, le célèbre plasticien Steve McQueen a choisi de s’attaquer à un sujet fort en immergeant le spectateur dans l’univers carcéral des détenus membres de l’IRA au moment où la répression anglaise fut la plus violente (en 1981, sous la peu regrettée Margaret Thatcher). Réclamant le statut de prisonniers politiques, ces hommes refusèrent de porter l’uniforme des droits communs et entamèrent une grève de l’hygiène. Par la suite, Hunger se recentrera autour de la personnalité de Bobby Sands, membre de l’IRA mort après une grève de la faim de 66 jours…


Le cinéma à l’estomac.
La première chose qui frappe en découvrant Hunger, c’est la prodigieuse maîtrise du cinéaste. Construit en trois parties distinctes, le film témoigne aussi bien d’une véritable inventivité dans la narration (le personnage principal n’apparaît qu’au bout du premier tiers du film) que d’un vrai talent dans la mise en scène (plans tirés au couteau, rigueur du cadre, etc.). Plutôt que de nous livrer un quelconque pensum sur la guerre entre Irlandais et Anglais, Steve McQueen élude toute dimension psychologique, sociologique ou politique pour nous plonger physiquement dans l’enfer carcéral que vivent ces prisonniers. Autant prévenir tout de suite : le choc est rude et l’on songe d’emblée à un film comme Salò de Pasolini tant le cinéaste va loin dans la représentation de l’horreur. La référence n’est d’ailleurs pas anodine : on retrouve chez le cinéaste britannique le même sens du rituel que chez Pasolini (le gardien de prison qui plonge dans un lavabo ses mains écorchées par les coups qu’il vient d’asséner) et une même capacité à aller au bout dans la représentation de la négation la plus totale de la personne humaine.

Hunger
est un film qui prend aux tripes dès la première minute et qui impose sa vision viscérale des choses sans laisser le moindre répit au spectateur. Nous sommes dans un cinéma de l’intimidation, qui ne laisse aucun moyen de fuite ou même de réflexion (notons déjà la différence avec Pasolini qui reste toujours dans la distance).

Dans un premier temps, ce parti pris radical n’est pas encore trop gênant dans la mesure où il s’inscrit dans une réflexion sur la violence et le corps. Que reste-t-il lorsqu’on a dépouillé l’homme de tous ses droits les plus élémentaires ? Le corps. Ces corps dénudés, bafoués, battus, torturés mais qui résistent quand même. Lorsque le système carcéral tente d’annihiler les personnalités, le corps reste le dernier rempart pour exprimer son individualité et pour lutter. McQueen filme alors ces cas extrêmes où les détenus badigeonnent les murs de leurs cellules avec leurs excréments et renversent leurs seaux d’urine dans les couloirs, comme s’il s’agissait là du dernier moyen pour eux de laisser une « trace », de se sentir en vie.

Paradoxalement, ce que le film a d’extrêmement physique se traduit à l’écran par une tentation « plasticienne », où même les pires rogatons imaginables deviennent les éléments d’une composition parfaitement maîtrisée. Cette maîtrise, elle s’affirme dans le deuxième mouvement du film, à la fois coup de force cinématographique et limite (à mon sens) du projet de Steve McQueen.

Dialogue entre un prêtre et un moribond.

Au tiers du film (en gros), le personnage de Bobby Sands prend le devant de la scène et discute de son projet de grève de la faim avec un prêtre. La séquence est tout de suite devenue mythique dans la mesure où elle dure 22 minutes et qu’elle commence par un plan-séquence fixe de 17 minutes. L’excellence de l’interprétation des deux comédiens et le contrepoint rythmique qu’apporte le passage après une première partie éprouvante oblige le spectateur à admirer une fois de plus un véritable talent de cinéaste. Pourtant, quelque chose gêne (m’a gêné, devrais-je dire plus honnêtement) dans ce passage et cela a rapport une fois de plus avec cette question de la maîtrise. Car derrière ce dialogue, on sent à chaque fois l’intention du cinéaste : la théorie après l’épreuve physique, la réflexion après l’immersion… Et on réalise alors que tout Hunger est construit selon un principe de verrouillage (sans mauvais jeu de mots) total de son propre système, même lorsqu’il fait mine d’épouser les différents points de vue (le gardien de prison qui pleure lorsqu’il voit ses collègues frapper violemment les détenus irlandais, l’horreur de l’exécution d’un autre gardien par un membre de l’IRA…). Chez McQueen, la nuance n’en est pas vraiment une puisqu’elle est préparée, assénée et imposée au spectateur comme tout le reste.


Il faut que le spectateur puisse ingurgiter ce qu’il vient d’entendre ? Soit ! On placera alors juste après un long plan-séquence où un agent d’entretien nettoie le couloir plein d’urine au détergent (séquence assez impressionnante –une fois de plus- d’un point de vue plastique mais qui, pour moi, n’a rien à voir avec du cinéma tant elle n’offre aucun échappatoire au spectateur). Mais jamais le cinéaste n’offrira une bouffée d’air à son spectateur, une petite place où il pourrait prendre le recul nécessaire face à ce genre de sujet. Ne reste plus alors qu’à attendre l’inéluctable…


De la pornographie…
La troisième et dernière partie du film est consacrée à l’agonie de Bobby Sands. Là encore, le premier mot qui vient à l’esprit est celui de « performance » : performance de l’acteur Michael Fassbender qui a énormément maigri pour le rôle, performance du cinéaste qui tente d’aller le plus loin possible dans la représentation de la « mort au travail » (côtes qui traversent la peau, escarres sanguinolentes, évanouissements…). Pourtant, et peut-être encore plus que dans les deux parties précédentes, quelque chose finit vraiment par déranger dans ce contrôle absolu qu’exerce McQueen sur son public. Et quitte à faire pousser des cris d’orfraies aux zélateurs du plasticien/cinéaste, il y a quelque chose de quasiment « pornographique » dans la dernière partie d’Hunger. Il ne s’agit évidemment pas de considérations morales mais de constater qu’il n’y a plus ici qu’une simple vérification optique d’un phénomène « anatomique » (pardonnez les termes un peu triviaux). Comme le cinéma X affirme sa légitimité en arguant de sa « véracité » (vous pouvez vérifier : les organes fonctionnent), McQueen nous force à adhérer au « réalisme » de son film en montrant (parfois en gros plans) la décomposition du corps de Bobby Sands. Il produit un cinéma purement tautologique où l’image ne dit rien d’autre que ce qu’elle montre et qu’elle assène lourdement à un spectateur soumis à sa toute-puissance « réaliste » (il faudrait des pages pour tenter d’ailleurs de cerner cette question du « réalisme » mais ça n’est décidément pas l’objet de cette chronique). Comme la « tautologie pornographique » annihile tout sentiment, tout désir, toute pensée et rend ennuyeux à mourir 99% des films X, cette « tautologie doloriste » empêche toute identification avec le personnage et n’offre aucun recul pour une quelconque empathie.

Du coup, le spectateur sort un peu groggy de cette épreuve qu’est Hunger : à la fois persuadé que Steve McQueen a un grand talent mais agacé que ce talent finisse par se retourner contre lui dans la mesure où il n’est utilisé que pour nous intimider et nous assommer à coup d’images chocs…


Vincent Roussel


 

 

 

 

FICHE TECHNIQUE

 

  • LE FILM

Caméra d'or au Festival de Cannes 2008
Prix de la critique internationale (Fédération internationale de la presse cinématographique Fipresci)
Bafta 2009 : Prix spécial pour un réalisateur, scénariste ou producteur anglais pour son premier film pour Steve Mc Queen

Réalisation: Steve McQueen
Scénario: Enda Walsh & Steve McQueen
Montage : Joe Walker
Directeur de la Photographie :Sean Bobbitt, BSC
Production : Laura Hastings-Smith, Robin Gutch

Casting:
* Michael Fassbender : Bobby Sands
* Liam Cunningham : prêtre
* Stuart Graham : Ray Lohan
* Liam McMahon : Gerry
* Lalor Roddy : William
* Laine Megaw : Mrs. Lohan
* Helena Bereen : la mère de Ray
* Aaron Goldring : l'ami d'enfance de Bobby


  • FICHE TECHNIQUE
    1 DVD 9 et 1 DVD 5 - PAL - Zone 2 - Durée du film :92’- Durée du DVD 1 : 99’ -Durée du DVD 2 : 161’
    Format image : 2.35 - Format vidéo : 16/9 - Format audio :VO 5.1 et VF - Menus et sous-titres :français

     


  • BONUS / DVD 2

    - Préface, par Philippe Azoury - 5'
    - Scènes commentées, par Philippe Azoury - 22'
    - Entretien avec Steve Mcqueen (réalisateur) - 36'
    - Entretien avec Michael Fassbender (acteur) - 35'
    - Entretien avec Robin Gutch (producteur) - 29'
    - Entretien avec Laura Hastings-smith (productrice) - 26'
    - Making of -13'
    - Bande Annonce

    Notre avis : Pour être tout à fait franc, le film ne pousse pas réellement à se jeter sur des bonus par ailleurs fort conventionnels. Mis à part la préface et les scènes commentées par un Philippe Azoury souvent assez inspiré, ce n’est que du très classique : un making-of et des entretiens avec les principaux acteurs du projet (réalisateur, comédien, producteurs…). On retiendra surtout l’interview de Steve McQueen où le cinéaste explique assez bien ses parti pris esthétiques (même si je les conteste par ailleurs) et qui parle de son émotion à reconstituer cet univers carcéral terrible (« on dansait avec des fantômes » dit-il assez joliment). L’entretien avec Fassbender est plus anecdotique (il est évidemment question de son régime) et l’unanimisme de ce genre de bonus finit un peu par lasser… VR
 


ENTRETIEN AVEC STEVE MC QUEEN

Pourquoi avez-vous choisi de faire un film sur cette période de l'histoire aujourd'hui ?

Alors que je me creusais la tête depuis des mois pour trouver un sujet de long métrage, et que j'observais ce qui se passait autour de moi, je me suis soudain intéressé à la figure de Bobby Sands. Quand j'étais gamin au début des années 80 (j'avais 11 ou 12 ans), il y a trois événements qui m'ont marqué : les émeutes de Brixton, la victoire de Tottenham en Coupe d'Angleterre (ce qui était formidable) et l'affaire Bobby Sands. On le voyait presque tous les soirs à la télé, avec un numéro qui s'inscrivait sous son visage, et cette image ne m'a pas quitté... il m'avait impressionné par la force de son engagement et de son combat, allant jusqu'à mourir d'une grève de la faim. C'est en me remémorant tout cela que j'ai eu envie d'en savoir plus sur lui et que je me suis dit que cela ferait un sujet de film très fort. J'ai cette image dans la tête d'un enfant qui refuse de manger. Sa mère lui dit qu'il ne peut pas quitter la table avant d'avoir fini son repas. Pour cet enfant, à ce moment-là précis, dans un monde dont les lois sont fixées par ses parents, refuser de manger est la seule manière de ne pas se laisser faire. Lorsque Jan Youghusband de Channel 4 m'a contacté début 2003, il n'y avait pas encore de guerre en Irak, de Guantanamo Bay, de prison d'Abu Graib, mais au fil du temps les parallèles entre les deux époques sont devenus évidents. L'histoire se répète, la plupart des gens ont la mémoire courte, et il faut se rappeler que ce genre d'événements se sont produits en Grande-Bretagne.

Comment s'est passé le travail de recherche et d'écriture avec Enda Walsh ?
C'est la première fois que j'écrivais un scénario et je voulais donc travailler encollaboration avec quelqu'un. Mais je ne voulais pas d'un scénariste en tant que tel car j'avais l'impression que cela ne convenait pas à ce type de film. Quand j'ai rencontré Enda Walsh, l'alchimie a immédiatement fonctionné : j'avais le sentiment d'avoir trouvé mon alter ego. C'est un dramaturge, mais c'est aussi un artiste. Nous avons fait pas mal de lectures et de recherches avant de nous rendre en Irlande du Nord. Mes entretiens avec d'anciens détenus et surveillants de prison du Maze, et avec des prêtres qui rendaient visite aux prisonniers, resteront comme l'expérience la plus marquante de ma vie sur le plan émotionnel. Quand on est rentrés à Londres, je crois qu'on ne s'est pas reparlé pendant deux semaines, pour nous remettre de cette expérience. Je voulais savoir l'impression que ça faisait de se retrouver dans le Maze à cette époque, je voulais donner à voir ce qu'on ne trouve pas dans les manuels d'histoire. Je voulais que la première partie du film donne l'impression qu'on entre dans une pièce et qu'on éteint la lumière pour se repérer au toucher : on s'imprègne de l'architecture et de la topographie du lieu. Au départ, je ne voulais aucun dialogue. Les dialogues sont souvent là pour remplir le vide, et ils ont tendance à détourner l'attention du spectateur de ce qui se passe vraiment. A l'inverse, je voulais qu'on ressente l'atmosphère qui régnait là-bas à cette époque. J'avais envie, en quelque sorte, de créer un effet de loupe et d'isoler ces éléments du reste – comme sur une photo noir et blanc où on distingue mieux l'architecture et la forme des objets. Et puis, je me suis dit qu'après ce long moment sans dialogue, il faudrait une avalanche de dialogues. Un affrontement, un débat, un peu comme une finale haletante de Wimbledon entre Jimmy Connors et John McEnroe ou un duel Frazer-Ali. On ne sait pas de quel côté se ranger. La victoire de l'un ou de l'autre n'est pas clairement établie. Dans Hunger cela correspond à la scène entre Bobby Sands et le prêtre. Certains pensent que Bobby avait tort – c'était un terroriste – et d'autres estiment qu'il avait raison – c'était un martyr – et je voulais que le spectateur puisse peser le pour et le contre. Quand on frotte deux pierres l'une contre l'autre, elle produisent des étincelles et du feu. C'est ainsi que je voudrais qu'on médite sur cette situation. Je voulais que les esprits s'échauffent pendant que Bobby et le prêtre se jaugent mutuellement. Il y a alors une rivalité qui s'installe entre eux. Et puis, c'est le choc quand Bobby annonce qu'il va entamer une grève de la faim. On pourrait comparer cette conversation à un match de tennis ou de boxe. Quand votre adversaire vous frappe, comment ménagez-vous vos ressources ? Comment réussissez-vous à vous reposer ? Votre adversaire fonce, puis vous foncez à votre tour. C'est une pure question de tactique. J'en ai parlé à Enda et il a eu l'idée formidable du poulain. C'est un peu comme en jazz, où à partir d'un thème musical, les musiciens improvisent librement.

Vous avez tourné en Irlande du Nord...

Au départ, on voulait tourner à l'intérieur du Quartier H, mais c'était impossible. Pour autant, il était crucial qu'on tourne en Irlande du Nord, et qu'on travaille avec des comédiens et des techniciens du coin. On s'est rendu compte que beaucoup de gens avaient été touchés par cette histoire et qu'ils se souvenaient tous de ce qu'ils faisaient quand Bobby Sands est mort et pendant sa grève de la faim. Ils étaient tous liés, de près ou de loin, à ces événements. Parmi les plus jeunes de l'équipe, beaucoup avaient entendu parler des histoires de leurs parents, oncles et tantes, et ils se retrouvaient à jouer les rôles que des membres de leur famille avaient vraiment vécus – qu'il s'agisse des gardiens de prisons, des visiteurs faisant passer des informations aux détenus ou des prisonniers du Quartier H. Ce film marquait de grandes retrouvailles.

Comment s'est passé le travail avec les comédiens ?

Je n'avais jamais dirigé d'acteurs auparavant, mais je me suis dit qu'il valait mieux être franc avec eux, même si je crois que ça les a un peu déstabilisés. Je me dis toujours que si on montre qu'on prend des risques, les gens sont prêts à en faire plus. Liam Cunningham et Michael Fassbender me font un peu penser à Keith Richards et Mick Jagger. Ils se sont rencontrés à Belfast pour la première fois, mais ils sont devenus inséparables. Je crois qu'au début, pendant les répétitions, ils me testaient... car c'était mon premier film. Mais il fallait qu'on aille au fond des choses, et je me suis parfois surpris à devenir agressif avec eux, mais c'était pour les pousser dans leurs retranchements et pour qu'ils se concentrent. On a répété pendant quelques jours et c'était vraiment jouissif... et en même temps, je voulais qu'on garde les pieds sur terre car il n'était pas question qu'on prenne de la hauteur tant qu'on ne tournait pas... Avant qu'on ne dise 'Moteur', je leur ai expliqué que c'était sans doute la seule fois de leur carrière où ils allaient pouvoir tourner une prise de 22 minutes ! Les enjeux étaient importants pour nous – de même que les enjeux étaient importants pour les protagonistes de l'époque – et c'était le moment de tourner la scène. C'est dans ces moments-là que la magie opère. A un moment donné, j'ai demandé à tout le monde de quitter le plateau, sauf Liam et Michael. Je leur ai dit de "sortir d'eux-mêmes" car j'ai compris qu'ils étaient capables de se dépasser. Ils étaient parvenus à créer un monde à part et, quoi qu'ils fassent, cela serait bien. Je leur ai dit "vous y êtes, vous vous êtes appropriés le lieu" et je crois que cela leur a permis de jouer sans retenue, sans réfléchir. Toute l'équipe est revenue sur le plateau et on a tourné la scène sans attendre.

Dans le film, la violence côtoie la beauté...

Quand on regarde un tableau de Velasquez ou de Goya, on est stupéfait par la composition qui suscite à la fois attirance et interrogation. Ce qui semble attirant peut aussi provoquer de la répugnance. On a tourné en 35 mm/2 perfs, format 2:35:1, ce qui crée toujours un rapport entre deux éléments au sein du plan et qui, du coup, raconte une histoire.

Quelle réaction souhaitiez-vous susciter avec le film ?

Il y a pas mal d'événements qui se passent dans le monde à l'heure actuelle, en Irak, en Afghanistan, au Soudan... mais j'avais envie de parler de mon pays, de l'Angleterre, de ce qui s'est passé ici même. J'ai fait des films au Congo, je suis allé en Irak – j'y étais en tant qu' "artiste de guerre" –, mais ce qui m'intéresse, c'est ce qui se passe tout près de chez moi. Nous avons réalisé un film de réflexion qui parle de nos choix et de notre passé, de notre regard sur nous-mêmes en tant que nation, de ce que nous avons fait. Du coup, j'espère que les discussions qui suivront la projection du film porteront sur notre identité. Je voudrais que l'écran nous tende un gigantesque miroir : en regardant l'écran, on se regarde soi-même. Je pense que le cinéma peut dépasser le simple divertissement. En faisant du cinéma, je me dis qu'on n'a rien à perdre et qu'il faut prendre des risques. Si le film déstabilise le spectateur, et que celui-ci se laisse aller ne serait-ce qu'un moment, alors on aura gagné.

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(extrait du dossier de presse)