)))  PARANOID PARK
        
   de Gus VAN SANT                    

 

  • Drame - 2007 - États-Unis - durée: 1h30 (+66' de Bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 24 Avril 2008
    Editions MK2


SYNOPSIS

Alex, jeune skateur de 16 ans, tue accidentellement un agent de sécurité tout près du skatepark le plus malfamé de Portland, le Paranoid Park. Il décide de ne rien dire...

 
POINT DE VUE
Deux spectateurs à la sortie de la projection de Paranoid Park.

Un excédé :
« Des vidéos de skateurs, normalement, ça finit sur YouTube et là, par quel miracle, elles se retrouvent sur le grand écran de Cannes ? Tu m’expliques, ça ? »

Un conquis :
« Quand tu écoutes un set de DJ, chaque sample n’a aucun intérêt pour lui-même. C’est précisément leur agencement qui te fait les considérer avec une nouvelle oreille. Et Gus van Sant, c’est un DJ ! Comme Godard ou Tarantino ! Il ne travaille que par boucles, samples, enchaînements et reprises de fragments qu’il se plaît à répéter ou qu’il n’a même pas filmé lui-même (les images de skate, vidéos et super 8 tournés par les skateurs eux-mêmes). »


Quelque part, les deux ont raison. Car il est possible de tenir Paranoid Park aussi bien comme une fort brillante synthèse formelle de l’art de Gus van Sant que comme une étape de plus (de trop ?) dans la complaisance d’un cinéaste (qui se sait doué et célébré) vis-à-vis de son propre système. Fort à parier qu’aucun de ces deux spectateurs ne fera changer radicalement l’autre d’avis (on verra ça au prochain film Milk, biopic d’un homme politique homosexuel avec Sean Penn, hmmmm, ça vise les Oscars…), mais tentons au moins (puisque le signataire de ces lignes assume sa condition d’inconditionnel du cinéaste) de cerner la singularité du film. Toujours plus productif que de renvoyer ces deux spectateurs dos à dos.

Depuis qu’il s’est échappé d’Hollywood, les trois films de Gus van Sant précédant Paranoid Park (Gerry, Elephant, Last days) semblaient partager un même sujet secret : que se passe-t-il quand la jeunesse est confrontée à la mort ? Avec Paranoid Park, ce sujet caché devient manifeste et le film assume de devenir rien de moins qu’un récit initiatique. Car en moins d’une heure et demie, le héros va être confronté à l’amour, à la mort, à la confiance ou au secret. Tout cela paraît bien théorique et surtout fort ambitieux mais l’art de van Sant est précisément d’esquiver les grands sujets et de se placer à la hauteur du quotidien d’un adolescent qui ne sait pas encore (mais qui le sait ?) comment ces quatre affects primordiaux vont le traverser, et surtout comment il aura parfois bien du mal à les démêler les uns des autres. C’est en ce sens que le cinéma de van Sant est « atmosphérique » (il n’y a qu’à se souvenir des plans de nuages qui ponctuaient Elephant) car si ses figures et personnages ne paraissent pas fortement structurés par la psychologie, leurs intentions ou une volonté solide (Alex, le héros, paraît souvent même bien molasson), ils sont plutôt traversées de perturbations ou d’atmosphères, exactement de la manière dont un ciel paisible peut être traversé de tourments et retrouver, quelques instant plus tard, sa souveraine sérénité.

Les traits du cinéma de Gus van Sant commencent à être maintenant bien identifiés. En un sens, Paranoid Park n’apporte pas vraiment une grande nouveauté mais enfonce, avec encore plus de majesté et de fluidité, le clou de cet art du fragment et de la répétition, du brouillage de la chronologie, de ce regard pétri par le réel (en creux, le film est aussi un très beau portrait du « own private Portland » du réalisateur) qui débouche paradoxalement sur l’onirique.

Mais ce qui émeut au plus haut point, ici, c’est que tous ces parti pris qui pourraient n’être que formels voire arbitraires, sont mis au service de sensations adolescentes (la coexistence du malaise et de la vitalité pourrait-on dire) ô combien fragiles et secrètes mais fort précisément rendues. Les jeux sur le temps (chronologie malmenée, flash-backs intempestifs) comme sur l’espace (usage du flou dans les arrière-plans, déambulations) qui pourraient troubler l’appréhension du film le rendent au contraire lumineux. Ce refus des enchaînements logiques dans la progression de la fiction produit finalement une décantation, le dépôt progressif d’un sentiment, d’une subjectivité qui, petit à petit, devient partagée par le spectateur.

A revoir le film, grand étonnement devant finalement le peu de séquences qui le constituent (certaines sont remont-r-ées quatre ou cinq fois) et surtout devant le peu de séquences nécessaires à tenir le récit, pourtant riche de sens et d’enjeux. C’est qu’au milieu de ce « ruban filmé » fluide et cotonneux surnagent quelques confrontations, quelques échanges de regards entre l’adolescent et sa « victime », entre l’adolescent et le représentant de la loi, entre l’adolescent et sa confidente, qui à eux seuls charpentent le récit et le font sortir du jeu formel. Ce sont les moments où la bulle de l’adolescence éclate et où le cocon du film s’altère. C’est peut-être ce que réussit finalement si bien Gus van Sant : transmettre dans un même mouvement la douceur d’un certain autisme adolescent et la violence que celui-ci peut représenter dans son refus du contact avec l’autre.

En ce sens, les trois scènes les plus mémorables sont celles qui mettent en scène le corps. Côté cauchemar, celle de la mort du vigile qui se traîne avec son corps cisaillé. Côté mauvais réveil, celle d’Alex assailli par la culpabilité sous une douche qui n’arrive pas à le purifier. Côté rêve qui aurait pu mieux se passer, celle de la première fois d’Alex où tout l’acte amoureux se condense dans le contact des cheveux de sa copine sur sa peau. Trois scènes où l’émotion cinématographique devient finalement tactile et traverse le corps du spectateur. Trois scènes qui parlent directement à notre enveloppe corporelle. C’est finalement peut-être pour ça que Gus van Sant provoque des réactions si contrastées : c’est le cinéaste des réactions épidermiques !


Joachim Lepastier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DU MÊME AUTEUR

 
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM

    Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2007
    Prix du 60ème Anniversaire au Festival de Cannes 2007
    Sortie en salles le 24 Octobre 2007

    Réalisation & scénario : Gus Van Sant D'après le roman de Blake Nelson
    Avec:
    Gabe Nevins Alex
    Brad Peterson Jolt
    Daniel Liu Detective Richard Lu
    Dillon Hines Henry
    Emma Nevins Paisley
    Grace Carter Mère D'Alex
    Jake Miller Jared
    Jay Williamson Père D'Alex
    Joe Schweitzer Paul
    John Burrowes Agent De Sécurité
    Lauren Mc Kinney Macy
    Olivier Garnier Cal
    Scott Green Scratch
    Taylor Momsen Jennifer
    Winfield Henry Jackson Christian

    Editeur DVD
    : MK2 Editions

  •  LE DVD

    Image : DVD 9 - 16/9 compatible 4/3 – Format 1.33
    Son : Dolby Digital 5.1 Anglais, Français
    Sous-titres : Français

  • BONUS  (66')

    Notre avis: Copieux bonus (making of qui s’attache assez aux acteurs des personnages, analyse du film, portrait de Blake Nelson, auteur du roman dont est tiré le film) dont le principal mérite est de proposer un vaste panorama de la filmographie de Gus van Sant et d’y replacer ce dernier opus en perspective de l’œuvre antérieure. JL

    - Préface de Luc Lagier 3’
    - Dans le labyrinthe, parcours dans l’œuvre de Gus Van Sant, par Luc Lagier 24’
    - Les coulisses du tournage :« Making Paranoid Park » de Felix Andrew 26’
    - Entretien avec Gus Van Sant 13’
ENTRETIEN AVEC GUS VAN SANT

Qu'est-ce qui vous a décidé à adapter le roman de Blake Nelson ?
L’histoire se déroulait à Portland, ville que j'ai toujours beaucoup aimée. Il était question d'un jeune skateboarder. Cela parlait également d'une situation difficile et particulièrement étouffante, autre point de l’histoire intéressant pour moi.

Avez-vous apporté des modifications au récit, ou à sa structure ?
J'ai beaucoup joué avec la structure de l'histoire. Il y a peu de parties du livre qui ne soient pas dans le film, mais structurellement, tout a été beaucoup manipulé.

Pourquoi avoir choisi de recruter vos acteurs via myspace ?
Je pense que c'est ce que devraient faire toutes les agences de casting pour trouver des lycéens, surtout maintenant que Myspace est à ce point répandu. Nous avons fait comme les autres, en essayant simplement de trouver les moyens de convaincre des amateurs de jouer dans le film.

Pourquoi avoir choisi de tourner à la fois en super 8 et en 35mm ?
Parce que le support du film de skate est le super 8, et aussi la vidéo, et comme nous en utilisions un peu dans notre film, nous avons tourné quelques séquences supplémentaires de skate en super 8. Il est beaucoup plus difficile de tenir une caméra plus grande en se tenant sur une planche, c'est une des raisons. De plus, le 35mm est trop cher pour que les filmeurs de skate l’utilisent. Ensuite, le reste du film est tourné en 35mm, le meilleur support selon moi.

Vos trois derniers films – Gerry, Elephant et Last Days – reposaient beaucoup sur des cadres et un découpage stables. Votre choix de confier l’image à Chris Doyle est d’autant plus surprenant...
Oui c’est vrai, Chris est connu pour sa cinématographie aérienne et très libre, et non pour ce que l'on pourrait appeler des cadres « stables ». Mais je crois que cela vient surtout de la période Wong Kar-Waï des années 90. Quand il a tourné pour la première fois avec Kar- waï, les cadres étaient tout à fait stables, mais ils se sont lâchés à mesure que les films devenaient moins conservateurs. J'ai vraiment essayé de pousser Chris dans un territoire instable, un territoire « grand angle », aussi à cause des derniers films de Wong Kar-waï que j'avais vus, en particulier Les Anges DÉchus. Mais Chris était un peu circonspect. Nous avons ici autre chose, parfois instable dans l’utilisation du trépied et d’une caméra portable. Il y a beaucoup de styles différents dans le film. Beaucoup de ralentis, ce que j'ai encouragé aussi, inspirés par les derniers films de Wong Kar-waï. Mais Chris a aussi fait La Jeune Fille De L’eau, aux cadres très stables. Le monde du skate n'est cependant pas réputé pour ce genre de cadre, c'est un monde sur roues.

Il y a manifestement un travail important sur le son. J'ai entendu dire que certaines séquences, notamment en super 8, étaient plus longues à l'origine. Le travail de post-production a-t-il été particulièrement long et intensif ?
Non, je crois que les séquences en super 8 sont restées pratiquement les mêmes. Peut-être y en avait-il au départ un peu plus. Le son, aussi détaillé qu'il puisse paraître, est surtout fait de paysages sonores, c’est l’œuvre de compositeurs. Le travail que nous avons fait dans la manipulation du son est plutôt simple, mais les paysages sonores, surtout ceux d’Ethan Rose, sont assez compliqués. C'est parfois comme si nous mettions des disques tout le long du film – mais des disques de musique peu traditionnelle. La post-production n’a duré que deux ou trois semaines. Leslie Shatz est le mixeur son.

(éléments de presse)

FILMOGRAPHIE  DE  GUS VAN SANT

* 1985 : Mala Noche
* 1989 : Drugstore Cowboy
* 1991 : My Own Private Idaho, primé au Festival du cinéma américain de Deauville.
* 1993 : Even Cowgirls Get the Blues
* 1995 : Prête à tout (To Die For)
* 1997 : Will Hunting (Good Will Hunting)
* 1998 : Psycho
* 2000 : À la rencontre de Forrester (Finding Forrester)
* 2002 : Gerry
* 2003 : Elephant
* 2005 : Last Days
* 2006 : Paris, je t'aime, (segment 4e arrondissement)
* 2007 : Paranoid Park
* Prochainement: The Electric Kool-Aid Acid Test

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