)))  CAPITAINE MYSTÈRE
          
de Douglas SIRK                            

 

  • Aventures - 1955 - Etats-Unis - durée: 1h28
  • Sortie à la Vente en DVD le 18 Février 2009
    Editions Carlotta

SYNOPSIS

Au début du XIXe siècle, au plus fort de la lutte qui oppose les Irlandais aux Anglais,
Michael Martin quitte Ballymore pour Dublin après avoir pillé l’intendant de lord
Devereaux et s’être mis à dos les membres du comité. Poursuivi par les dragons
britanniques, il est sauvé par John Doherty, le chef des partisans irlandais, et devient
très rapidement son second...

POINT DE VUE
L’un des principaux mérites de la grande entreprise de réédition des œuvres de Douglas Sirk en DVD, entreprise menée avec une impressionnante pugnacité par la maison Carlotta, c’est de permettre de redécouvrir des œuvres hors du corpus classique de ses mélodrames reconnus et célébrés à leur juste mesure.
Nous avions découvert avec un réel plaisir les inattendues comédies du cinéaste (Qui donc a vu ma belle ?, No room for the groom) et c’est avec un film d’aventures fantaisiste que nous le retrouvons aujourd’hui.

Pour être tout à fait sincère, je ne parviens pas à partager totalement l’enthousiasme de Bertrand Tavernier pour ce Capitaine mystère. Le film n’est évidemment pas dénué de qualités mais je persiste à n’y voir qu’une œuvre mineure, un divertissement agréable et enlevé qui offre néanmoins à Douglas Sirk l’occasion d’affirmer le brio de sa mise en scène.

Situé en Irlande au début du 19ème siècle, avec pour toile de fond le conflit opposant le gouvernement anglais aux rebelles irlandais, le film met en scène un jeune homme idéaliste, Michael Martin (incarné par le fidèle Rock Hudson) qui doit fuir sa bourgade après avoir pillé un intendant britannique. Poursuivi par les Dragons de sa Majesté, il est sauvé par le chef des partisans irlandais (le capitaine Thunderbolt) et s’enfuit avec lui à Dublin pour devenir rapidement son second…

Précisons tout de suite que nous ne sommes pas dans un film de Ken Loach et que la toile de fond « politique » du film se réduit à une opposition très schématique entre les bons aventuriers irlandais et les vilains oppresseurs anglais. Il est bien entendu évident que Sirk ne cherche rien d’autre qu’à se plier aux canons et stéréotypes du cinéma d’aventures et de s’inscrire dans la grande tradition du genre. C’est d’ailleurs à ce niveau que se situe ma principale réserve : le film est parfois lesté par le poids de clichés empêchant Sirk de retrouver la finesse d’analyse et les trésors de subtilité qui firent ses grands mélodrames.

Une fois ceci posé, rien n’empêche le spectateur de se laisser griser par ce Capitaine mystère. D’abord parce que le cinéaste fait preuve d’un indéniable brio formel. Tourné en décors naturels (splendides) avec un chef opérateur (Irving Glasberg) moins « baroque » que le fidèle Russell Metty, le film témoigne d’un authentique souffle romanesque, rehaussé par une utilisation admirable du Scope qui permet à Sirk de jouer avec toutes les possibilités du cadre (dramatisation des plans par l’usage fréquent de la contre-plongée, ampleur des scènes d’action construites en compositions horizontales…)

Ensuite, parce que le cinéaste parvient à donner corps à ce récit stéréotypé en offrant à son personnage principal le loisir d’évoluer au cours du film. Rock Hudson, qui n’a jamais été si bon que chez son mentor, n’est pas qu’un personnage monolithique voué au succès des jeunes et beaux aventuriers idéalistes : son caractère se transforme à mesure que progresse le récit. D’une certaine manière, Martin est un avatar séduisant des personnages qu’Hudson interprétait dans Tout ce que le ciel permet ou Qui donc a vu ma belle ?, à savoir un jeune homme issu des couches populaires de la société (sa future fiancée –la croquignolette Barbara Rush- ne cesse de le traiter de « paysan ») et dont l’idéalisme (qu’il soit d’ordre sentimental ou « politique ») va se heurter aux barrières des conventions sociales.
Ces conventions se traduisent par une lutte permanente entre l’individu et le groupe (Martin s’oppose d’abord à ses camarades timorés et « légalistes » puis à la société d’apparences dans laquelle évolue Thunderbolt). Et Sirk de figurer ces oppositions avec son traditionnel jeu du « cadre dans le cadre » (miroirs, paravents, éléments de décor…) qui séparent les personnages à la fois des autres et d’eux-mêmes.

Capitaine mystère ne dépareille donc pas totalement dans l’œuvre du maître même s’il traite ses thèmes de manière légère. L’impression globale qui se dégage du film est celui d’une certaine désinvolture teintée d’ironie. Beaucoup de scènes sont traitées sur le mode de la comédie et le couple formé par Hudson/Rush est un parfait archétype du genre, voué dans un premier temps à la chamaillerie (je vous recommande à ce titre une savoureuse scène de fessée) avant l’inévitable coup de foudre (la scène du premier baiser est admirablement mise en scène).

Sans être un grand film, Capitaine mystère dégage néanmoins une certaine « couleur » qu’on identifierait volontiers à cette verte Irlande où se situe l’action : quelque chose d’un peu râpeux mais de très chaleureux, à l’image de cette homérique bagarre aux poings qui rappelle celle que Ford avait tourné dans L’homme tranquille.
C’est cette « couleur locale » qui permet à Sirk de donner une certaine authenticité à un récit par ailleurs assez convenu.


Vincent Roussel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Titre original : CAPTAIN LIGHTFOOT
    Réalisateur
    : Douglas Srik
    Scénario: WR Burnett & Oscar Brodney d'après le roman de WR Burnett
    Avec:
    Rock Hudson, Barbara Rush, Jeff Morrow, Kathleen Ryan, Finaly Currie, Denis O'Dea & Geoffrey Toone
    Production: Ross Hunter


 
  •  LE DVD

    DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ
    Version Originale / Version Française
    Sous-Titres Français
    Format 2.35 respecté – 16/9 compatible 4/3 – Couleurs
    Durée du Film : 88 mn

  •  BONUS
    Notre avis :
    Je n’aime pas beaucoup le cinéma de Tavernier mais force est de reconnaître que son érudition cinéphilique est toujours admirable. Une preuve de plus avec cette excellente analyse du Capitaine mystère de Sirk pour qui l’auteur d’Un dimanche à la campagne professe une grande tendresse. En 25 minutes passionnantes, il décortique le film en allant du plus général (situation du film dans l’œuvre du cinéaste, les acteurs, les références littéraires, notamment à Stevenson…) au plus particulier (les thèmes du film, l’analyse de certains plans) en passant par des aspects plus « techniques » (le rendu de la photographie, l’aisance dont témoigne Sirk dans l’utilisation du Cinémascope).
    Un bonus exemplaire ! VR



    . L’IRONIE D’UN RÉCIT D’AVENTURES (26 mn)
    Bertrand Tavernier revient sur le tournage du film de Douglas Sirk, sa production en
    Irlande, sa photographie, ses acteurs... et évoque la place du film d’aventures dans la
    carrière prolifique du cinéaste.




    . BANDE-ANNONCE


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