)))  EDVARD MUNCH
        
de Peter WATKINS                            

 

  • Drame pictural - 1974 - Norvège/Suède - durée: 3h11
  • Sortie à la Vente en DVD en 2005
    Editions Doriane &
    Co-errances
  • Prix de vente conseillé : 25€

SYNOPSIS

Une biographie très subjective des jeunes années du peintre norvégien expressionniste Edvard Munch, aux prises avec la société puritaine de son temps.

POINT DE VUE
 

Le coup de foudre eut lieu au cours de l'hiver 1968. Invité à débattre sur l'un de ses films (La bataille de Culloden) dans une grande salle d'un musée d'Oslo, le cinéaste Peter Watkins visite la collection pendant la projection et découvre brutalement les oeuvres du peintre norvégien Edvard Munch dont il ne soupçonnait pas l'existence. Comme s'il découvrait son propre visage dans un miroir, Watkins va trouver dans la vie et la peinture de Munch matière à exprimer ses propres obsessions tant sur le plan affectif, artistique que politique.

L’enfant malade
est la pièce maîtresse de l'oeuvre de Munch; le tableau représente sa sœur aînée, alitée, mourante, le visage de profil et à ses côtés, une femme à genou, la tête penchée lui tenant la main - Tons bleus vert, touches brisées et des coups de couteaux - Douceur des couleurs et violence du trait. Munch a 22 ans quand il peint ce tableau et pendant 40 ans, il ne cessera de le repeindre, l'épurant jusqu'à l'extrême, abolissant les perspectives, effaçant les décors pour aller au plus près de l'émotion. En s'éloignant du naturalisme, c'est-à-dire d'une vision extérieur du monde, Munch invente l'expressionnisme, une vision de l'intérieur. C'est aussi l'exacte recherche de Peter Watkins. En déconstruisant progressivement son récit, en entrechoquant les différentes époques, le cinéaste transforme les images 'objectives' de la vie de Munch en images mentales: la maladie, la tuberculose, les crachats de sang de sa mère, puis de sa soeur, et cette toux chronique qui ne le quittera pas, l'autorité de son père et sa morale puritaine, l'amitié avec le clan des Bohémiens et le philosophe anarchiste Hans Jaeger, puis son amour pour Madame Heiberg, la douceur des ses baisers, son corps comme un refuge, mais la jalousie maladive de Munch et son isolement, sa solitude. Par cet enchevêtrement complexe de souvenirs obsédants, Watkins nous fait pénétrer l'esprit du peintre et nous place au plus près des affres de sa création et de la mitoyenneté de la mort qui ne cessera de le hanter.

Dès sa première réalisation professionnelle en 1964, La bataille de Culloden, Peter Watkins met en place une mise en scène originale, un mélange stylistique novateur entre le documentaire et la fiction. Culloden est une reconstitution de la bataille sanglante livrée en Écosse en 1746 entre les forces du gouvernement et les clans rebelles des Highlands et le jeune cinéaste britannique choisit de filmer cette page d'histoire comme s'il s'agissait d'un reportage télévisuel avec prises de vues sur le terrain et interviews des protagonistes. Son idée est de créer une "histoire vivante" et de lutter contre la Monoforme, néologisme qu'il invente pour parler de la standardisation des structures narratives du cinéma et de la télévision (1). Watkins reprend ce procédé, l'applique à son Munch et insuffle ainsi à son film une contemporanéité, une modernité unique. Les incessants regards caméra des personnages du film prennent le spectateur en témoin d'une histoire qui se déroule inexorablement au temps présent.

En 40 ans de cinéma, Watkins s'est trouvé confronté à maintes reprises face à l'incompréhension et la censure de son oeuvre. En 1965, il montre les horreurs d'une attaque nucléaire contre la Grande-Bretagne dans La bombe, ce qui provoquera un scandale important et la suppression du film par la BBC. Trois ans plus tard, il tourne Les gladiateurs, un film pacifiste attaqué en Suède. En 1970, c'est la presse américaine qui s'acharne sur Punishment Park, une allégorie politique contre la répression intérieure exercée par le président Nixon. Encore aujourd'hui, le film est censuré aux États-Unis. Edvard Munch a vécu cette même hostilité à l'égard de sa peinture. Quand l’Union des artistes Berlinois l’invite à exposer ses œuvres à Berlin, la salle qui lui est consacrée est fermée au bout d’une semaine, l'intelligentsia estimant son travail exécrable. Cette séquence filmée est l'occasion pour Watkins de mettre à l'index un intellectualisme conservateur et poussiéreux qui renvoie la critique d'aujourd'hui à sa propre position.

Il faut aussi rendre hommage au magnifique travail de lumière et de couleur du chef opérateur
Odd-Geir Sæther ainsi qu'à tous ces visages inconnus qui peuplent ce film, du jeune Geir Westby (Munch) à Kåre Stormark (le philosophe Hans Jaeger) et Gro Fraas (Fru Heiberg) pour ne citer que les principaux.

Edvard Munch
est une oeuvre totale, un film-somme, complexe, multiple, d'une richesse infinie, et peut-être le plus grand film existant sur la peinture.

Laurent Devanne




(1) " Aujourd'hui, la majorité des films de cinéma et des émissions de télévision (y compris les journaux d'information) qui prétendent traiter de notre histoire passée et présente, codifient notre expérience audiovisuelle de cette histoire à travers des formes hiérarchiques et rigides, notamment des montages et des structures narratives standardisées qui sont totalement antithétiques à l'expérience réelle que nous faisons de la vie." (extrait de l'Auto-interview dans le livret accompagnant le DVD).























   
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VOIR AUSSI

GLADIATORS
&

PUNISHMENT PARK
FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Scénario, Montage &
    Réalisation :Peter Watkins
    Photographie : Odd-Geir Sæther
    Direction artistique : Grethe Hejer
    Interprétation: Geir Westby, Gro Fraas, Khersti Allum, Eric Allum, Amund Berge
    Production: Norsk Film A/S - Norsk Rikskringkasting- Sveriges Radio
 
  •  LE DVD

    Zone 2 - couleurs
    Durée du film: 211'
    Image & Son :
    Ecran: 4/3
    Format : 1:33
    Langue: VO (norvégien, anglais et allemand) en Dolby Digital Stéréo

    Sous-titres:
    Français
  • COMPLÉMENTS

    * LIVRET de 20 pages: Auto-interview de Peter Watkins (datée de mai 2005 à Vilnius).
    En avant-propos, l'éditeur explique ceci: "Des journalistes ont par exemple expurgé leurs entretiens avec Peter de toutes les références critiques qu'il avait faites et n'ont conservé que ses commentaires artistiques ou techniques. Et même lorsque les journalistes se décident à laisser ses remarques sur la crise dans les mass media ou sur le sens politique de son travail, ce sont les rédactions qui se chargent de les réduire ou de les couper. Au final, l'article ne peut qu'être déséquilibré et vidé de tout contexte politique ou critique. Pour cette raison et pour bien d'autres, Peter Watkins se refuse maintenant à toute interview." Au cours de cette longue et précieuse auto-analyse, il revient sur l'origine de son projet, le tournage et son travail avec le chef opérateur Odd Geir Saether, sur la rencontre "miraculeuse" avec l'acteur Geir Westby, le montage contre ce qu'il appelle la 'Monoforme' et bien entendu sur la dimension politique du film.

    *Galerie d'oeuvres de Bruce Clarke, plasticien et photographe, auteur de l'affiche du film.

    * Études sur le film par Joseph Gomez (Edvard Munch de Peter Watkins : Le réalisateur, le sujet et nous), Jean-Pierre Le Nestour (Le K Watkins) & Jordi Vidal (Peter Watkins: la danse de la vie).

    * Filmographie de Peter Watkins

    * Biographie d’Edvard Munch


FILMOGRAPHIE DE PETER WATKINS




1956 - The Web (amateur)
1958 - The Field of Red (amateur)
1959 - Journal d’un soldat inconnu (amateur)
1961 - Visages oubliés (amateur)
1962 - Dust Fever (amateur, inachevé)
1964 - La Bataille de Culloden (Angleterre)
1966 - La Bombe (Angleterre)
1967 - Privilège (Angleterre)
1969 - Gladiateurs (Danemark)
1971 - Punishment Park (E.-U.)
1973 - Edvard Munch (Norvège)
1975 - Génération 70 (Suède/Norvège) Fällen (The Trap) (Suède)
1977 - Force de frappe (Danemark)
1987 - Le Voyage (Divers pays)
1991 - The Media Project (Nouvelle-Zélande)
1994 - Le Libre Penseur (Suède)
2000 - La Commune (Paris, 1871) (France)

POUR EN SAVOIR +
Coopérative Co-errances
 
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