))) COFFRET WAYNE WANG 
             UN MILLIER D’ANNEES DE BONNES PRIERES
             LA PRINCESSE DU NEBRASKA
             DIM SUM
             CHAN IS MISSING             
 

  • 1982 à 2008 - Etats-Unis - durée: 5h28 (+ 23' de bonus)
  • Sortie à la Vente en DVD le 19 mars 2009
  • Éditions Diaphana

SYNOPSIS

De 1900 à 1967, les immigrants chinois aux États-Unis étaient des paysans du sud de la Chine. Plus tard, suite aux nouvelles lois sur l’immigration, d’autres sont arrivés de Hong Kong et de Taïwan. Les premiers immigrants étaient surtout des réfugiés.
Aujourd’hui, et depuis une dizaine d’années, la majeure partie de la population immigrante aux États-Unis vient de Chine.
Résidant et travaillant aux États-Unis depuis l’âge de 18 ans, Wayne Wang nous parle de ces communautés chinoises, à travers ses quatre films.

POINT DE VUE

À travers ces quatre métrages, de rythme et de technique parfois très différents, Wayne Wang aborde le thème de l'intégration des immigrés chinois aux Etats-Unis, de la « collision culturelle » entre les générations et de leur difficile communication.

Sortis en même temps sur les écrans français (été 2008), Un millier d’années de bonnes prières et La princesse du Nebraska constituent un diptyque réussi dont chaque volet fait le portrait de deux jeunes femmes d'origine chinoise. Dans Un millier d’années, Yilan (Faye Yu) dont la vie semble stable (travail dans un campus universitaire, appartement dans résidence, pas de relation avec le milieu de la nuit si ce n’est pour aller au cinéma), reçoit chez elle, dans une ville américaine qui n’est pas nommée, le vieux Mr. Shi (Henry O), son père qui vient de Chine. Elle n'est pas très à l'aise avec lui. L'acculturation de Yilan sur le territoire américain, à commencer par l’apprentissage de l’anglais qui lui accorde une liberté de pensée et d’expression que le mandarin ne permettait pas, l’a éloigné de ses proches qui sont chinois (famille et mari). Alors que Mr. Shi, n’ayant que faire des différences linguistiques, entame sans déplaisir la discussion avec quiconque (dans l’avion, au bord de la piscine, dans un parc), la communication avec sa fille est presque brisée, les silences nombreux. Durant le trajet en voiture qui les mène de l’aéroport au domicile de Yilan (jamais Wang ne réunit ses personnages en un même plan), le père lance sur sa fille des regards restés sans réponse. L’idée retenue par le réalisateur est celle de la rupture : entre deux personnes et deux générations, entre deux modes de vie et deux sphères culturelles (mœurs chinoises anciennes et mœurs américaines modernes). Les images très cloisonnées approfondissent l’idée : l’ensemble résidentiel dans lequel vit Yilan (très bien filmé), l’intérieur de son appartement, son bureau… Le cinéaste fait en sorte de multiplier les lignes qui découpe ses plans, divisent, isolent et recadrent les personnages.

Dans La princesse du Nebraska, Sasha (interprétée par Li Ling), d'une dizaine d'années plus jeune que Yilan, est sur le point de se faire avorter. Le film est très linéaire, en ce sens que jamais Wayne Wang ne quitte son personnage (il est au cœur de chaque séquence et de chaque scène) et que son action se concentre sur deux jours seulement. La linéarité se construit surtout avec les déambulations de Sasha le long des avenues de San Francisco. Pourtant, ces rues larges et droites ne s’accordent en rien avec les pensées curvilignes de la jeune femme. La caméra ici n'a plus la stabilité qu'elle a dans Un millier d'années. Wayne Wang suit Sasha partout et montre sa détresse, non seulement lorsqu’elle pleure ou qu’elle se recroqueville contre un rideau de fer, mais continuellement en jouant sur les cadres. Il casse son personnage en la filmant par bout : le premier plan cadre ses pieds, les gros plans de son visage sélectionnent un œil ou un front, les images du téléphone portable au format 4/3 la rapetissent à l’écran et l’écrasent dans un cadre plus étroit encore… Enfin, la caméra à l’épaule traduit d’une autre façon le trouble permanent de Sasha. Seul, le dernier plan est une image fixe du personnage debout et entier, en chemise blanche et en train de chanter. La métaphore d’une libération après un avortement dont Wang aurait fait l’ellipse, presque une purification, serait-on tenté de déduire… Cependant, Sasha est de dos et face à un mur gris immense. Le réalisateur nous laisse dans ce paradoxe et la question reste en suspens : Sasha est-elle sortie de son impasse ?

Wayne Wang parle du mélange des deux langues et des deux cultures comme « d’un troisième élément qui est plus créatif et libérateur »*, pourtant ce diptyque, me semble-t-il, ne transmet pas cet optimisme. Un millier d’années de bonnes prières, comme La princesse du Nebraska, est d’une plastique magnifique, mais je suis plus sensible au premier, à sa douce lenteur et à sa description des relations contrariées entre un père et sa fille.

Les « malentendus interculturels » restent au cœur des deux autres films. Chan is missing, qui rappelle les ambiances de certains Jarmush (par exemple la série des Coffee and cigarettes) est, en 1981, la deuxième réalisation du cinéaste hongkongais. Dans le Chinatown de San Francisco, Jo (Wood Moy) et Steve (Marc Hayashi) sont à la recherche d'un troisième type, Chan, qui a disparu avec des milliers de dollars qui ne lui appartiennent pas. Dans un noir et blanc qui se prête particulièrement bien au genre, ils mènent donc l'enquête dans le quartier, auprès des commerçants et de sa famille pour tenter de le retrouver. En vérité, l'enquête porte autant sur Chan que sur l'intégration de la communauté chinoise aux Etats-Unis. Le réalisateur souligne les difficultés de compréhension entre les populations en raison de différences structurelles de leur langue respective, mais relève aussi les éléments culturels (ou « sous-culturel ») qui réciproquement les attirent (la cuisine d'un côté, le rock de l'autre, le cinéma de genre pour les deux pays, arts martiaux, polars...). Et qu'arrivent-ils aux individus qui ne veulent pas se fondre dans le moule américain ? Ils disparaissent : c'est ce qui est arrivé à Chan puisque, selon plusieurs témoins, sa femme y compris, « Il n'aimait pas les Etats-Unis. Il était trop Chinois ». Ce qu'il faut faire pour un nouvel arrivant Chinois sur le territoire américain ? D'après un professeur d'anglais aux origines chinoises : « prendre le meilleur de notre culture et essayer aussi de prendre le meilleur de ce pays ». Il enrichit aussitôt son propos par un exemple concret, la tourte aux pommes qu'il vient d'acheter qui a une « forme bien américaine » mais qui intègre des techniques de cuissons chinoises (!).

Dans une des dernières scènes, Jo fait la rencontre d'un autre lettré et lui avoue ne pas comprendre le mystère qui enveloppe la disparition de Chan... Peut-être est-ce parce qu'il ne pense pas chinois... Ainsi, Chan is missing ne serait-il pas aussi le constat d'une perte de la culture chinoise de la part des immigrants ? Chinese missing ?

Après Chan is missing, Wayne Wang tourne Dim sum en 1984. Le constat se répète : d'une génération à l'autre, la part chinoise de l'acculturation des immigrés a tendance à diminuer. Ainsi, des éléments constitutifs de l'identité chinoise se transmettent, la langue, l'écriture et le calendrier par exemple. D'anciennes habitudes se perpétuent. Geraldine (Laureen Chew) et ses amies reproduisent les gestes de leurs parents quand elles jouent au mah-jong. Mais d'autres éléments se perdent, comme certaines pâtisseries du dim sum (petits gâteaux chinois) que l'on ne sait plus préparer. De plus, l' « américanisation » se lit à l'image lorsque apparaissent les marques et les personnages, emblèmes célèbres et ici véritable incarnation du mode de vie moderne de l'Américain moyen (fast-food, cola, Mickey Mouse, magazines de mode). Le réalisateur fait contraster ces influences locales avec le milieu dans lequel il les insère (cuisine asiatique / cola ; belle robe traditionnelle /simple sweat-shirt universitaire ; ombres chinoises sur une façade d'immeuble). Dum sum est un très joli film dans lequel Wang laisse le temps aux spectateurs de s'installer et de constater le devenir d'une population qui loin de ses racines, ne prête pas attention au lent affadissement de son identité culturelle.

Au moins trois de ces quatre métrages présentent une intéressante unité géographique. Chan is missing, Dim sum et La princesse du Nebraska se situent à San Francisco. Le choix de cette ville n'est pas innocent puisque, outre le fait qu'il s'agisse ou qu'il s'est agit du lieu de résidence de Wayne Wang, la métropole californienne accueille une des plus importantes communautés asiatiques d'Amérique du Nord. Le quartier de Chinatown est filmé sous différents angles et Wang enchaînent parfois les plans de manière à souligner le contraste entre des architectures très américaines et d'autres typiquement asiatiques. Les lieux qui apparaissent dans ces trois films offrent la possibilité d'une reconstruction mentale de San Francisco assez cohérente : le cœur du quartier chinois, ces célèbres avenues en pente et quelques vues, dont une image du Golden Gate, qui donnent sur l'océan séparant la terre d'accueil du pays d'origine. Chinatown n'est pourtant qu'à quelques blocs du bouquet de gratte-ciel de la ville, mais jamais cet hyper centre n'est visible. Wayne Wang met superbement les périphéries en images comme si elles résumaient seules la situation de la communauté chinoise aux Etats-Unis.

Benjamin Fauré


*Brochure promotionnelle, Un millier d’années de bonnes prières / La princesse du Nebraska, AFCAE, 2008.








 

   
FICHE TECHNIQUE
  •  LES FILMS

    Chan is missing
    1981 – Etats-Unis - 80 min – noir et blanc
    Synopsis: Dans le Chinatown de San Francisco, deux hommes recherchent un mystérieux individu qui a disparu après leur avoir dérobé 4.000 dollars...

    Réalisation :Wayne Wang
    Acteurs: Wood Moy, Marc Hayashi, Laureen Chew

    Dim sum
    1984 – Etats-Unis - 87 min – couleur
    Synopsis: À San Francisco, une immigrée chinoise de 62 ans, veuve et mère d’une jeune femme à la vie amoureuse incertaine, entreprend un voyage vers son pays natal, à la recherche de ses racines...

    Réalisation :Wayne Wang
    Acteurs: Laureen Chew, Kim Chew, Victor Wong

    Un millier d’années de bonnes prières
    2008 – Etats-Unis - 84 min – couleur
    Synopsis:
    Après son divorce, Yilan, une jeune femme chinoise installée dans une petite ville des États-Unis, reçoit la visite de son père, M. Shi, vivant à Pékin, et désireux de l’aider à surmonter sa peine. M. Shi découvre alors avec surprise la vie de sa fille dans ce pays étranger et il comprend rapidement qu’elle n’a pas vraiment besoin de lui, qu’elle ne souffre pas de sa séparation avec son mari.

    Réalisation :Wayne Wang
    Acteurs: Henri O, Faye Yu, Vida Ghahremani, Pasha Lychnikoff

    La princesse du Nebraska
    2008 – Etats-Unis - 78 min – couleur
    Synopsis: Sasha est originaire de Pékin. Elle suit sa première année d’université aux États-Unis, à Omaha dans le Nebraska. Suite à des vacances passées en Chine, elle se découvre enceinte de 4 mois et décide de partir à San Francisco pour interrompre sa grossesse. Sans nouvelle du père de son enfant, Yang, un jeune artiste chinois, Sasha retrouve à San Francisco Boshen, l’ex-amant de Yang de retour aux États-Unis, qui essaie de la convaincre de garder l’enfant.

    Réalisation :Wayne Wang
    Acteurs: Ling Li, Pamelyn Chee, Brian Danforth, Patrice Lukulu Binaisa


  •  LES DVD

    3 DVD-9 – Zone 2 – PAL – Image : 1.33, 1.85 et 2.35 (16/9 compatible 4/3)
    Couleur et Noir & Blanc –
    Son : Dolby Stéréo
    Langues : version originale (anglais et cantonais)
    Sous-titres : français


  • BONUS

    * Scènes coupées de Dim Sum
    - 10 mns
    * Entretien avec Wayne Wang
    - 15 mns
    * Filmographie de Wayne Wang + bandes annonces -
    8mns

    Notre avis
    : Les scènes coupées de Dim Sum sont étonnantes. Elles auraient en grande partie modifié l'atmosphère du film car elles se concentrent sur Géraldine et sa bande de copines. Sexe et musique en sont les thèmes privilégiés.
    Dans son entretien, Wayne Wang évoque ses influences, ses thèmes de prédilection et ce qu'il est allé puiser dans sa propre vie pour faire ses films. BF
 BIO & FILMO DE WAYNE WANG                                                  
Wayne Wang doit son prénom à l’acteur préféré de son père, John Wayne.
Diplômé du lycée jésuite de Wah Yan, il s’installe à 18 ans aux Etats-Unis pour poursuivre ses études. En 1975, il réalise son film de fins d'études, A Man, A Woman And A Killer. Il revient alors à Hong-Kong et obtient un poste au R.J.H. - Radio and Television Hong Kong - berceau de la nouvelle vague des jeunes réalisateurs Hong-Kongais.

Il retourne peu après à San Francisco et vit au sein de la communauté de nouveaux immigrants
asiatiques qui lui inspire son second long métrage, le thriller Chan is Missing (Chan a Disparu) qu’il réalise en 1981.
Son troisième film, Dim Sum : A Little Bit Of Heart (Dim Sum), est présenté en première mondiale dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 1984 et est cité au BAFTA Award du meilleur film étranger.
En 1987, il dirige Mary Elizabeth Mastrantonio et Virginia Madsen dans un thriller à tendance érotique intitulé Slamdance.

Puis il met en scène Smoke d'après une comédie dramatique écrite par Paul Auster sur les destins entrecroisés d'un écrivain désespéré (William Hurt) et d'un photographe amateur (Harvey Keitel). Ce film remporte l'Ours d'argent au Festival de Berlin et est nommé au César du meilleur film étranger. Forts de ce succès, Wayne Wang et Paul Auster coréalisent en 1996 Brooklyn Boogie.

Dès lors, de nombreuses stars se bousculent pour tourner sous la direction du cinéaste. : Susan Sarandon dans le drame familial Ma Mère, Moi Et Ma Mère (1999), Molly Parker dans le sulfureux Le Centre Du Monde, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2001, ainsi que Jennifer Lopez et Ralph Fiennes dans une version moderne du conte de Cendrillon intitulée Coup De Foudre A Manhattan (2002).

2008 LA PRINCESSE DU NEBRASKA
UN MILLIER D’ANNÉES DE BONNES PRIÈRES
2006 VACANCES SUR ORDONNANCE (LAST HOLIDAY)
2005 WINN-DIXIE, MON MEILLEUR AMI
2002 COUP DE FOUDRE À MANHATTAN
2001 LE CENTRE DU MONDE
1999 MA MÈRE, MOI ET MA MÈRE (ANYWHERE BUT HERE)
1997 CHINESE BOX
1995 BROOKLYN BOOGIE (BLUE IN THE FACE) & SMOKE
1993 LE CLUB DE LA CHANCE (THE JOY LUCK CLUB)
1989 LIFE IS CHEAP... BUT TOILET PAPER IS EXPENSIVE
EAT A BOWL OF TEA
1988 DIM SUM TAKE OUT
1987 SLAM DANCE
1985 DIM SUM: A LITTLE BIT OF HEART
1982 CHAN A DISPARU (CHAN IS MISSING)
1975 A MAN, A WOMAN AND A KILLER

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