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TELEPOLIS de Esteban SAPIR |
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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | |||||
| Dans
une ville où la télévision dicte sa loi, les habitants
ont été privés de leur voix. Obnubilée par
les programmes créés par le dictateur M Télé,
la population se doit de regarder, consommer et manger ses émissions. Mais cela ne suffit pas à M Télé qui a pour ambition une solution finale visant à retirer également les mots à la population pour s'assurer de sa dévotion totale. La Voix, mystérieuse chanteuse, possède encore la parole et représente l'unique espoir de faire changer les choses. Il était une fois une ville enneigée dont les habitants avaient perdu la parole. Il était une fois une ville dans laquelle régnait l'omniprésente télévision dirigée par un autocrate à gros cigare. Il était une fois une ville où les larmes d'une petite fille étaient comme une goutte de verre sur une photographie de Man Ray. Il était une fois une chanteuse sans visage et son fils sans yeux. Il était une fois un réparateur de télévision au chômage avec son verre de lunette brisé et sa photographie de famille déchirée. Il était une fois une cicatrice à la main, héréditaire. Il était une fois un homme-rat et de sombres sbires comme des ombres avec les mitraillettes de Scarface. Il était une fois une belle infirmière blonde. Il était une fois des machines infernales avec de gros boutons et de jolis cadrans désuets. Il était une fois des hommes ballons, une drôle de lune, des chaussures à hélice, d'étranges gâteaux, de vieilles voitures... Il était une fois un film argentin en noir et blanc, quasiment muet mais sonore comme chez Chaplin. La antena (Télépolis) second film d'Esteban Sapir n'est pas un sombre drame, mais un conte étonnant, naïf et fervent, puisant son inspiration dans un siècle de cinéma, des fantaisies de Georges Mélies aux univers de Terry Gilliam en passant par l'expressionnisme de Fritz Lang, les audaces visuelles du cinéma soviétique de la grande époque, Bunuel et quelques surréalistes, une poignée de grands classiques de la science fiction, les expérimentations de Lars Von Trier et le goût du rétro des films de Caro et Jeunet. Une masse de références qui, un peu comme chez Quentin Tarantino, trouve une unité dans un récit basique et une foi inébranlable dans le cinéma. Esteban Sapir a quand même un objectif assumé : « En pleine démocratie, nous sommes victimes d'une corruption démesurée visible au quotidien à la télévision. L'extrême complexité de cette corruption a pour finalité le désintérêt de la population à l'égard de la politique : on assiste à l'élimination systématique des idées politiques de la population. Telepolis traite ce thème de manière plus simple sur le mode de la fable enfantine. ». Il revendique le discours critique de son oeuvre mais il a l'intelligence d'utiliser les armes de la poésie visuelle d'un cinéma artisanal et ludique. Détournant la domination technologique, il réplique avec son talent de photographe (le noir et blanc de Sapir et Cristian Cottet est de toute beauté) et retrouve l'esprit, sinon la lettre, d'un bricolage soigneux d'effets à l'ancienne. Intelligemment aidé par le numérique, le film est un festival de transparences, de fondus, de surimpressions, d'ouvertures et fermetures à l'iris, d'effets optiques, d'effets de montage, de reflets et de jeu sur les ombres. 11 semaines de tournage et plus d'un an de post-production. Du travail d'orfèvre. Cet ensemble d'effets dont la plupart sont presqu'aussi vieux que le cinéma lui-même, est mis au service d'une imagination exubérante qui ne laisse aucun plan sombrer dans le banal. Ce n'est pas chez Sapir que l'on trouvera du champ contre-champ signifiant. Son cinéma se rattacherait plutôt, au-delà de ses multiples citations, à la bande-dessinée (aurait-il lu le Philémon de Fred ?) et à l'animation façon Bill Plympton ou Nick Park (Les aventures de Wallace et Gromit). L'exemple le plus frappant est la façon d'envisager les intertitres. Et oui, en bon film muet, le film a des intertitres. Les répliques sont directement inscrites sur les images et les personnages interagissent avec. Ils les poussent, les jettent, mettent deux doigts dans le mot pour faire un « V ». C'est encore un appel au jeu tout en étant citations graphiques comme ces mots jaillissant d'un porte voix qui rappellent une affiche célèbre du Cuirassé Potemkine d'Eisenstein. Mais ces effets ne sont jamais gratuits dans un film qui nous conte comment un potentat de la télévision cherche à retirer, littéralement, les mots de la vie des gens pour les recycler, un peu comme le Soleil Vert du film de Richard Fleischer. Je n'en dis pas plus. Comprend qui veut. Si les mots vivent sur l'écran, c'est qu'ils sont au coeur de l'intrigue, une bonne et solide intrigue de savant fou et de maître du monde comme il se doit. On pourra sourire de ces vieux ressorts, du sacrifice du grand-père, de la réconciliation familiale « reparado », comme on pourra s'agacer de la virtuosité annoncée par les superbes premiers plans de mains volant sur un clavier de machine à écrire sur le partition pour piano de Leo Sujatovich. Ce serait dommage. Sincère et généreux, Télépolis tranche plus qu'agréablement sur la production courante, américaine mais pas seulement, manifestant une passion de filmer devenue rare, le plaisir d'un cinéma qui ouvre, d'un grand mouvement assuré des bras, les portes de l'imaginaire. Vincent Jourdan |
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| FICHE TECHNIQUE | |||||
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| INTERVIEW DE ESTEBAN SAPIR | |||||
| Quand
est-ce qu’a débuté le projet du film ? J’ai commencé ce projet il y a environ 5 ans. J’avais seulement quelques idées visuelles à cette époque. Celles-ci ont alors beaucoup évolué pour devenir la base d’un nouveau projet qui n’avait plus rien à voir avec celui d’origine. Ce fut le début de Telepolis (La Antena). Quelles étaient les conditions de travail ? Les conditions de travail furent de manière générale très bonnes. Ma sociétéde production LadobleA a financé entièrement le film avec l’aide de crédits et d’apports externes. Les producteurs du film, Gonzalo Agulla et José Arnal, m’ont donné une liberté absolue concernant la réalisation. Le projet a duré 3 ans avec 11 semaines de préparation et un an et demi de post production. Une équipe de 12 personnes a été nécessaire pour contrôler de manière permanente le film pour qu’il conserve un caractère très personnel et artisanal. Pourquoi traiter le sujet de la presse et de la télévision particulièrement ? Selon vous, quel lien existe entre la politique et la presse ? Nous vivons dans un monde purement audiovisuel où les images sont utilisées pour capter notre intérêt. Ce phénomène se manifeste particulièrement à la télévision et sur Internet : les images sont utilisées massivement comme des armes d’invasion de notre pensée. Elles en deviennent des outils très dangereux dont se servent conjointement la politique et la presse pour « téléguider » l’Opinion publique. Quelle est votre vision de la politique en Argentine par rapport au sujet du film ? En Argentine, nous avons été victimes d’une dictature atroce qui a tué d’une certaine manière 30 000 voix. Aujourd’hui, en pleine démocratie, nous sommes victimes d’une corruption démesurée visible au quotidien à la télévision. L’extrême complexité de cette corruption a pour finalité le désintérêt de la population à l’égard la politique : on assiste à l’élimination systématique des idées politiques de la population. Telepolis (La Antena) traite ce thème de manière plus simple sur le mode de la fable enfantine. Dans le film, la Télévision (conjointement avec Internet) génère notre unique « aliment » de consommation et d’information, qui pénètre à travers nos yeux et qui systématiquement provoque désir de consommation, passivité et hypnose. Comme réalisateur de publicité, quel est votre sentiment sur le thème que vous évoquez ? Mon sentiment est reflété dans le film : une sorte de catharsis naïve et personnelle. Pourquoi avoir utilisé ce style très particulier pour traiter ce sujet ? Comme photographe, j’ai toujours eu un intérêt dans la communication à travers les images. C’est ce qui a contribué, au départ, à mon envie de réaliser un film muet qui parlerait justement du monde de la communication, un film dans lequel la voix propre que nous utilisons au quotidien pour communiquer et nous exprimer soit délibérément éliminée. Par conséquent les images et l’écrit n’auraient plus qu’un sens purement visuel. C’est à mon avis d’une importance fondamentale puisque c’est ce qui arrive, aujourd’hui, dans notre monde de communication. Le film a été volontairement réalisé avec des bouts de ficelles : je voulais que se mélange des éléments anciens à des éléments plus modernes recyclés, comme une machinerie résultante du processus de la pensée. Avec un langage naïf et innocent, l’histoire de Telepolis (La Antena) se construit son propre monde en temps réel. La musique est très présente dans le film. Que représente t’elle pour vous ? La musique a la faculté fondamentale de créer de l’expression, une atmosphère, des sentiments et des rêves.Dans le Cinéma Muet, on pouvait le percevoir très clairement : la musique accompagnait les images en instaurant un climat d’abstraction idéale pour transmettre de manière simple l’idée du film. Par ailleurs, le choix des musiques dans Telepolis (La Antena) permet de retranscrire une atmosphère infantile et hypnotique qui accompagne très bien cette fable. Quelles sont vos références cinématographiques dans le film ? A qui rendez-vous hommage ? Fritz Lang ? Méliès ? Pourquoi ? Selon moi, l’avant-garde du Cinéma Muet possédait la vertu de créer avec les images une sorte de texte formel purement cinématographique. C’est peut-être la raison pour laquelle on pensait le Cinéma d’une autre manière à cette époque. Il n’y avait pas de modèle de film à suivre et dans ce système de recherche, on devait s’efforcer de créer un authentique et puissant langage d’idées. Finalement, le Cinéma s’est transformé en tout autre chose. Mon intention dans Telepolis (La Antena) fut d’évoquer les grands maîtres et poètes de l’image comme Fritz Lang, Murnau, Eisenstein, Méliès, René Clair, Bunuel,...en les réinterprétant avec un sujet contemporain. Quel est le message que vous souhaiteriez faire passer aux spectateurs ? Plus qu’un message, c’est de leur proposer un voyage dont la fin provoque une réflexion. Entretien traduit de l’espagnol par S.Baudry et MC. Kokh. Novembre 2007. Extrait du dossier de Presse. |
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