)))  MARIS AVEUGLES
       FOLIES DE FEMMES
       QUEEN KELLY

        
  de Erich VON STROHEIM
    


  • COFFRET 4 DVD
  • 1919 à 1929 - États-Unis
  • Sortie à la Vente en DVD le 11 octobre 2006
    Editions MK2
  • Prix de vente conseillé : 59,99€
POINT DE VUE


Erich von Stroheim (1885-1957), disciple de David Wark Griffith mais encore plus illuminé (et sans doute plus doué) que son maître est le premier des réalisateurs maudits dont l’œuvre fut malmenée par ses producteurs. Du coup, le public connaît plus l’acteur au crâne rasé, au monocle et à la stature figée, abonné aux rôles d’officiers prussiens (surnommé « L’homme que vous aimerez haïr » par la publicité) que le réalisateur génial qu’il fut. Emigré viennois arrivé en 1909 à Hollywood, son passé reste encore aujourd’hui mystérieux même si nous savons qu’il ne fut jamais l’officier aristocrate qu’il incarna maintes fois au cinéma, qu’il rajouta une particule à son nom et qu’on lui avait refusé l’entrée à la cavalerie sans doute parce qu’il était le fils d’un chapelier viennois juif… Ce que l’on sait de façon plus certaine est qu’il fit tous les petits boulots comme cireur de chaussures avant d’arriver à Hollywood pour y balayer les studios de Griffith, être cascadeur, figurant à 4 dollars par jour et se faire assez remarquer pour devenir un des nombreux assistant-réalisateurs de Griffith sur Naissance d’une Nation et Intolérance. Il gardera du maître son amour de la démesure et la haine féroce des conventions sociales ou artistiques. Sa réputation est pleine de budgets qui quadruplent, de durées de films inédites - plus de 9H30 pour la version originale des Rapaces (Greed-1924)-, d’où des remontages sauvages de la part des producteurs qui dénaturent donc son œuvre comme le talentueux Irving Thalberg qui l’avait pris en grippe…

Signe de la démesure de son cinéma, Stroheim fit reconstruire pour le tournage de Folies de Femmes, l’Hôtel de Paris de Monaco à Hollywood, à l’identique, en exigeant qu’on installe chacune des sonnettes (en état de marche) des chambres – alors que le film est muet… Il exige qu’une voiture soit peinte en vert car dans le roman qu’il adapte celle-ci est de couleur verte – alors que le film est en noir et blanc. Dix semaines de tournage pour une scène de baiser… Il n’est pas satisfait du jeu des acteurs qui doivent incarner des aristocrates et fait admettre à ses producteurs qu’ils devraient porter des sous-vêtements en soie de luxe pour que leur jeu s’améliore ! Il a fait perdre de l’argent à tous ses producteurs avec ses films et se ruina lui-même, excepté sa toute première réalisation, Maris Aveugles qui rapporta même plus d’un million de dollars… Mais tout cela n’est qu’anecdotique, même si cette recherche de réalisme est à la mode aujourd’hui dans des films tels que Titanic qui fonctionnent – c’est le cas de dire - malgré des durées et un amour du détail stroheimiens !

Sans pitié pour la censure naissante, ses films traitent ouvertement de sujets tabous tels que la folie, l’inceste, le viol, les perversions sexuelles, la perte de l’innocence, la déliquescence de l’aristocratie, la déchéance morale, le règne des pulsions les plus primaires, le fétichisme sexuel, la fascination de l’argent et la cupidité, le théâtre de la cruauté, la lâcheté des hommes et la bêtise des femmes… des thèmes immoraux pourtant magnifiés par des scènes d’une beauté poétique rarement dépassée.


À l’image de son chef d’œuvre absolu Les Rapaces (Greed-1924) –dont on attend encore une sortie DVD !-, sauvagement mutilé au montage (on passa d’une version de 9H30 à un peu plus de 2 heures) pour en fabriquer une version au potentiel économique plus grand… malheureusement il ne reste rien des scènes coupées pour reconstituer une de ces Director’s Cut tant à la mode. Stroheim avoua à la fin de ses jours en guise de testament : «Je considère que j’ai fait un seul film dans ma vie et personne ne l’a vu. Ses pauvres restes, mutilés, furent projetés sous le titre de Greed.». On peut tristement affirmer qu’il est impossible de voir ses films tels qu’il les avait originellement tournés et pourtant tous s’accordent pour dire qu’ils sont quand même des chefs d’œuvres ! Qu’en dirions-nous si nous pouvions les voir dans leurs durées originales et dans des copies en bon état ?

Le drame de Stroheim, « auteur total » annonçait une ère nouvelle à Hollywood : celle des producteurs-rois tout puissants que Stroheim traitera de «marchands de saucisses» après le charcutage de ses films… Le chef-d’œuvre absolu d’Erich von Stroheim, résume bien sa place dans l’Histoire du cinéma qui ne sera pas démentie par le coffret que MK2 nous offre et qui réunit trois films et un documentaire. Sa première réalisation, Blind Husbands (Maris aveugles-1919), Foolish Wives (Folies de Femmes-1922) – le plus intéressant par sa mise en scène et parce qu’il est radicalement plus long que les versions connus- et sa dernière réalisation –si l’on omet des co-réalisations qu’il ne maîtrisa pas - dont il reste plus grand-chose, Queen Kelly (1929) avec Gloria Swanson qu’il emprunte à son modèle David Wark Griffith.

Blind Husbands (Maris aveugles ou La Loi des montagnes -1919)
Première réalisation d’Erich von Stroheim d’après son propre roman The Pinacle qu’il adapte lui-même et incarne le rôle principal, aborde l’éternel triangle amoureux en réussissant à renouveler l’exercice grâce à un point de départ audacieux. Stroheim traite de la rupture amoureuse non pas en honnissant le diabolique amant (Stroheim lui-même) qui vient perturber la quiétude du couple et tenter la faible femme, mais se pose la question honnête si le manque d’affection du mari n’est pas la cause du désamour de la femme délaissée… L’ amant ne venant que combler un vide –ce que la Nature déteste… Pour ne citer que le carton d’ouverture : «…on blâme toujours l’autre homme mais que dire du mari ? »… Le film tente une réponse sans pouvoir toujours échapper au manichéisme puisqu'évidemment l’ordre matrimonial reprendra son droit. Le couple est parti à la montagne où le mari espère retrouver un ami, Sepp (le McTeague des Rapaces), guide de haute montagne, afin de faire de longues randonnées, la femme restant logiquement au village… le Lieutenant van Steuben qui a compris la situation et a lu le désespoir dans le regard de l’épouse remplace le mari défaillant. Une idylle naît avant même que les deux amants ne le comprennent au contact de cette Nature luxuriante et sauvage. Sepp est témoin de leurs corps qui se rejoignent et se contente de regarder, d’attendre.
Stroheim fait ici plus penser à une autre figure à venir quelques années plus tard : le Nosferatu (1921) de F.W. Murnau… Il vampirise littéralement la pauvre femme qui se trouve sous son contrôle. Des silences, des regards peuvent laisser comprendre qu’elle pousse les deux hommes à se battre pour elle. Maris aveugles devient alors un duel entre les deux hommes sur les cimes alpines pour la possession de Margaret… L’amant inopportun est finalement écarté, une apparence d’amour s’installe mais le spectateur n’est pas dupe…

Maris aveugles est vu du point de vue de cette femme. Stroheim n’ose pas choisir et tente de justifier son indécision au spectateur (d’où sa modernité) par des visions nostalgiques ou fantasmées qu’elle nous impose mais qui cachent mal la noirceur de ses sentiments.

Foolish Wives (Folies de Femmes-1921)
À Monaco, le Comte Vladislaw Sergius Karamzin (Erich von Stroheim), officier de l’armée russe, vit en exil avec ses deux charmantes cousines et passe ses journées à déguster du caviar au petit-déjeuner et dépenser son argent le soir dans les casinos… Enfin en apparence.
Folies de Femmes s’intéresse à dénoncer toutes les apparences du monde des aristocrates puisqu’en réalité le Comte n’est qu’un simple arnaqueur érotomane qui vit avec deux « cousines » qui sont en réalité ses complices et ses partenaires sexuelles. Ils écoulent de la fausse monnaie dans les casinos monégasques qu’un artiste local leur fournit… Recherchant à solidifier leur couverture, ils décident de se faire amis avec le nouvel ambassadeur des USA à Monaco et en particulier son épouse un peu candide que le Comte espère bien soumettre à son pouvoir sexuel…
Après deux succès inattendus, ce troisième long-métrage d’Erich von Stroheim représente sa première œuvre monumentale et aussi (ou donc) le début de sa déchéance à Hollywood. Ainsi, Folies de Femmes fut le premier film dont le budget dépassa le million de dollars et battit tous les records de pellicule impressionnée pendant les onze mois de tournage. Stroheim aurait accumulé 320 bobines ! À son premier montage de huit heures, le film s’élevait à 32 bobines et se résumera finalement à seulement 7 bobines après que la censure et les producteurs fussent intervenus. Lorsque le producteur, Carl Laemmle, se rendit compte que Stroheim ne finirait jamais le film dans les délais et les limites du budget initial, il fit construire un panneau publicitaire géant sur Sunset Boulevard qui annonçait quotidiennement l’évolution du budget en transformant le «S» de Stroheim par un «$»… Là serait née sa réputation de réalisateur dispendieux !

Mais qu’en est-il du film lui-même ? Difficile de critiquer la narration tant le film à été rapiécé au fur et à mesure des remontages, ce qui lui donne un rythme étrangement haché voire une impression d’irréalité tant les évènements donnent l’impression de se succéder, sans s’inquiéter d’expliquer ou de justifier l’intrigue. Pourtant le montage qui nous est présenté par MK2 est le plus long disponible, c'est-à-dire la restauration de 2003 culminant à 143 minutes contre 107 minutes auparavant – mais quatre fois moins longue que la version originale ! Néanmoins il demeure des portraits saisissants de cette aristocratie en putrescence malgré le clinquant des décors. Comment ne pas oublier des scènes comme celle où le Comte embrasse sa servante amoureuse de lui pour lui extorquer les économies de toute une vie et qui s’essuie les lèvres de dégoût alors qu’elle est en plein ravissement rêvant déjà au mariage… Le regard concupiscent du comte sur la jeune fille retardée mentale de son faux monnayeur qu’il viendra à la toute fin violer une nuit dans sa chambre (scène disparue du montage) et que le père tue et jette à la toute fin dans les égouts. La pourriture retourne là d’où elle vient… La fameuse scène où le Comte a attiré la femme de l’ambassadeur dans une cabane en pleins marais une nuit de tempête ; elle se déshabille pour se sécher ; gentleman il se retourne mais sort un miroir de poche et l’observe tel l’oiseau de proie avant de fondre sur l’animal égaré… L’arrestation des deux cousines par la police qui leur présentent leurs fiches de police avec leurs véritables identités : elles enlèvent alors leurs perruques blondes qui dévoilent leurs chevelures banales et vulgaires… À l’Hôtel de Paris, le Comte et l’Ambassadrice regardant un soldat avec le plus grand dégoût mêlé de dédain alors qu’il ne se baisse pas – à plusieurs reprises- pour ramasser un livre, châle, etc. qu’elle a laissé tomber. A la toute fin, alors qu’elle a échappé à l’emprise du Comte elle voit enfin la réalité et ne se fie plus aux apparences et réalise que c’est un mutilé de guerre qui n’a plus de bras. Elle se jette sur lui, suppliante et rachète son âme… ou n’est-ce là encore qu’une apparence ?

Ce qui fait la modernité de Folies de Femmes c’est son refus du manichéisme puisque les victimes sont aussi détestables que leurs bourreaux. En fait, Stroheim n’aime rien ni personne à part son film –démarche allant à l’encontre du cinéma hollywoodien de l’époque. Voilà sans doute la véritable raison du désamour d’Hollywood pour ses films. Même si le film remporta un bon succès au box-office il se mit à dos diverses ligues de morale dont la surpuissante American Legion of Decency qui fit sa loi à Hollywood les années suivantes.

Nachiketas Wignesan






















MARIS AVEUGLES

SYNOPSIS

En vacances dans les Alples, un militaire autrichien très séducteur tente de conquérir Margaret, l'épouse du Dr Armstrong qui semble la délaisser quelque peu. La loyauté de Margaret s'en trouve mise à l'épreuve, et les deux hommes se préparent à un affrontement...

FICHE TECHNIQUE

1919 - 1h33 - titre original: Blind husbands

Réalisation & Scénario
:Erich Von Stroheim d’après sa propre histoire ‘The Pinnacle
Avec:
Sam De Grasse, Erich Von Stroheim, Francelia Billington, Gibson Gowland

Production: Universal
Photographie : Ben F. Reynolds
Musique : Donald Sosin

FOLIES DE FEMMES
SYNOPSIS
À Monaco, le comte Karamzin et deux princesses, Olga et Vera, se font passer pour des aristocrates russes en exil afin d'écouler de la fausse monnaie. Karamzin séduit la femme d'un ambassadeur américain et lui extorque une grosse somme d'argent. Apprenant la vérité, l'ambassadeur intime l'ordre à Karamzin de quitter la ville.
FICHE TECHNIQUE
1922 - 2h23 - titre original: Foolish wives

Réalisation & Scénario
:Erich Von Stroheim d’après sa propre histoire
Avec:
Erich Von Stroheim, Rudolph Christians, Miss DuPont, Maude George
Photographie : Ben F. Reynolds, William H. Daniels
Musique : Sigmund Romberg
QUEEN KELLY
SYNOPSIS
Le prince Wolfram doit épouser la reine Regina, mais il tombe amoureux de la jeune Kelly, élève d'un couvent. La nuit même, il l'enlève, et déchaîne la fureur de la reine...
FICHE TECHNIQUE
1929 - 1h41 - titre original: Queen Kelly

Réalisation & Scénario
:Erich Von Stroheim d’après sa propre histoire
Avec:
Gloria Swanson, Walter Byron, Seena Owen, Sylvia Ashton
Photographie : Paul Ivano, Gordon Pollock, William H. Daniels, Ben F. Reynolds et Gregg Toland
Musique : Adolph Tandler
Production: Gloria Swanson Pictures Corporation
BONUS DU COFFRET

DVD1
-"The Great Gabbo" (Gabbo le ventriloque) de James Cruze
USA – 96 mn - 1929
Avec: Erich von Stroheim (le Grand Gabbo), Betty Compson (Mary), Donald Douglas (Frank), Marjorie Kane (Babe (sous le nom Marjorie 'Babe' Kane), Harry Ross (le chanteur)
Scénario : Ben Hecht d’après ‘The Rival Dummy’ - Photographie : Ira H. Morgan - Musique : Donald McNamee, King Zany et Howard Jackson




Voilà un bonus bien généreux et précieux puisque l’on a ici tout simplement un long métrage entier de 96 minutes ! Film invisible que l’on a souvent attribué à Stroheim mais signé par James Cruze le modeste réalisateur d’un western mythique, The Covered Wagon (La Caravane vers L’Ouest-1923). The Great Gabbo sonne le retour de Stroheim au simple rôle d’acteur d’un film qu’il avait pourtant rêvé de faire depuis des années. Comme Orson Welles que l’on a toujours suspecté d’avoir réalisé Voyage au Pays de la Peur alors qu’il n’en était qu’un acteur, les mêmes rumeurs ont couru sur ce film. Le voir résout définitivement la question… Peu de "Stroheim-touch" dans ce film, hormis la présence physique de l’acteur ! Film assez anodin et statique. Cela dit, c’est un étrange hybride entre –modestement- le film musical (tendance Busby Berkley) à la mode avec l’avènement du parlant et un film à la Tod Browning sans la touche surnaturelle… Reste le fameux Gabbo ventriloque sadique qui torture son entourage et se retrouve avec un seul ami au monde : sa poupée… À voir, mais sans s’attendre à découvrir un Stroheim inédit ! NW

 

-Galerie photos

-Extraits du dossier de presse original

-Portraits d'Erich von Stroheim


DVD3

-"The Man Who You Loved To Hate"
documentaire sur E. von Stroheim (1979 - 74')

Documentaire TV des années 80 (à l’image floue qui rappellera les heures de gloire de la VHS à ses nostalgiques !) qui a le mérite de compiler des images de Stroheim et de ceux qui l’ont connu ou tout simplement approché. Pas un travail critique mais classiquement hagiographique. Les anecdotes et les témoignages de certains des piliers du grand Hollywood rendent l’objet passionnant et tout simplement touchant. NW

-Scènes censurées (4')

-Notes d'Eric von Stroheim


DVD4
Scènes coupées (19')

-"The Swanson Ending"
fin du film tournée à l'initiative de Gloria Swanson après l'éviction d'Erich von Stroheim (5'30")

-Souvenirs de Gloria Swanson

-Galerie photos (20')

-Notes d'Eric von Stroheim


 
  •  LES DVD
    3 DVD 9 + 1 DVD5 - Zone 2 - couleurs
    NOUVEAUX MASTERS RESTAURÉS

    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1/33

    Son
    : muets sonorisés en mono
    Sous-titres:
    Français sur intertitres anglais
    Menu musical et animé

    EN SAVOIR +
    Biographie et filmographie de Erich VON STROHEIM, ici (wikipedia)
                               

                                
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