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Nanni
Moretti est de la famille des « chefs d’orchestre qui
dirigent depuis l’intérieur », c’est-à-dire
des réalisateurs qui sont également les acteurs principaux
de leurs propres films. Mais en se donnant les rôles d’un
professeur dans Bianca (1984) et d’un prêtre dans
La messe est finie (1985), il s’arroge la place de celui
qui pour parvenir à livrer un discours aux autres, doit faire
avec une assemblée parfois récalcitrante : une classe
dissipée comme des fidèles disséminés…
mais tout aussi des spectateurs de qui il exige la plus grande attention. Pour Nanni Moretti, ces deux films viennent après une première reconnaissance (Sogni d’Oro, Prix spécial du jury à Venise en 1981) et marquent une légère inflexion dans la progression de son œuvre. C’est Nanni lui-même qui l’affirme. Ses trois premiers films (Je suis un autarcique en 1976, Ecce bombo en 1978, Sogni d’oro en 1981) étaient « à structure horizontale », en gros des autoportraits – manifestes centrés autour de sa propre personne. À partir de Bianca, il décide de passer « à une structure verticale », c’est-à-dire à des films plus scénarisés et où l’auto-portait en filigrane révèle aussi une peinture de groupe. Connaissant aujourd’hui la direction prise par la filmographie de Moretti, on pourrait dire que ce mouvement « partir de moi pour parler des autres » n’a cessé de s’intéresser à des groupes de plus en plus complexes et importants, jusqu’à figurer la société italienne dans son entier, notamment avec ses deux coups de maître : Palombella Rossa (1989) et Le Caïman (2006). Mais revenons à ces deux titres du milieu des années 80. Quel point commun entre le professeur de Bianca et le prêtre de La messe est finie ? Ils observent beaucoup (jusqu’à la limite du voyeurisme pathologique pour le prof de Bianca) et paraissent plus intéressés par la vie des autres que par les leurs propres. Mais, en même temps, ils ne sont pas de simples spectateurs et leur observation argumentée est déjà action. Ils n’agissent que par la parole, une parole moraliste (mais pas moralisatrice) quitte à être parfois intrusive. Je suis un autarcique nous avait prévenu Moretti dès son premier film, mais le générique de La Messe est finie nous indique un changement de credo : Nanni Moretti plonge dans la mer pour quitter son île. Somme toute, c’est bien beau de regarder, mais il va bien falloir se jeter à l’eau. En somme, ces deux films ne parlent que de ça : comment trouver un accord entre soi et les autres ? Jusqu’à quel point observer, donner son avis, intervenir ? Où commence la société ? Le bien du groupe s’accorde-t-il avec le bien individuel ? S’il y a bien un cinéaste chez lequel « l’homme est un animal politique », c’est bien Nanni Moretti. Pour autant, si les deux films agitent les mêmes questions, ils les font apparaître à travers deux fictions d’aspects bien différents. Bianca assume une scénarisation plus charpentée que les précédents opus morettiens. De fait, il propose un mélange des genres audacieux : un mixte d’étude de mœurs, d’histoire d’amour et d’intrigue policière. Trois genres entremêlés qui correspondent à trois temps du récit, mais surtout à une juxtaposition assez inattendue de trois tons, plutôt trois humeurs. La satire douceâtre (Nanni – Michele enseigne au lycée Marylin Monroe, tout un programme) et plutôt enjouée vire à l’humour noir pour, au final, déboucher sur une amère mélancolie plutôt inconfortable. Humeur mélancolique que l’on retrouve à l’œuvre dès l’ouverture de La messe est finie, film qui pourrait, quant à lui, se rattacher au récit initiatique… mais à l’envers. Il ne s’agit pas tant de conquérir que d’apprendre à vivre avec sa part dépressive. Endosser les habits du prêtre dans La messe est finie, c’est un peu jouer le confesseur et le psychanalyste de la société italienne. De fait, pour un Moretti qui vit le cinéma comme un sacerdoce, il y a fort à parier que l’Eglise plongée dans le marasme qu’il peint en ce milieu des années 80 ressemble comme une sœur au cinéma italien de la même époque. Fin de cycle glorieux, passage de relais douloureux voire inexistant, vieilles gloires affaiblies, crises des vocations, faillite des engagements, le contexte est à la gueule de bois généralisée. Moretti – Don Giulio semble être le dernier à y croire, le dernier à s’efforcer de donner forme à une parole intelligible, mais en face de lui…. qui semble prêt à l’entendre ? Exigence de Moretti envers les autres qui n’a d’égale que l’exigence que Moretti porte dans ses propres mots. Exigence qui crée parfois de la solitude, de l’isolement et partant de la douleur, mais au final, une exigence qu’on n’abandonnerait pour rien au monde, tant elle est garante d’un échange prometteur. Tout cela serait bien théorique et verbeux sans le recours constant de Moretti à de discrètes figures burlesques où il met en jeu son propre corps. De là naissent d’inattendues connotations. Les coups que reçoit le prêtre de La messe est finie sont-ils ainsi les épreuves d’un dérisoire chemin de croix en miniature ? Plutôt que la symbolique, nous pouvons plutôt y voir un certain art du funambulisme où la parole est relayée par le corps en action, un corps qui, quoi que traversé par l’humour noir et l’amertume inquiète, lutte, vaille que vaille, pour maintenir l’équilibre : entre lui et les autres, entre la légèreté et la gravité, entre la lutte incessante contre la résignation du présent et la construction d’un nouveau dialogue à venir. Mens sana in corpore sano. C’est tous les jours que, par le biais du cinéma, ce cher Nanni entretient son corps comme son exigeant esprit civique et critique. Joachim Lepastier |
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BIANCA
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| SYNOPSIS |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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| LA
MESSE EST FINIE
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| SYNOPSIS | ||||
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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