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LES NUITS DE LA PLEINE LUNE de Éric ROHMER |
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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
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"Qui
a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison".
Voilà le sous-titre du quatième film de la série
des Comédies et proverbes d'Eric Rohmer. Quatre chapitres
égrennent autant de mois, de novembre à février,
le premier posant on ne peut plus clairement la situation (qui, comme
souvent dans la série, ne colle pas exactement terme pour terme
au proverbe choisi). Deux longues conversations entre Louise et son
copain Octave et entre Louise et son ami Rémi détaillent
le point de départ du récit et semblent déjà
en imaginer toutes les conséquences possibles. Le pour et
le contre sont pesés, les risques identifiés. De l'instabilité
de Louise naît l'intrigue et ce sont ses trajets incessants entre
ses deux maisons qui vont rythmer le film. Le générique
de début est porté par un panoramique allant de la rue
à l'immeuble de banlieue de l'héroïne et logiquement,
quand arrivera celui de la fin, la caméra bougera dans le
sens inverse. Ces mouvements qui parsèment Les nuits de la
pleine lune ne se limitent pas à accompagner les déplacements
des personnages mais font entrer en jeu une problématique sociale
en abordant la question des "nouvelles villes" naissant
aux abords des grandes agglomérations et provoquant des mutations
importantes dans les modes de vie (avec cette attention à l'environnement,
nous avons là l'une des composantes du cinéma de Rohmer
qui fait que celui-ci peut être qualifié à la fois
d'intemporel et de précisemment daté). L'idée du trajet, au-delà de la mesure d'un territoire, est reprise pour aborder l'intime, Louise allant d'un partenaire à l'autre. Mais elle n'est pas la seule car ici chaque rencontre, quasiment chaque salutation, semble porter en germe une histoire possible. Donnant à sentir régulièrement une circulation des désirs, le film est sur ce point l'un des plus francs de son auteur. "Tu donnes l'image de quelqu'un de complètement éthéré alors que, en réalité, tu es tout à fait physique." La remarque que fait Octave à Louise pourrait après tout s'appliquer à Rohmer. Dans Les nuits de la pleine lune, la parole est primordiale, comme toujours, mais elle laisse aussi toute sa place à l'expression corporelle. Notons d'abord que les personnages conversent souvent en faisant autre chose en même temps (préparer un thé, s'habiller...), ce qui dynamise leurs bavardages. Ensuite, Rohmer les filme dans tous leurs états, y compris les moins grâcieux puisque nous les voyons, hommes ou femmes, dénudés, essuyant leur transpiration ou changeant de vêtements. Si le cliché veut que chez ce cinéaste, tous les acteurs jouent de la même façon et prennent la même diction, il faut ici nuancer les choses. La distribution apparaît en effet au départ, très hétérogène. Fabrice Lucchini s'installe dans son rôle d'écrivain mondain (terme que son personnage réfute assez brillamment). Pascale Ogier joue de son corps très mince, de ses intonations de jeune fille et nous touche particulièrement lorsqu'elle laisse éclater ces sortes de crises de nerfs calmes. Tchéky Karyo est le plus étonnant des trois car le plus "déplacé", Rohmer se servant magnifiquement de son allure lourde, de son regard toujours au bord de l'explosion et en même temps terriblement las. Ces différences de jeu, essentiellement dûes aux corps des comédiens (et auxquelles il faut ajouter l'apparition de Laszlo Szabo, apportant tout à coup un autre registre, une vision plus globalisante et moins terre à terre), le cinéaste en fait une force structurante de son récit. D'ailleurs, ce qui reste le mieux en tête après une première vision des Nuits de la pleine lune a peu à voir avec l'image traditionnelle véhiculée par le cinéma de Rohmer puisque reviennent en mémoire avant tout ces longues séquences de danse et ces scènes de ménage entre Louise et Rémi. D'autres éléments contredisent la thèse d'un cinéma bavard et ennuyeux. Entre en jeu un véritable plaisir du récit, à tel point qu'il ne faudrait peut-être pas grand chose pour que l'on bascule à certains moments dans un film de genre. On l'a dit, tous les possibles sont envisagés dès le départ, mais à cela s'ajoutent ensuite des fausses-pistes, des méprises et des revirements. Octave se voit traité de flic, un simple passage aux toilettes d'un bar provoque un moment de suspense et pendant quelques secondes l'escalier que gravit Louise et qui mène à la chambre de Rémi prend une allure hitchcockienne. On le voit donc, au-delà de sa rigueur, le cinéma de Rohmer ne manque pas de surprises. Edouard Sivière |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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