)))  MONDOVINO, LA SAGA DU VIN
     
(la série en 10 films)


        
de Jonathan NOSSITER                   

 
 
  • Documentaire oenologue - 2004 - États-Unis - durée: 10 x 1h
  • Sortie à la Vente en DVD le 21 Septembre 2006 - 4 DVD
  • Diaphana Edition Vidéo
  • Prix de vente conseillé : 39,99 €

SYNOPSIS

De la jungle brésilienne aux ruelles de Brooklyn, des Pyrénées aux palazzi aristocrates florentins, une quête unit les rêves des riches et des pauvres, des natifs et des immigrants : la transformation magique du raisin en vin.
Tourné dans différents pays, Mondovino met en scène les conflits de succession allant des tout-puissants Mondavis de Napa (Californie), aux trois générations des Montille en Bourgogne qui se battent (autant chez eux qu’à l’extérieur) pour défendre les quelques hectares de terre ancestrale. Le film suit le parcours d’un célèbre œnologue bordelais portant allègrement la bonne parole de la modernité aux grands d’Italie, en passant par Napa et l’Argentine.
Le vin a été un symbole de la civilisation occidentale depuis des millénaires. Mais aujourd’hui, le vin est l’enjeu de luttes d’argent et de gloire.

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POINT DE VUE

Sorti en 2003, le montage du long-métrage Mondovino s’était stabilisé autour de 160 minutes pour sa sortie en salle. Trois ans plus tard nous parvient ce que l’on pourrait appeler une « version longue » (ou plutôt une « version très longue ») du film : 600 minutes, découpées sous la forme d’un feuilleton documentaire en 10 parties. À la vue des premiers épisodes, une évidence nous saute aux yeux : Nossiter nous avait bel et bien présenté lors de sa sortie en salle un film sommaire, atrophié.
Visionner aujourd’hui cette série nous donne l’agréable sensation d’assister à une projection privée des rushes du film. Vous ne vous intéressez pas au vin ? Pas grave, Nossiter sait comment s’y prendre pour vous intéresser à un film, quel que soit son sujet.

Ce qui fait l’intelligence de Mondovino, c’est sa finesse d’observation, sa capacité à dépasser les formes actuelles de documentaires dits «engagés» récemment vus, qu’ils soient réalisto-pessimistes (Le Cauchemar de Darwin), ou critico-divertissants (Michael Moore et ses clones).
Ici, pas de grands discours sur la mondialisation, pas de manichéisme non plus. La mondialisation n’en est pas moins au cœur du film. Cependant, le sujet se dévoile petit à petit, parfois en filigrane, au cours des conversations, des voyages, des rencontres. Tourné aux quatre coins du monde (France, USA, Italie, Amérique Latine, etc.), le film lui-même se déploie sur les chemins tracés par cette mondialisation tant montrée du doigt. Une mondialisation qui dit rarement son nom, mais qui est pourtant effective dans le discours de chaque producteur de vin, de chaque directeur ou responsable des grandes sociétés productrices. Dans ce milieu, de l’un à l’autre bout du monde, tout le monde se connaît, personne ne semble ignorer l’existence de l’autre. Qu'ils soient artisan ou directeur d’empires vinicoles, Nossiter ne cherche jamais à piéger les gens (une spécialité de ce «nouveau cinéma documentaire Américain»), chacun a droit à un traitement égal. Pas besoin d’artifices, le nombre d’interviews et d’interviewés est tellement gigantesque que les contradictions, les mensonges, les non-dits remontent à la surface tout seuls. Une façon pour Nossiter de tenir un discours critique sans avoir recours à la force.
Cependant, le plus intéressant dans la transformation du film Mondovino en mini série demeure dans la forme que chaque épisode finit par prendre. En effet, si le long-métrage reflétait une assez grande cohérence formelle, chaque épisode semble ici s’attribuer son propre style. Parfois proche de Strip-Tease (satire documentaire télévisuelle franco-belge), parfois proche des feuilletons-documentaires d’Arte, parfois proche du docu-vérité ancienne école, on est vite étonné par la capacité de ces images documentaires à se métamorphoser en images feuilletonesques parfaitement adaptées au format du petit écran.
Preuve en est que l’image ne porte jamais en elle son essence, mais que c’est la façon dont elle est agencée dans un flot d’images plus vaste qui va définir son identité.

Fabien Thévenot

FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM

    Sortie en salles le 3 Novembre 2004 (version courte)

    Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2004

    Réalisation, photo, montage : Jonathan Nossiter
    Producteur associé, son, caméra additionnelle : Juan Pittaluga
    Assistant réalisateur, producteur associé : Laurent Gorse
    Une production de Goatworks Films & Les Films de la Croisade
    Producteurs : Emmanuel Giraud & Jonathan Nossiter
    Producteur exécutif : Catherine Hannoun
    Distributeur : Diaphana


    Intervenants :
    Yvonne Hegoburu - Jurançon, France
    Battista & Lina Columbu - Sardegna, Italy
    Michel Rolland, Pomerol - Bordeaux
    Aimé Guibert - Aniane, France
    Famille Mondavi - Napa, California
    Famille Montille - Volnay, Burgundy
    Robert Parker - Monkton, Maryland
    Aubert de Villaine - Romanée-Conti, Burgundy
    Bill Harlan - Napa, California
    Patrick Léon - Château Mouton-Rothschild, Bordeaux
    Neal Rosenthal - New York City
    Michael Broadbent - London, England
    Jean-Luc Thunevin - St-Emilion, France
    Jean-Charles Boisset - Nuits-St-Georges, France
    Bernard Magrez - Bordeaux, France
    Famille Frescobaldi - Florence, Italy
    Famille Antinori - Florence, Italy
    Salvatore Ferragamo - Il Borro, Tuscany
    Famille Etchart - Cafayate, Argentina
    Antonio Cabezas - Cafayate, Argentina



  •  LES DVD

    Coffret 4 dvd - 10 épisodes d’une heure
    Image : DVD 9 - 16/9 compatible 4/3 – Format 1.85
    Son : Dolby SR Anglais
    Langues: Français, Anglais, Espagnol, Italien...
    Sous-titres : Français



  • BONUS  (23')
    La transformation d’un long-métrage en excroissances feuilletonesques étant déjà EN SOIT un « bonus » palpitant, cette édition DVD ne nous propose qu’un entretien de Nossiter avec Bernard Pivot, issu de l’émission DOUBLE JE. Cette émission n’ayant jamais été palpitante, le programme avec Nossiter n’échappe pas à la règle. Néanmoins, on y apprend quelques petites choses qui donnent tout de même un éclairage minime sur cette série qui pose bien des questions. FT

    * Entretien avec Jonathan Nossiter, par Bernard Pivot (23mn)

    * Biographie et filmographie de Jonathan Nossiter
    * Films-annonces
ENTRETIEN AVEC JONATHAN NOSSITER


Même si vous êtes cinéaste, vous travaillez également dans le monde du vin? Comment avez-vous commencé ?

Le vin pour moi a toujours été lié au plaisir, à l’amitié. J'ai commencé à m'intéresser au vin dès l'âge de quinze ans lorsque j’étais serveur dans des restaurants à Paris. Plus tard, j'ai obtenu un diplôme de sommelier à New York, où j'ai élaboré un bon nombre de cartes de vins pour des restaurants.
Mon père, Bernard Nossiter, était correspondant à l’étranger pour des journaux américains, et c’est pour cette raison que j’ai grandi dans plusieurs pays comme la France, l’Italie, la Grèce, l’Inde et les Etats-Unis. J’ai eu ainsi l’occasion très jeune, de voir comment mon père prenait le pouls d’un pays en parlant avec tout le monde. Au cours de mes rencontres avec des vignerons du monde entier pendant ces 20 dernières années, j’ai pu constater que ce petit monde à part, pouvait aussi être en soi la représentation de “ tout le monde ”. Il existe une raison très simple à cela, c’est que le vin, dans sa complexité infinie d’expressions, est sur la planète entière, la chose la plus à l’image de l’être humain. Il fédère les traditions judéo-chrétiennes et les traditions gréco-romaines, il les garde – ou plutôt les prolonge - vivantes, vitales et actuelles. Le vin est donc un dépositaire unique de la civilisation occidentale.
Essayer de saisir l’état du monde du vin, c’est forcément une quête sur notre relation à la vie et à la mort, mais aussi une quête sur la transmission d’un passé, orienté vers l’avenir.

La qualité humaine, culturelle, est-elle cruciale chez les vignerons ?
Un vigneron est à la fois un agriculteur, un commerçant et un artiste. Son attachement à la terre est d'une grande humilité (étant soumis aux caprices de la nature) et parallèlement, le vin qu’il crée par son travail sur cette même terre, est directement lié aux plus grandes ambitions de la culture dans laquelle il vit. Et comme les artistes, il essaie de faire rêver, d’apporter des plaisirs, et de provoquer les échanges entre les gens. L’oeuvre pour laquelle le vigneron donne son âme est - contrairement aux oeuvres d’art - intrinsèquement éphémère, et produit d’immédiateté. Il évite donc nécessairement le piège signalé par Orson Welles, “la seule chose plus vulgaire que de travailler pour l’argent, c’est de travailler pour la postérité.” Un vigneron est par conséquent une des personnes les mieux placées pour révéler les tendances et les forces sous-jacentes d’une culture à un moment donné.

C’est donc par le biais du vin, que vous observez l’évolution de ces différentes cultures ?
Par exemple, ce n’est pas un hasard si le vin a connu un essor prodigieux dans les années 70, aux Etats-Unis. On découvrait un vin californien parfois un peu rêche, un peu difficile à avaler, mais toujours provocant, radical et plein d’énergie. Il existait chez ces vignerons, ce même élan de découverte, ce même désir d'expérimentation que l'on trouvait dans les films de Cassavetes, de Scorsese ou de Coppola de cette époque. Avec les années 80 et l’arrivée d’une culture reagannienne, le vin de Californie a commencé à changer. On a vu apparaître des vins plus policés, plus médiatisés, élaborés grâce à l’argent, mais sans âme. Le vin devenait un "big business". Et au même moment, à Hollywood, on commençait à voir des films plus complaisants, plus commerciaux. Les petits vignerons californiens des années 70 qui ressemblaient aux Bourguignons ont été alors rachetés par de grandes sociétés. Coca-Cola a acquis Sterling Vineyards dans les années 80. Puis Coca a revendu la “winery” à Diageo, une compagnie encore plus internationale, dans les années 90, exactement au moment où l’idée du pays d’origine d’une grosse société devenait absurde. On peut donc observer, à travers le vin, les mutations de la culture américaine, et l’évolution de sa position dans le monde.

C'est aussi ce que reflète plus largement MONDOVINO. Une sorte d'état des lieux dans différents pays.
Au départ, j’avais une toute autre idée en tête. Les origines et le coeur du film sont beaucoup plus personels. J’ai commencé avec un bon ami, le cinéaste urugayen Juan Pittaluga, pour faire une sorte de casting de vignerons de différentes régions. Lorsque Juan et moi avons commencé à parler aux vignerons bourguignons, nous avons tous les deux été frappés par l’intensité des relations père-fils et par l’expression de cette intensité dans l’amour et le conflit qui amenait à la production de quelque chose de tangible. Cela nous a naturellement fait penser à nos propres pères, tous deux morts très jeunes tout en laissant derrière eux de fortes expressions de leur amour et de leur engagement avec le monde. Cette notion de transmission de génération en génération, de ce qu’on fait passer et de ce qui ne survit pas... de ce qui est perdu... ou de ce qu’on rejette consciemment, est devenu pour moi le Graal de cette aventure sur 3 continents.
Nous avons eu l’occasion d’approcher des gens qui se disent conservateurs, et qui finalement se révèlent être extrêmement radicaux dans leur façon de résister à des tendances, ou à une "pensée unique", comme dit Hubert de Montille, viticulteur brillant à Volnay. La plupart de ces rencontres remettaient directement en cause nos propres à priori. C’était jubilatoire de se sentir “mis en danger par rapport à des certitudes” dans un monde néanmoins voué au plaisir.

Pourquoi aviez-vous choisi la Bourgogne comme point de départ ?
J’ai cité plus haut les Etats-Unis, mais ce qui se passait en Bourgogne dans les années 70 était tout aussi intéressant au regard de la politique et de l’économie d'un pays. Les vignerons bourguignons voulaient s’industrialiser et faire partie du monde moderne, et ils se sont retrouvés sous la pression d’un engouement pour les engrais chimiques. Ces gens sortis tout droit du village d’Astérix se sont vus confrontés aux pires pièges du monde moderne, mais leur attachement à leur terre, à leur culture, était si fort, qu’ils ont dû en un premier temps céder à ces pièges pour ensuite revenir à une résistance active, acharnée. J’insiste sur cette idée, parce qu’il ne s’agit pas ici d’une position réactionnaire. On trouve en Bourgogne la plus grande complexité en matière de goût pour le vin et bizarrement aussi, la plus grande radicalité face aux pièges du monde actuel. Ces gens se battent pour protéger une idée simple, exprimée avec tout autant de force par un vigneron sarde qui les rejoint, Battista Colombu, “ défendre la dignité et la beauté de l’individu est peut-être la chose la plus importante à faire dans un monde qui sournoisement cherche à nous nuire à chaque instant dans notre individualité".

Vous avez poussé les portes d'un club très fermé. Comment avez-vous été accueilli dans ce monde du vin ?
Extrêmement bien, même par ceux qui ne partagent pas mes idées ! Dans le milieu du vin, les gens ont un instinct grégaire, un esprit très convivial. Mêmes ceux qui produisent du vin pour les raisons les moins idéalistes, ont du mal à résister à cette espèce de séduction naturelle qui sort de la bouteille, à cette magie qui s'opère par la transformation du jus de raisin en une potion de bonheur ! Et même si c’est vrai qu’une sorte d’omerta pèse sur certains abus, le monde du vin reste assez innocent en Occident.

Votre démarche était davantage celle d'un amateur que d'un enquêteur ?
Je dirais plutôt que c’est celle d'un " découvreur ". Je me suis lancé dans ce projet avec l’envie de faire partager le plaisir de mes découvertes. Je me suis toujours tenu à distance du snobisme des initiés qui consiste à utiliser un jargon ampoulé et absurde pour parler du vin. Chaque fois que je construisais une carte de vins et que je formais une équipe de salle dans un restaurant, j’insistais pour que chacun des serveurs ne parle du vin qu’en utilisant ses propres termes, avec sincérité. On ne doit pas plus tricher avec une bouteille, qu’un comédien avec ses sentiments. Une démarche factice sera immédiatement perçue comme telle par les buveurs - ou les spectateurs – même pour les moins expérimentés. Pour le film, je tenais à me rapprocher au plus près du point de vue d'un spectateur qui, si tant est qu’il ne s’intéresse pas du tout au vin, se sent toutefois sensible à toute chose qui peut enrichir notre quotidien... et qui s’inquiète pour l’avenir de ces petits plaisirs finalement si essentiels à notre survie.

(extraits du dossier de presse)

 

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