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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
L’un
des principaux mérites de la grande entreprise de réédition
des œuvres de Douglas Sirk en DVD, entreprise menée avec
une impressionnante pugnacité par la maison Carlotta, c’est
de permettre de redécouvrir des œuvres hors du corpus classique
de ses mélodrames reconnus et célébrés à
leur juste mesure. Nous avions découvert avec un réel plaisir les inattendues comédies du cinéaste (Qui donc a vu ma belle ?, No room for the groom) et c’est avec un film d’aventures fantaisiste que nous le retrouvons aujourd’hui. Pour être tout à fait sincère, je ne parviens pas à partager totalement l’enthousiasme de Bertrand Tavernier pour ce Capitaine mystère. Le film n’est évidemment pas dénué de qualités mais je persiste à n’y voir qu’une œuvre mineure, un divertissement agréable et enlevé qui offre néanmoins à Douglas Sirk l’occasion d’affirmer le brio de sa mise en scène. Situé en Irlande au début du 19ème siècle, avec pour toile de fond le conflit opposant le gouvernement anglais aux rebelles irlandais, le film met en scène un jeune homme idéaliste, Michael Martin (incarné par le fidèle Rock Hudson) qui doit fuir sa bourgade après avoir pillé un intendant britannique. Poursuivi par les Dragons de sa Majesté, il est sauvé par le chef des partisans irlandais (le capitaine Thunderbolt) et s’enfuit avec lui à Dublin pour devenir rapidement son second… Précisons tout de suite que nous ne sommes pas dans un film de Ken Loach et que la toile de fond « politique » du film se réduit à une opposition très schématique entre les bons aventuriers irlandais et les vilains oppresseurs anglais. Il est bien entendu évident que Sirk ne cherche rien d’autre qu’à se plier aux canons et stéréotypes du cinéma d’aventures et de s’inscrire dans la grande tradition du genre. C’est d’ailleurs à ce niveau que se situe ma principale réserve : le film est parfois lesté par le poids de clichés empêchant Sirk de retrouver la finesse d’analyse et les trésors de subtilité qui firent ses grands mélodrames. Une fois ceci posé, rien n’empêche le spectateur de se laisser griser par ce Capitaine mystère. D’abord parce que le cinéaste fait preuve d’un indéniable brio formel. Tourné en décors naturels (splendides) avec un chef opérateur (Irving Glasberg) moins « baroque » que le fidèle Russell Metty, le film témoigne d’un authentique souffle romanesque, rehaussé par une utilisation admirable du Scope qui permet à Sirk de jouer avec toutes les possibilités du cadre (dramatisation des plans par l’usage fréquent de la contre-plongée, ampleur des scènes d’action construites en compositions horizontales…) Ensuite, parce que le cinéaste parvient à donner corps à ce récit stéréotypé en offrant à son personnage principal le loisir d’évoluer au cours du film. Rock Hudson, qui n’a jamais été si bon que chez son mentor, n’est pas qu’un personnage monolithique voué au succès des jeunes et beaux aventuriers idéalistes : son caractère se transforme à mesure que progresse le récit. D’une certaine manière, Martin est un avatar séduisant des personnages qu’Hudson interprétait dans Tout ce que le ciel permet ou Qui donc a vu ma belle ?, à savoir un jeune homme issu des couches populaires de la société (sa future fiancée –la croquignolette Barbara Rush- ne cesse de le traiter de « paysan ») et dont l’idéalisme (qu’il soit d’ordre sentimental ou « politique ») va se heurter aux barrières des conventions sociales. Ces conventions se traduisent par une lutte permanente entre l’individu et le groupe (Martin s’oppose d’abord à ses camarades timorés et « légalistes » puis à la société d’apparences dans laquelle évolue Thunderbolt). Et Sirk de figurer ces oppositions avec son traditionnel jeu du « cadre dans le cadre » (miroirs, paravents, éléments de décor…) qui séparent les personnages à la fois des autres et d’eux-mêmes. Capitaine mystère ne dépareille donc pas totalement dans l’œuvre du maître même s’il traite ses thèmes de manière légère. L’impression globale qui se dégage du film est celui d’une certaine désinvolture teintée d’ironie. Beaucoup de scènes sont traitées sur le mode de la comédie et le couple formé par Hudson/Rush est un parfait archétype du genre, voué dans un premier temps à la chamaillerie (je vous recommande à ce titre une savoureuse scène de fessée) avant l’inévitable coup de foudre (la scène du premier baiser est admirablement mise en scène). Sans être un grand film, Capitaine mystère dégage néanmoins une certaine « couleur » qu’on identifierait volontiers à cette verte Irlande où se situe l’action : quelque chose d’un peu râpeux mais de très chaleureux, à l’image de cette homérique bagarre aux poings qui rappelle celle que Ford avait tourné dans L’homme tranquille. C’est cette « couleur locale » qui permet à Sirk de donner une certaine authenticité à un récit par ailleurs assez convenu. Vincent Roussel |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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