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ARIANE de Billy WILDER |
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| SYNOPSIS |
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| POINT DE VUE | ||||
De
l'amour entre une très jeune femme et un homme d'âge mûr,
le cinéma européen fait volontiers un drame : Tristana
(1970) de Luis Bunuel, Noces Blanches (1989) de Jean-Claude
Brisseau, La peau douce (1964) de François Truffaut.
Le cinéma américain pencherait plutôt pour la comédie
et a constitué quelques couples mythiques sur la base d'une différence
d'âge conséquente : Lauren Bacall et Humphrey Bogart ou
Angie Dickinson et John Wayne. Au coeur des années 50, entre
maccarthysme et regain ultime de la censure du code Hays, apparaît
la fine silhouette et le visage angélique d'Audrey Hepburn qui
aura comme partenaires quelques acteurs qui étaient déjà
des stars quand elle portait encore des couches. Le rude Bogart dans
Sabrina de Billy Wilder en 1954, l'aérien Fred Astaire
dans Funny face de Stanley Donen en 1957 et, la même
année, le viril Gary Cooper dans Love in the afternoon
« Ariane », toujours de Wilder et qui nous occupe
ici. Ariane n'est pas l'un des titres les plus connus de la brillante carrière de son auteur. Peut être que cela tient à l'essence du projet (adaptation d'un roman de Claude Anet déjà porté à l'écran en 1931 avec Gaby Morlay) somme toute assez personnel et plutôt atypique dans un ensemble marqué par la satire des moeurs américaines et un humour caustique. Ariane est une véritable comédie romantique et un vibrant hommage à celui que Wilder reconnaît comme son maître, Ernst Lubitsch. Wilder en a été le collaborateur proche, co-écrivant les scénarios de Bluebeard's Eighth Wife (La Huitième Femme de Barbe-Bleue - 1938) avec déjà Gary Cooper et du fameux et fabuleux Ninotchka (1939) avec Greta Garbo. Comme Lubitsch, Wilder est un européen venu à Hollywood et ayant acquit, avec le succès, une belle indépendance au sein du système, développant une oeuvre forte et personnelle. Ariane est donc un hommage à la grande comédie sophistiquée des années 30, le film étant justement photographié en un superbe noir et blanc par William C. Mellor. D'une certaine façon, Ariane, la jeune violoncelliste jouée par Hepburn, c'est un peu Wilder. Une manière de portrait de l'artiste en jeune femme. Elle y est prise entre deux figures du père. Son père naturel, le détective privé Chavasse, français et parisien, c'est Maurice Chevalier. Pour les américains, il est le symbole même de l'esprit parisien plus que la tour Eiffel même. Chevalier a été par quatre fois l'acteur des premiers succès parlants à Hollywood de Lubitsch, de The smiling lieutenant (Le lieutenant souriant – 1929) à The merry widow (La veuve joyeuse – 1934). Dans Ariane, bon père, il cherche à protéger sa fille des faux-semblants du monde extérieur. Éclairé, il lui a donné une éducation artistique (musicale en l'occurrence). Compréhensif, ses leçons sont empreintes de chaleur, il agit avec tact et subtilité et sait au final accepter avec un sourire l'idylle à risque de sa fille. Une idylle avec une autre figure paternelle. Ariane est tombée sous le charme d'un homme de la génération de son père qui la fascine physiquement autant qu'elle le réprouve moralement. Ariane a beau porter un rêve de jeune fille, celui de l'éternel prince charmant, et l'idéal moral de son père, elle n'en subit pas moins l'irrésistible attraction scandée par la chanson « Fascination », hilarant leitmotiv du film. Cet homme, c'est un riche américain, parcourant le monde, homme médiatique, maître de la technologie (le dictaphone), au cynisme décontracté en matière sentimentale et sexuelle. Franck Flannagan, c'est Gary Copper, ici près de basculer vers les figures « minérales » de sa fin de carrière (il meurt quatre ans plus tard). Wilder le ménage en lui évitant les gros plans et en le gardant souvent dans l'ombre. Cooper porte son âge et sa légende, s'effaçant avec classe derrière sa jeune partenaire, envoûtant de de sa voix basse et de ce regard mélancolique qui font l'essence de son charme. Lui aussi a été la star de Lubitsch, vingt ans plus tôt. Pas besoin d'être grand clerc pour voir en Flannagan une image de Hollywood, de cette Amérique dans les bras de laquelle Wilder s'est jeté et avec laquelle il entretiendra toujours une relation faite de fascination et de réprobation mêlée, ici injectée dans son personnage féminin. L'utilisation de Paris, comme le personnage de Chavasse, participe du même dispositif. Il s'agit de ce Paris rêvé, ville lumière dépositaire d'un art de vivre et d'aimer que l'on retrouve de Vincente Minelli à Woody Allen, et que Lubitsch a visité plusieurs fois. Paris, c'est l'Europe, et l'Europe, c'est le style, la culture, un quelque chose d'authentique, profond et lointain, que viennent chercher les américains bohèmes ou les commissaires du peuple en mission. C'est ce Paris que convoque Wilder avec l'aide du décorateur Alexandre Trauner, qui a travaillé avec Marcel Carné et Jean Gremillon, et entame ici une longue collaboration avec le réalisateur. Le Paris des concerts à l'Opéra, des vieux immeubles chaleureux, des couloirs du prestigieux Ritz et des promenades en canot, occasion de s'inspirer des tableaux de Manet et Renoir. Un Paris qui ne saura pourtant retenir Ariane. Car pour séduire Flannagan sans avaler sa fierté, elle va se mettre sur le même terrain que l'américain et négliger ce qui l'entoure. A l'Opéra, elle, la musicienne émérite, n'a d'yeux que pour lui. L'amour lui fait faire des fausses notes. C'est un playboy redoutable ? Elle se fait passer pour une terrible séductrice, inventant (en bonne scénariste ?) une impressionnante galerie d'amants. Elle tente de se mettre à son niveau. Quand on y pense, c'est assez dramatique. Mais comme nous sommes dans une comédie romantique, c'est en faisant cela qu'elle provoque en lui, enfin, un sentiment vrai et l'amène lui, à son niveau à elle. La fin n'en est que plus belle, Wilder nous offrant un suspense sentimental organisé autour d'un départ en train d'une intensité peu commune. Ariane marque également la première collaboration entre Wilder et le scénariste I.A.L. Diamond. Les deux hommes formeront un couple artistique hors pair et travailleront ensemble jusqu'au dernier film du cinéaste. Tous les deux composent ici une superbe mécanique comique, aux ressorts classiques mais nourrie de subtilités qui seront magnifiées par la mise en scène. Hommage à Lubitsch, le film offre de grands moments de cinéma, à commencer par les ballets dans les couloirs du Ritz, le défilé des serveurs ou les entrées et sorties du groupe tzigane qui assure l'ambiance musicale des soirées intimes de Flannagan. Deux exemples. Un petit moment magique. Ariane rentre chez elle après sa première rencontre avec Flanagan. Elle évite un visiteur de son père puis pose son violoncelle sur la palier sort ses clefs, l'esprit à l'amour, entre et referme. L'instrument est resté dehors. Un temps, elle ressort, toujours la même façon de bouger comme en apesanteur, le regard ailleurs. Elle tourne autour de l'instrument, l'enlace et le rentre chez elle, dans une sorte de pas de danse. Un seul plan, si simple, si juste. Une scène clef. Flanagan est à son hôtel et écoute un enregistrement d'Ariane sur son dictaphone qui lui énumère ses amants imaginaires. Au fur et à mesure, il sent la jalousie et donc l'amour l'envahir. Pour le combattre, il boit. Dans la pièce d'à côté, les quatre tziganes jouent. Flanagan et le groupe se passent d'une pièce à l'autre un chariot contenant les alcools. Le chariot acquiert une vie autonome sanctifiée par un gros plan et devient le narrateur muet de la scène. Variations sur le contenu du chariot et sur la qualité de la musique, tout est exprimé en un grand moment de comédie et Wilder nous offre une scène d'anthologie à partir d'une situation somme toute banale. On pourrait ainsi citer dix moments franchement drôles ou franchement poignants. Ariane est une perle de l'oeuvre de Billy Wilder qu'il est heureux de pouvoir (re)découvrir aujourd'hui. Ne vous en privez surtout pas. De l'amour entre une très jeune femme et un homme d'âge mûr, le cinéma américain a réussi les plus belles comédies. Vincent Jourdan |
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| FICHE TECHNIQUE | ||||
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