)))  THE GLADIATORS
        
de Peter WATKINS                            

 

  • Anticipation - 1969 - Suède - durée: 1h25
  • Sortie à la Vente en DVD en 2006
    Editions Doriane
  • Prix de vente conseillé : 25€

SYNOPSIS

Dans un avenir proche, le monde est scindé en deux blocs : d'un côté, la Chine et, de l'autre, l'Afrique, l'Europe et le reste de l'Asie, placés sous la surveillance de l'URSS et des États-Unis. Seul l'équilibre nucléaire maintient l'ordre mondial en empêchant la guerre. On organise cependant des "Jeux de la paix", combats destinés à canaliser puis à sublimer les instincts agressifs. Sous le regard des attachés militaires des deux camps venus suivre l'événement en badinant autour d'une tasse de thé, deux équipes de gladiateurs modernes s'affrontent. L'arbitre est un ordinateur, et il marque les points en comptabilisant la liste des morts sanglantes. Mais, cette fois-ci, le jeu sera perturbé par l'intrusion d'un jeune contestataire français qui va tenter de mettre en échec la Machine.

VOIR AUSSI

EDVARD MUNCH
de P. WATKINS
 
POINT DE VUE
 

Il est la figure du réalisateur engagé, marginal et marginalisé, radical et intransigeant dans son usage du cinéma. Sans attaches géographiques, ou plutôt les ayant traversées de toutes part ( il a travaillé en Grande-Bretagne, Suède, Danemark, Etats-Unis, France, pour finir exilé en Lituanie), il a œuvré à déplacer le cinéma des zones de la convenance et des certitudes vers celles plus risquées de l’émancipation. Dans un style caractéristique de détournement du documentaire, pour mieux en renier sa pseudo-objectivité et sa manipulation affective.

Avec The Gladiators, on introduit en quelque sorte les coulisses de l’univers cinématographique de Peter Watkins ; il faut voir ce film comme le dévoilement de l’envers de cette machinerie idéologique qui porte son oeuvre : les pans du rideau sont ouverts, visitons les loges… S’y révèle ce système narratif libertaire unique, qu’il n’a cessé de reproduire dans ses films suivants, et qui sert un discours politique qui l’est tout autant.
Dans un avenir incertain, les nations du Monde ont décidé de résoudre leurs conflits par l’intermédiaire d’un jeu de guerre, qui met aux prises des équipes formées de quelques soldats des camps opposés. Et en 1968 c’est le bloc de l’Est contre celui de l’Ouest, des soldats américains, anglais, allemands, nord-vietnamiens contre des soldats chinois.
Le jeu est organisé dans un pays neutre, la Suède, présenté comme une société monstrueusement hypocrite, qui sert de caution froide et réactionnaire à ce système. L’objectif de ces soldats est simple : atteindre les premiers une salle de contrôle d’où est contrôlé et organisé ce jeu : atteindre la clé du système en d’autres termes. Douce utopie qu’un intrus, un jeune français soixante-huitard, caricature de l’étudiant parisien révolté, va tenter de gagner également par la force et en solitaire. Avoir le sentiment de pouvoir maîtriser le système : parfaite métaphore de l’entonnoir de nos sociétés, dans l’illusion qu’elles nous donnent d’une liberté de penser, de mouvement, d’action, qui en réalité n’est qu’un vaste contrôle infaillible permanent de l’individu, secondé par la force en cas de défaillance.

Un dispositif vidéo permet aux chefs militaires de suivre en direct et à tout instant les gestes des soldats et d’intervenir vocalement auprès d’eux. Chefs réunis dans la même cuisine, partageant la même nourriture, les mêmes plaisanteries, les mêmes valeurs, la même volonté d’écraser toute individualité. « La raison d’être de ce jeux n’est pas militaire, mais de maintenir le système politique et social », confirme Peter Watkins.
Voilà le dispositif mis à nu : une mise à plat de nos sociétés où sont regroupés à la fois les deux pouvoirs qui les maintiennent, le politique et le médiatique.

Et à un niveau supérieur, Watkins met en scène le mass media audiovisuel qui supporte ce système, où la mise en scène cinématographique est arrêtée, décortiquée, soumise à analyse. Comme toujours chez lui, les protagonistes du film sont interviewés par un intervenant extérieur à la fois narrateur omniscient, et double d’un réalisateur qui interroge politiquement l’action de filmer, ce qu’on doit filmer, et comment le filmer. Tous les soldats sont soumis à un questionnement sur leurs motivations sur le mode du pris sur le vif qui rappelle certaines images du Vietnam, l’étudiant français est interviewé par un des cadres suédois, à la façon d’un talk show TV. Une voix-off anticipe en permanence les actions ou les morts à venir , comme pour mieux nous dire que ce n’est pas l’histoire en elle-même qui compte, mais le process, la structure. D’ailleurs, ces personnages tournent en rond dans cette grande bâtisse, où leurs épreuves annoncent plus les péripéties TV que l’on peut apercevoir dans les survivals show qu’un film de guerre. Futilité de l’action, futilité des mouvements, absence de pathos. Le film est épuré pour n’être qu’un pamphlet théorique.

Le jeu tourne rapidement court de toute façon. L’amour interfère avec le jeu, entre un anglais et une chinoise ; place à une chasse à l’homme où il s’agit d’éliminer ces perturbateurs du système. Ceux-là par la violence là où l’étudiant français tombe lui dans le piège de la mégalomanie idéologique propre à cette époque. Une chasse qui donne lieu à l’un des plus beaux moments du film, un photomontage qui rejoint visuellement les images de Mai 68. Violence induite par le rejet de l’image continue, où entre chaque image fixe, la violence reste implicite.

Un film didactique, trop peut-être au final. Le cinéma de Watkins est marqué par un équilibre du discours politique et d’un usage renouvelé du documentaire, pour lutter contre le mass media audiovisuel et sa façon de représenter nos sociétés, leur histoire, leur mode de fonctionnement.
Sauf qu’ici, cet équilibre n’est pas encore abouti et apparaît encore naïf. Peter Watkins le dit lui-même : « Malgré ses incohérences, quelques idées naïves et une certaine simplicité, je pense aujourd’hui que ce film est une de mes œuvres les plus pertinentes par rapport à ce qui se passe dans le monde. », « Je reconnais que les idées de The Gladiators ne marchent pas toutes, mais je n’ai jamais aspiré aux exigences stériles du cinéma professionnel bien fait que les critiques semblent réclamer. ».

Derrière les défauts, seule compte effectivement sa démarche unique d’un visionnaire et un pourfendeur du cinéma.

Raki Gnaba



NB : Notons que Doriane productions a édité l’ensemble des films de Watkins : à voir absolument.
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&

PUNISHMENT PARK


FICHE TECHNIQUE
  •  LE FILM
    Scénario &
    Réalisation :Peter Watkins
    Production : Bo Jonsson
    Caméra : Peter Suschitsky
    Son : Tage Sjoborg
    Costumes : Chris Collins
    Direction artistique : Bill Brodie
    Maquillage : Ann Brodie
    Montage : Lasse Hagström.

    Avec:
    Arthur Pentelow : Général britannique
    Frederick Danner : Officier britannique
    Hans Bendrik : Capt. Davidsson
    Daniel Harle : Officier français
    Hans Berger : Officier Ouest-allemand
    Rosario Gianetti : Officier états-unien
    Tim Yum : officier chinois
    Kenneth Lo : colonel chinois
    Björn Franzen : colonel suédois
    Christer Gynge : arbitre assistant
    Jürgen Schilling : officier est-allemand
  •  LE DVD
    Zone 2 - couleurs
    Durée du film: 1h25
    Image & Son :
    Ecran: 16/9 compatible 4/3
    Langue: VO en anglais en Dolby Stéréo 2.0

    Sous-titres:
    Français
  • COMPLÉMENTS

    * LIVRET de 16 pages: Auto-interview de Peter Watkins
    En avant-propos, l'éditeur explique ceci: "Des journalistes ont par exemple expurgé leurs entretiens avec Peter de toutes les références critiques qu'il avait faites et n'ont conservé que ses commentaires artistiques ou techniques. Et même lorsque les journalistes se décident à laisser ses remarques sur la crise dans les mass media ou sur le sens politique de son travail, ce sont les rédactions qui se chargent de les réduire ou de les couper. Au final, l'article ne peut qu'être déséquilibré et vidé de tout contexte politique ou critique. Pour cette raison et pour bien d'autres, Peter Watkins se refuse maintenant à toute interview." Au cours de cette longue et précieuse auto-analyse, il revient sur l'origine de son projet, le tournage et son travail avec le chef opérateur Odd Geir Saether, sur la rencontre "miraculeuse" avec l'acteur Geir Westby, le montage contre ce qu'il appelle la 'Monoforme' et bien entendu sur la dimension politique du film.

    ===> Auto-interview retranscrite sur Gamekult


FILMOGRAPHIE DE PETER WATKINS



1956 - The Web (amateur)
1958 - The Field of Red (amateur)
1959 - Journal d’un soldat inconnu (amateur)
1961 - Visages oubliés (amateur)
1962 - Dust Fever (amateur, inachevé)
1964 - La Bataille de Culloden (Angleterre)
1966 - La Bombe (Angleterre)
1967 - Privilège (Angleterre)
1969 - Gladiateurs (Danemark)
1971 - Punishment Park (E.-U.)
1973 - Edvard Munch (Norvège)
1975 - Génération 70 (Suède/Norvège) Fällen (The Trap) (Suède)
1977 - Force de frappe (Danemark)
1987 - Le Voyage (Divers pays)
1991 - The Media Project (Nouvelle-Zélande)
1994 - Le Libre Penseur (Suède)
2000 - La Commune (Paris, 1871) (France)

POUR EN SAVOIR +
Coopérative Co-errances

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